LES PROMESSES DE LA RUSSIE AUX POLONAIS
rien n'était plus habile, s'il n'était pas encore plus exact de dire que rien n'était plus généreux. Le grandduc Nicolas, général en chef de l'armée russe^a adressé aux Polonais un éloquent appel d'où nous détacherons quelques phrases pour montrer quel en est l'accent. «Polonais, dit-il, l'heure asonné oùlerêve sacré de vos pères et de vos aïeux peut être réalisé. Il y a un siècle et demi que le corps vivant de la Pologne fut déchiréen morceaux,mais sonâme ne mourut pas lElle vivait de l'espérance que, pour le peuple polonais, viendrait l'heure delà résurrection et sa réconciliation fraternelle avec la grande Russie. Les troupes russes vous portent la nouvelle de cette réconciliation. Que le peuple polonais s'unifie sous le sceptre du tsar russe. Sous ce sceptre renaîtra la Pologne libre dans sa religion, dans sa langue et dans son autonomie. Le cœur ouvert, la main fraternellement tendue, la grande Russie vient à votre rencontre. » Le langage est nouveau, les intentions dont il est le témoignage nele sontpas, et l'empereur Nicolas n'est pas le premier qui les ait eues. Ce qu'il se propose aujourd'hui,c'est ce que l'empereur Alexandre Ier avait déjà voulu faire en ï8i 4; mais il trouva contre lui l'opposition des puissances qui craignaient de voir la Russie devenir trop forte avec cet énorme accroissement de territoire. En conséquence, la Pologne a continué d'être partagée en trois tronçons, dont un seul était russe; les deux autres, étant prussien et autrichien, ne pouvaient plus être arrachés à la Prusse et à l'Autriche que par une guerre heureuse; la diplomatie n'y suffisait pas. L'occasion a été attendue longtemps, on a pu craindre qu'elle ne se présentât jamais : elle s'offre aujourd'hui.
Si, comme il y a tout lieu de l'espérer, la guerre se termine par la victoire de la France, de l'Angle-
terre et de laRussie, qui empêchera cette dernière de réaliser la promesse qu'elle vient de faire? Ce ne sera pas la France assurément, et ce ne sera plus l'Angleterre, car les intérêts se sont déplacés et les préoccupations de 1914 ne sont plus celles de i8i4- Dans d'autres circonstances, des obstacles se seraient dressés en Russie même, où de vieux préjugés existent contre l'autonomie de la Pologne ; mais, outre que la volonté impériale y est très puissante, sinon même toute-puissante, la guerre et la victoire apportent des solutions aux questions qui semblaient insolubles. Quant à dire quel effet probable aura la proclamation du grand-duc Nicolas dans les diverses parties de la Pologne, il faudrait toute une étude historique pour le faire. Comment la Pologne russe n'éprouverait-elle pas une joie que certains souvenirs peuvent troubler, mais non pas altérer ni étouffer? Quoi qu'il arrive, elle est sûre de gagner à l'avenir qu'on lui ouvre. La vérité nous oblige à reconnaître que la Pologne autrichienne jouit d'un traitement qui, par comparaison avec celui dont la Pologne prussienne est affligée, peut être qualifié de privilégié; aussi estil possible que la proclamation du grand-duc ne produise pas une impression aussi profonde en Galicie qu'en Posnanie ; toutefois, comment la Pologne autrichienne elle-même, de quelques ménagements qu'elle ait été l'objet, ne serait-elle pas sensible à l'espérance de voir revivre la Pologne dans ses anciennes frontières ? Le « rêve sacré des pères et des aïeux» parlera à son imagination, c'est-à-dire à son cœur. Pour ce qui est de la Pologne prussienne, elle est assurément, depuis que les Balkans ont échappé à la Turquie, — et peut-être même l'était-elle avant, — la province de l'Europe qui souffre le plus cruellement sous le joug le plus odieux. Dans ce théâtre restreint,
la lutte entre le germanisme et le slavisme a pris un caractère atroce. La politique allemande ne tend à rien moins qu'à l'élimination des Polonais de chez eux par tous les moyens, la persécution sous toutes lesformes et l'expropriation où le voln'est même pas déguisé. Comment, dans un pareil pays, la proclamation du grand-duc Nicolas ne serait-elle pas entendue avec une complaisance et une reconnaissance particulières ? Gomment ces Polonais allemands malgré eux ne souhaiteraient-ils pas la défaite de l'Allemagne, qui sera la préface de leur libération ? C'est pourquoi la proclamation a été, s'il est permis d'employer ce mot, un coup de partie merveilleux au commencement de la guerre. Polonais à l'Est, Alsaciens-Lorrains à l'Ouest de l'Empire allemand sont des alliés naturels que les Russes et nous avons chez l'ennemi. Nous n'avions besoin de rien dire aux Alsaciens-Lorrains, ils nous entendent sans cela; mais l'empereur Nicolas a bien fait de parler de haut, comme il l'a fait, aux Polonaisallemands.il a attaché par là une immense espérance au succès de ses armes.
