‹ La guerre, 1914-1915Chapitre 60 sur 87 · SUCCÈS MILITAIRES DES ALLIÉS · texte numérisé non relu

SUCCÈS MILITAIRES DES ALLIÉS

La situation militaire, qui était bonne, s'est encore améliorée ces derniers jours. Sans doute, nos progrès sont lents, mais ils sont continuels et ne sont niés que par les communiqués allemands, qui prennent systématiquement le contre-pied des nôtres et de la vérité. A d'autres moments, ils ont été plus sincères: pourquoi le sont-ils aujourd'hui si peu? Le motif en est dans la période critique et sans doute décisive où nous arrivons. Des symptômes nombreux annoncent que l'usure allemande augmente et s'aggrave. Le ravitaillement en vivres et en munitions se fait de plus en plus difficilement dans l'Empire. Nous ne voulons rien exagérer; il est trop tôt pour parler de disette, encore moins de famine; mais la gêne est incontestable et l'avenir n'est pas sans inspirer des inquiétudes.

En même temps, de nouveaux champs de bataille

s'ouvrent à l'action militaire. Le canon des alliés tonne dans les Dardanelles. Le monde oriental est ébranlé dans ses œuvres vives et d'autres questions se posent à côté de celles qui se pressaient déjà dans les esprits. Aussi importe-t-il plus que jamais à l'Allemagne, pour traverser cette phase ardue, d'entretenir coûte que coûte le prestige de sa force invincible. C'est ce sentiment qui paralyse encore les énergies des pays neutres au moment même où il serait de leur intérêt de les manifester. Les occasions qui s'offrent et ne sont pas saisies passent peut-être sans retour. On comprend que l'Allemagne fasse des efforts presque désespérés pour faire croire au monde que sa puissance est toujours intacte et que, à défaut de la foi qui est ébranlée, elle s'applique à entretenir au moins des doutes dans les esprits. Mais, qu'elle le veuille ou non, la vérité finira par percer les nuages. Nos progrès en Champagne et dans l'Argonne apparaîtront bientôt à tous les yeux. De l'autre côté de l'Europe, les Russes réparent l'échec qu'ils avaient éprouvé et les manœuvres du maréchal de Hindenbourg, quelque habiles qu'elles aient paru être, sont déjouées. Enfin l'entreprise hardie des alliés sur Constantinople à travers les détroits aura des effets dont tout le monde pressent l'importance. C'est pourquoi la diplomatie de l'Allemagne n'a jamais été plus active et jamais non plus elle n'a eu un plus grand besoin d'entretenir dans les esprits l'illusion d'une toute-puissance qui a pourtant déjà subi quelques atteintes.

LA MARCHE SUR GONSTA NTINOPLE

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