LE CONGRÈS SOCIALISTE DE LONDRES
poursuivie jusqu'au bout pour produire ces beaux résultats, ce qui nous donne une satisfaction immédiate, sauf à subir mille maux par la suite. Contentons-nous de la satisfaction immédiate : c'est le plus important aujourd'hui, et à chaque jour suffit sa peine. Quoi qu'il en soit, si M. le président du Conseil a autorisé M. Sembat à aller à Londres, il en a été puni par l'embarras qui en est bientôt résulté pour lui.
Comment ne l'avait-il pas prévu ? La désapprobation a été générale. M. Viviani s'en est tiré, nous le reconnaissons, par un discours éloquent et où il n'y a rien à reprendre. Après avoir repêché de son mieux M. Sembat et M. Guesde et assuré qu'il ne saurait trop se louer de la collaboration de tous ses collègues sans exception, il a paru oublier le Congrès de Londres ; mais, en affirmant de nouveau la politique du gouvernement, il en a pris le contre-pied sur tous les points. Les journaux racontent qu'à chacune de ses phrases les plus expressives personne n'applaudissait avec plus de transport que MM. Guesde et Sembat. Je suis oiseau, voyez mes ailes, etc.! N'insistons pas plus que ne l'a fait la Chambre, qui y a mis quelque complaisance, et qui, étant données les circonstances, a eu raison de le faire. Tout est bien qui finit bien. « Et si, comme il peut arriver, a dit M. Viviani, que, dans une nation de 4o millions d'hommes, qui est la fille de la Révolution bouillonnante, — où nous sommes tous habitués aux manifestations quelquefois excessives de la liberté,— des chocs, des heurts, des polémiques, des malentendus se produisent, eh bien ! promettonsnous, au lieu de les envenimer, de les aggraver, promettons-nous de tout faire comme aujourd'hui pour les réduire. »
Soit, puisque l'union est à ce prix. Au surplus MM.Sembat et Guesde sont peu de chose sur4o millions d'hommes et si ces fils de la Révolution bouillonnante se sont livrés à une manifestation excessive réduisons l'importance du fait, comme M. Viviani le conseille. « Ce sacrifice, a-t-il dit, nous ne le devons pas aux membres du gouvernement, nous le devons tous à la patrie, qui est en droit de l'exiger. Il est d'ailleurs autrement léger que le sacrifice que, chaque jour, à toute heure, accomplissent, confondus dans la boue des tranchées, tous les fils de la France. » Ce sacrifice d'un sentiment personnel est en effet facile à faire, quand on le compare à celui que font nos soldats. Nous demandons seulement que les membres du gouvernement en donnent eux aussi l'exemple.