Sans même que soit engagé à fond le combat décisif entre la Russie et l'Allemagne, le slavisme fait déjà belle et bonne figure contre le germanisme. Les Serbes, si dédaignés, si méprisés de l'Autriche, et qui ont reçu d'elle l'ultimatum le plus outrageant, ont fièrement relevé le gant qui leur a été jeté. Ils
recueillent la gloire qu'obtient toujours dans la conscience humaine un petit peuple qui, à force de courage, devient victorieux d'un grand. Nous tenons compte, comme il convient, de ce que l'Autriche est obligée d'employer ailleurs une partie importante de ses forces. Eiie l'emploie, hélas ! contre nous, qui ne lui voulions aucun mal, et à qui, au fond de l'âme, elle ne voulait aucun mal non plus. Qui pourrait voir un chef-d'œuvre de la politique dans le conflit que l'Autriche, par simple docilité envers l'Allemagne, dont elle est devenue le satellite en Orient, a entamé contre un peuple qui n'a aucun point de contact avec elle, aucun intérêt directement contraire aux siens et qui, depuis de nombreuses années, ne lui avait témoigné que de la sympathie?
De cette politique, dont aucun conseil, aucun avertissement n'a pu la détourner, l'Autriche commence à éprouver les effets, — et elle ne fait que commencer. Les Serbes l'ont battue dans toutes les rencontres. Le début de cette guerre n'a pas été seulement odieux, il s'y est mêlé quelque ridicule. Les Autrichiens ont bombardé Belgrade, qui est une ville ouverte et, par conséquent, incapable de se défendre. Le gouvernement, qui n'y était plus en sécurité, en est sorti, et une grande partie de la population l'a suivi dans son exode. Les Autrichiens ont continué le même exercice et, pendant plusieurs jours de suite, tous les matins, ils ont bombardé et rebombardé la ville, comme s'ils obéissaient à la simple manie de bombardement. S'ils voulaient par là châtier la mort de l'archiduc François-Ferdinand, ils auraient bien fait de s'en tenir prudemment à cette exécution. Leur tort a été d'entrer sur le territoire serbe : ils y ont été mal reçus et y ont éprouvé des revers retentissants. Nous n'en sommes d'ailleurs
pas surpris. L'armée serbe avait déjà montré ce qu'elle valait pendant la guerre balkanique : elle a dépassé alors, non seulement par sa valeur militaire, mais par la qualité de son organisation, les espérances de ceux qui en attendaient le plus. Les Autrichiens affectent de regarder les Serbes comme des barbares : ces barbares sont de très bons soldats, conduits par de bons chefs. Ils se sont si bien comportés que les Russes, après avoir réuni des forces considérables sur la frontière autrichienne, n'ont mis aucune hâte à la franchir. Les Serbes suffisaient pour le moment à la tâche. Le service qu'ils rendent à la cause commune est du plus haut prix, et, quand le moment sera venu, il devra obtenir sa récompense. Les Serbes, par leur énergique défensive tournée bientôt en offensive, ont permis aux Russes de concentrer la plus grande partie de leurs forces au nord de l'Empire et d'entrer par là sur le territoire allemand. Nous ne saurions leur en être trop reconnaissants. On voit, par leur exemple, comme par celui de la Belgique, qu'un pays, petit par son territoire, peut être très grand par le cœur. La Serbie est aujourd'hui un facteur important de la guerre générale.
