‹ La guerre, 1914-1915Chapitre 33 sur 87 · LA « GUERRE SAINTE » MANQUÉE · texte numérisé non relu

LA « GUERRE SAINTE » MANQUÉE

Mais il y a un autre côté de la question : la Roumanie se regarde comme garante du traité de Bucarest, qui a été fait sous ses auspices et qu'elle considère à bon droit comme son œuvre. Il est fort probable que, si elle déclarait la guerre à PAutriche, la Bulgarie ne resterait pas indifférente et inerte : elle sortirait de la neutralité. Dans quel sens? On ne peut pas le dire avec certitude, mais il est sûr que les scrupules ne l'embarrasseraient pas. Elle a montré avec éclat qu'elle était au-dessus de sembables préjugés, et, pour elle comme pour certains autres, les traités sont des chiffons de papier. Les hésitations de la Bulgarie peuvent paralyser la Roumanie. Quoiqu'il en soit, dans toutes les hypothèses, la folie belliqueuse de la Porte amènera, un peu plus tôt ou un peu plus tard, dans les Balkans des changements inévitables avec tout un cortège de difficultés. Que la Bulgarie cherche à y trouver son profit, rien n'est plus naturel. On pourrait l'encourager à faire la guerre à la Porte pour lui reprendre Andrinople ; mais qui sait ce qui arriverait ? La Porte, même dans l'état où elle est tombée, n'est pas pour la Bulgarie un adversaire négligeable, et la Bulgarie ne veut, cette fois, jouer qu'à coup sûr. Elle émet des exigences pour prix de son concours, et même, dit-on, de sa neutralité. La neutralité lui conviendrait particulièrement : ne rien faire et obtenir la cession de la Macédoine, qu'elle appelle une restitution, comblerait sans doute ses vœux. Mais on ne peut lui faire de semblables promesses que dans le cas où la Serbie se serait déjà assuré des compensations en Herzégovine, et en Bosnie, et, en attendant, la Bulgarie, qui se connaît assez elle-même pour se défier des autres, demande des gages. A trop exiger, elle s'expose à ne rien

avoir. L'occasion lui est favorable, nous le voulons bien, mais la meilleure devient mauvaise lorsqu'on en abuse ou qu'on la violente. La Bulgarie en a déjà fait l'expérience.

Nous en disons assez pour montrer que l'initiative militaire prise par la Porte a créé une situation nouvelle et que les Balkans sont redevenus un nid d'intrigues. Il est possible qu'il n'en sorte rien d'immédiat, il est probable qu'il en sortira quelque chose et cette probabilité augmentera si la Bulgarie n'arrête pas tout par des prétentions exagérées. A nos yeux, l'intérêt dominant est celui de l'union balkanique. Elle a été autrefois troublée par l'ambition bulgare et rétablie par l'intervention roumaine ; mais elle a été imposée alors au lieu d'avoir été consentie. Il est aujourd'hui désirable que, si les conditions en sont modifiées, elles le soient par suite d'un consentement plus libre. La Bulgarie émet des demandes ; soit : qu'on les examine et qu'on y fasse droit dans une mesure raisonnable; mais la Bulgarie ne s'attend sans doute pas à ce qu'on lui donne quelque chose pour rien, et le moins qu'on puisse exiger d'elle est qu'elle entre sincèrement cette fois dans l'Union balkanique, qu'elle en soutienne la politique, qu'elle en adopte les intérêts.

On voit que cette guerre, qui a déjà fait naître tant de surprises, pourra encore en provoquer de nouvelles, et nous ne sommes pas au bout. Que se passe-t-il en Egypte? Rien d'inquiétant sans doute; mais la situation de l'Asie-Mineure, de la Syrie, rila Palestine, est profondément troublée par les ene treprises turques. Les intérêts que nous y avons se rattachent à la religion catholique. Disons, à ce sujet, que l'Angleterre vient de nommer un ministre auprès

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du Vatican : c'était le seul grand pays de l'Europe qui n'en eût pas. Nous nous trompons, il y en a un autre et c'est la France : c'est aussi celui qui, ne fûtce qu'à cause de son protectorat catholique en Orient, aurait le plus grand profit à en avoirun. Une pareille omission juge un régime et l'expose à une lourde responsabilité.

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