LES CHANCES D'UNE INTERVENTION PROCHAINE
prévue si prochaine. Son armée, qui est excellente, n'avait pas son matériel de guerre au complet. Elle avait enfin, tout le monde le sait, un gouvernement qui avait l'habitude de s'orienter du côté de Berlin et ne pouvait pas la perdre en quelques jours. La dynastie régnante est allemande, elle appartient à une branche delà famille Hohenzollern, On a cru d'abord que la mort du vieux roi Carol, personnellement inféodé à l'Autriche et à l'Allemagne, modifierait instantanément cette situation : le changement n'a pas été aussi rapide qu'on l'avait espéré. Enfin, le premier ministre, M. Bratiano, a trop longtemps vécu sous le régime ancien pour ne pas en partager les tendances. Mais si ce sont là des obstacles, ils ne sont pas invincibles, ils ne peuvent amener que des retards. L'intérêt national parle trop haut pour que sa voix ne soit pas entendue. L'opinion générale, en Roumanie, a été, dès le premier moment, interventionniste, sous la réserve du choix de l'heure où l'intervention se produirait et des conditions où elle le ferait. Ces conditions sont aujourd'hui remplies ou sur le point de l'être.
La Roumanie a-t-elle eu, comme l'Italie, des négociations avec l'Autriche et l'Allemagne? Rien n'est plus probable, mais comme elles ne se sont pas produites par l'intermédiaire d'un prince de Bûlow, elles ont eu moins de retentissement. Elles ne pouvaient d'ailleurs pas avoir un meilleur résultat. L'Autriche avait en etïet les mêmes bonnes raisons pour ne pas céder la Transylvanie et la Bukovine à la Roumanie que pour ne pas céder Trente et Trieste à l'Italie. On lui demandait, pour ne pas lui l'aire la guerre, de se dépouiller de tout ce que la guerre la plus désastreuse aurait à peine pu lui arracher. Ni la politique, ni l'honneur ne lui permet-
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L'INTERVENTION IMMINENTE DE L'ITALIE
taient d'y consentir, et nous ne sommes pas surpris des résistances obstinées du vieil empereur François-Joseph à de pareilles propositions. S'il faut tout perdre, mieux vaut le faire les armes à la main. Il y a eu un moment où on aurait compris que, pour limiter sa perte à ce qui était déjà moralement perdu, l'Autriche eût fait la paix. Elle aurait sacrifié une partie pour conserver le reste. Il est trop tard maintenant pour faire ainsi la part du feu et on ne voit plus ce qui pourrait arracher l'Autriche à la fatalité qui plané sur elle. On sait ce que nous pensons de cette situation, nous la déplorons : l'Autriche est nécessaire à l'équilibre de l'Europe et, après sa dislocation, Dieu seul sait comment cet équilibre se rétablira. II faut n'avoir jamais ouvert un livre d'histoire ou n'avoir pas compris le premier mot de ses leçons pour n'être pas effrayé de l'avenir que cet effondrement prépare. Mais qu'y pouvons-nous? A chaque jour suffit sa peine : celle du jour présentes! assez lourde pour nous occuper tout entiers. Ce n'est pas aux Alliés à réparer les fautes de l'Autriche et à lui assurer la possession des provinces que convoitent l'Italie et la Roumanie. Us le voudraient d'ailleurs qu'ils ne le pourraient plus.
Un des motifs qu'invoquait la Roumanie pour retarder son intervention était la crainte qu'inspirait la Bulgarie, ce Méphistophélès des pays balkaniques. Nous ne savons pas si, de la part de la Roumanie, cette crainte était bien la principale et véritable explication de sa neutralité et, au surplus, cela importe peu. La Grèce raisonnait comme elle et mettait aussi la Bulgarie en avant pour rester en arrière. On a fait par là à la Bulgarie une situation exceptionnelle dans les Balkans et sans doute on a fort grossi son importance. Quoi qu'il en soit,