Et un autre intervient, le Japon. Sans doute, le Japon se soucie assez peu de nos conflits européens, et la cause, qui nous est si chère, du droit et de l'indépendance des nations a pour lui un peu moins d'intérêt que pour nous. Bien qu'allié de l'Angleterre, ce n'est peut-être pas dans son traité avec elle qu'il a trouvé le principal motif de sa dé termination, et peutêtre aussi l'Angleterre n'a pas beaucoup insisté pour la lui faire prendre. A dire le vrai, le Japon ne nous apporte pas un concours direct bien utile, et ce n'est probablement pas le résultat qu'il poursuit : il ne
poursuit que son propre intérêt, et c'est son droit de le faire. L'empereur Guillaume attachait un très grand prix à son établissement en Extrême-Orient. On connaît ses idées sur le péril jaune : il a tenu à prendre pied sur le continent asiatique et à s'y établir fortement. Il a cru y avoir réussi : ce qui se passeaujourd'huimontreàquel point il s'est trompé. Son œuvre était artificielle et fragile. Le Japon s'en est aperçu et a profité de la première occasion d'enlever à l'empereur Guillaume des possessions qu'il ne peut pas défendre. L'ultimatum qu'il a adressé à Berlin, avec sommation d'y répondre dans les cinq jours, est un chef-d'œuvre d'insolence. Il enjoint à l'Allemagne : i° de retirer des eaux japonaises et chinoises ses bâtiments de guerre, ou de les désarmer; 20 d'évacuer dans le délai d'un mois le territoire du protectorat de Kiao-tchéou, ce territoire que l'Allemagne avait soigneusement choisi à l'entrée du golfe du Petchili.
S'il y a eu jamais au monde un homme étonné, c'est l'empereur Guillaume; indigné sans doute, mais encore plus étonné. Il ne s'attendait certainement pas à ce contre-coup lointain de la guerre qu'il a déchaînée en Europe. L'initiative japonaise soulève un grand nombre de questions que nous aurons plus tard à traiter : remarquons seulement aujourd'hui avec quelle surprenante maîtrise l'Allemagne a trouvé le moyen de se créer des hostilités dans le monde entier. C'est le résultat naturel de sa politique mondiale. Malheureusement pour elle, elle avait oublié quelques éléments du problème dont elle avait entrepris la solution. Quand on fait de la politique mondiale à une aussi longue distance, de chez soi il faut, de deux choses Tune : ou être d'accord avec l'Angleterre, ou être plus fort
qu'elle sur les mers, L'empereur Guillaume avait négligé de se mettre d'accord arec l'Angleterre et, s'il espère bien être un jour plus fort qu'elle sur les mers, il ne Test pas encore. L'Angleterre s'est fort bien rendu compte de ses projets dans l'avenir, et le Japon, de son impuissance dans le présent. C'est ce qui explique suffisamment que ce dernier ait déclaré la guerre à l'Allemagne. Pour se venger, l'Allemagne la lui a fait déclarer par l'Autriche : risum teneatis... Nous n'examinerons cette guerre que relativement à celle où nous sommes nousmêmes engagés. Le Japon aidera l'Angleterre et nous, ce qui lui sera d'ailleurs facile, à purger l'Océan Pacifique de la présence des navires allemands : l'œuvre est déjà commencée, elle est même avancée.
