LE RAPPORT SUR LES ATROCITÉS ALLEMANDES
ont exécuté les ordres reçus ; les officiers ont donné ces ordres ; les savants allemands les ont approuvés, ils en ont revendiqué la solidarité et le journal la Post déclare maintenant qu'ils ont eu pour objet, parpure humanité, d'abréger la guerre en répandant Tépouvante : tout devait fléchir et se soumettre sous l'influence de cette lâcheté. Qu'est-il arrivé? Personne n'a fléchi, personne ne s'est soumis, tout au contraire, et si la science allemande avait conservé assez de liberté d'esprit pour contrôler ses théories par les faits, elle s'apercevrait de la faute commise. Au point de vue utilitaire qui est le sien, qu'on nous dise quelle utilité, quel avantage, quel profit l'Allemagne a retiré des incendies de Louvain, de Pteims, d'Arras, etc. ? Et tout ce sang qu'elle a répandu hors du champ de bataille avec une férocité mêlée de sadisme, croit-elle qu'il fécondera ses lauriers? Elle paraît commencer à en douter; mais il est trop tard pour se reprendre, peut-être même pour s'arrêter. La vengeance d'en haut est sur ceux qui ont profané la morale divine et humaine : ses arrêts seront exécutés.
Si les maladresses allemandes sont le plus souvent assaisonnées de barbarie, quelquefois elles se présentent sans alliage, et c'est ce qu'on constate dans le cas de l'archevêque de Malines. Le cardinal Mercier a écrit une lettre pastorale dont il a ordonné la lecture dans les églises pour tracer aux catholiques leur devoirdans les circonstances troublées que traverse la Belgique. Aux autorités légales de leur pays, et avant tout au Roi, ils doivent l'obéissance, cette obéissance librement consentie qui est un acte de la volonté. A l'envahisseur étranger, ils ne doivent que la soumission extérieure, celle qu'on ne saurait s'abstenir d'avoir envers un fait qu'on nepeut
pas empêcher : la volonté n'agit ici que pour s'abdiquer provisoirement elle-même. Ce ne sont pas les termes dont s'est servi le vénérable prélat, mais c'est le sens de sa lettre. Le gouverneur allemand de Malines en a éprouvé une vive irritation. Pourquoi ? Ne suffit-il donc pas aux Allemands qu'on se soumette à la force qu'ils représentent ? Non, cela les vexe, ils veulent aussi être aimés : ne sait-on pas, d'après M. Lasson, à moins que ce ne soit d'après M. Ostwald, qu'ils sont les délices du genre humain? La soumission matérielle ne leur suffit pas, ils veulent celle du cœur. Mgr Mercier la leur refuse. Il a tracé, avec l'âme d'un grand citoyen, le tableau douloureux de la Belgique livrée aux flammes et inondée de sang : C'est pourquoi il a été arrêté. Sous quelle forme ? On discute sur ce point et nous ne pouvons pas encore l'établir d'une manière précise. Il est probable que le prélat a été simplement consigné dans son palais épiscopal, avec un planton à sa porte. Mais la forme n'y fait rien : il n'en est pas moins prisonnier, ou il Ta été. S'il ne l'est plus, ce qui est possible, probable même, d'après les démentis des journaux allemands, c'est que le Gouvernement impérial a réfléchi. Il tient à ménager l'Eglise catholique. Des intrigues nombreuses sont nouées aujourd'hui autour du Vatican; il y joue sa partie d'une manière Irès serrée. L'arrestation d'un prince de l'Eglise, si elle était maintenue, serait de nature à troubler ses chances de succès.