Ainsi l'Allemagne a des ennemis partout. Où sont ses amis ? L'Autriche? Qui sait? Tout ce qu'on peut dire est que l'Autriche marche avec elle. Son amie la plus sincère, — mais elle n'ose pas l'avouer, — est probablement la Porte ottomane. L'attitude de la Porte nous est à bon droit suspecte et la singulière aventure du Goeben et du Breslau n'est pas faite pour dissiper les soupçons qu'elle inspire. On connaît l'histoire de ces deux navires de guerre allemands qui, après avoir bombardé nos côtes algériennes, se sont réfugiés dans les Dardanelles et sont devenus turcs aussi facilement qu'on change un casque à pointe contre un fez. Ce tour de passe-passe n'a pas eu auprès de nous, — nous entendons par nous la France, l'Angleterre et la Russie, — le succès que semblait mériter son ingéniosité : nous nous sommes fâchés. L'incident s'est terminé à notresatisfaction : la Porte nous a priés de l'oublier et l'a qualifié ellp-même de « déplorable »; elle a promis que
les deux navires ne prendraient pas part à la guerre, et c'est tout ce que nous demandons quant à présent. Mais on sent un peu trop de quel côté est le cœur de la Porte, et il est à souhaiter, — pour elle, — que des inclinations qu'elle ne dissimule pas assez ne lui fassent pas commettre une nouvelle imprudence, qui serait grave.
Telle est la situation actuelle dans ses traits généraux. La guerre n'est qu'à son début, et nous devons ceindre nos reins pour soutenir une longue lutte. Mais, puisqu'on parle si souvent aujourd'hui des « impondérables » et de leur valeur si appréciée par Bismarck, nous pouvons dire en toute sincérité que nous nous sentons soutenus par les sympathies de tout le monde civilisé. Il souhaite ardemment notre victoire. En dehors de la Porte peut-être, qu'on nous cite le pays neutre, petit ou grand, qui souhaite celle de l'Allemagne !
LA MORT DE PIE X
Nos intérêts vitaux, qui sont aujourd'hui en proie à une pénible épreuve et absorbent la plus grande part de nos préoccupations, ne nous permettent pas de parler de la mort du pape Pie X avec toute l'ampleur que mérite l'importance de l'événement. Nous n'en dirons que quelques mots.
La manière dont Pie X a été élu, à l'exclusion d'un autre candidat qui avait la faveur du conclave, mais non pas celle de l'Autriche, était pour le nouveau pape un mauvais début dans ses fonctions :
LA MORT DE PIE X
toutefois, les craintes qu'on aurait pu avoir sur l'impartialité et sur Pindépendance de Pie X n'ont pas tardé à se dissiper. Pie X était un prêtre très vénérable, qui avait vécu en dehors de la politique et a continué d'y vivre une fois élevé au souverain pontificat. Tout entier appliqué à ce qu'il considérait comme son devoir religieux, ignorant le monde, vivant dans la prière, il était trop différent de son illustre prédécesseur pour qu'on n'établît pas un contraste entre eux et qu'on ne fût pas tenté d'établir aussi une opposition entre leurs œuvres. Peut-être cette opposition était-elle plutôt dans la forme que dans le fond. Léon XIII était un prélat d'une grande vertu, mais il était par surcroît un grand esprit ; il connaissait la politique, il l'aimait même parce qu'il y réussissait, et, toujours ferme dans la défense des principes fondamentaux et des intérêts dont la garde lui était confiée, il était par surcroît souple, avisé, renseigné, sensible à l'opportunité, au choix du moment; il savait enfin pratiquer les ménagements nécessaires dans la pratique des hommes et des choses. Mais Léon XIII avait duré vingt-cinq ans! On se lasse de tout à la longue, et il faut convenir que les meilleures qualités vont rarement sans quelques défauts. Les premières finissent par être moins senties que les seconds. Si on lit l'histoire, on y verra que l'Eglise, conduite par un sens supérieur, a établi souvent une sorte d'alternance entre les papes qui ont certaines qualités et ceux qui en ont certaines autres. Le prédécesseur de Léon XIII, le pape Pie IX, était, lui aussi, un saint, et sa sainteté était mêlée à beaucoup d'esprit, ce qui lui donnait un grand charme, et à beaucoup d'intransigeance, ce qui n'était pas sans inconvénients. Ces inconvénients avaient été si bien éprouvés, — et comment
ne l'auraient-ils pas été, puisque Pie IX a régné trente-deux ans dans une époque très troublée? — qu'à sa mort, obéissant à cet instinct secret dont nous avons parlé, l'Eglise a choisi pour lui succéder un pape politique. Que fera le conclave de demain? A quelle inspiration céderat-il? Continuera-t-il cette alternance judicieuse qui ne permet pas à un esprit exclusif, quelque respectable qu'il puisse être, de présider trop longtemps aux destinées de l'Eglise? C'est ce qu'on saura bientôt, mais non pas tout de suite peut-être car le Pape du lendemain n'est pas toujours le cardinal de la veille et, porté sur un siège si élevé, il est quelquefois amené à voir les choses à un point de vue un peu nouveau.
Pour nous, Français, qui ne pouvons ni d'ailleurs ne voulons influer sur lui en aucune manière, ce choix du Pape a une importance particulière. On a dit, et rien n'est plus vrai, que la France est une grande puissance musulmane ; mais il est encore bien plus vrai qu'elle est une grande puissance catholique, et même la plus grande de toutes. Le mot dans les deux cas à un sens tout politique :il ne veut pas dire que notre gouvernement soit catholique ou musulman, il lui suffit d'être intelligent pour comprendre que l'intérêt de la France se rattache, sur une infinité de points, à des intérêts qui ont indissolublement un caractère politique et un caractère religieux. C'est parce que notre gouvernement ne l'a pas toujours compris que, au lieu de délier délicatement certains liens avec Rome, il les a rompus brutalement et n'en a pas encore établi d'autres. Nous ne rechercherons pas si l'intransigeance pontificale n'a pas un peu contribué à ce résultat dont, même dans cette hypothèse, la principale responsabilité nous revient. A quoi bon ? Mieux vaut en ce
LA MORT DE PIE X
moment faire de la politique que de l'histoire et nous demander ce qui peut nous rapprocher que nous remémoreraigrement ce qui nous a séparés. Le Pape futur pourra aider à ce rapprochement, qui sera plus facile avec lui qu'il ne Tétait avec son prédécesseur, parce qu'il n'y aura contre sa personne aucune suspicion préventive; mais il faudra aussi que notre gouvernement s'y prête, et il semble qu'après les épreuves que nous traversons et qui sont si propres à unir tous les Français le rapprochement qui se sera fait entre eux soit de nature à en faciliter d'autres. Elle les facilitera... si on le veut et si on s'y prête. Pie X ne s'est jamais refusé à écouter les vœux de la France, il a demandé seulement que le gouvernement français voulût bien les lui faire connaître : il avait raison, et ce n'est pas en cela que nous l'avons trouvé intransigeant.
Quelque jugement qu'on porte sur son œuvre religieuse, aussi bien que sur son œuvre politique, tout le monde convient qu'elle a été d'une haute portée. Dans un siècle où le libre examen a été poussé si loin et où les esprits ont été si profondément modifiés par les influences ambiantes, il a rétabli le dogme dans sa rigueur littérale et resserré avec une grande autorité les liens de la discipline; il les a même tendus assez durement quelquefois, sans d'ailleurs les briser, car il a rencontré partout la soumission et l'obéissance. Les exemples du contraire ont été si rares qu'on peut les négliger. C'est un spectacle en un sens admirable qu'a donné l'Eglise dans le monde entier, et plus encore que partout ailleurs, en France. Elle sort de cette crise fortifiée au dedans, mais battue en brèche plus ardemment du dehors. Les fidèles sont peut-être plus fidèles, mais leur nombre a-t-il augmenté? De pareilles ques-
tions exigeraient des volumes pour être résolues, à supposer même qu'on puisse les résoudre. Contentons-nous donc de nous incliner respectueusement devant le cercueil d'un pontife qui a eu souvent à diriger la barque de saint Pierre au milieu d'un violent orage et qui ne l'a pas laissé sombrer. Son humilité le portait d'ailleurs à croire que la barque, grâce aux promesses surnaturelles qui lui avaient été faites, n'avait pas besoin de lui pour échapper au péril.