‹ La guerre allemandeChapitre 2 sur 59 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Lü août 1914, l’Aliemagne déclarait la guerre à la Russie et deux jours après à la France.

En apparence et à. en croire scs déclarations, TAllemagne ne faisait qu’exécuter les clauses du traité (jui l’obligeait à se ranger aux côtés de FAutriche- Hongrie. L’empire austro-hongrois avait voulu rendre la Serbie responsable du meurtre commis à Sarajevo sur la personne de l’archiduc François-Ferdinand, et se préparait à écraser le petit’ royaume. La Russie avait déclaré qu’elle ne pouvait se désintéresser du sort d’un Étal slave, et avait eommencé à mobiliser “^elques corps d’armée sur la partie de sa frontière voisine de rAutriclie-Hoiigrie. Notre diiférend avec la Serbie, disaît-on à Vienne, ne regarde que nous. Berlin faisait écho a cette prétention et l’appuyait.

■ Mais la Russie, sans s’émouvoir, avait poursuivi scs ' préparatifs. La déclaration de guerre de l’Allemagne se présentait donc sous l’aspect d’un secours loyalej^meiit apporté à un allié menacé, contre 1 inadmissible

IxNTRODUCTION

prétention d'un adversaire commun à s'intt;rposer dans un conflit qui aui^ait dû juridiquement lui dc' meurer étrangler*

Qui s"est mépris, pourtant, dans le monde, sur la valeur de cette argumentation ?

Qui o^a senti ou deviné que la guerre européenne entreprise par rAllemagoe avec l'Autriche-Horigrie était surtout la « guerre allemande Qui n'a compris qu'il s ^agissait d'une lutte préparée de longue date, décidée depuis quelques années, et brusquement provoquée par PAllemagne au moment jugé par elle le: plus opporiun, pour des fins uniquement allemandes, bien que des intérêts austro-hongrois parusseni le plus directement en jeu? Qui n'a pas vu que si TAl- Icmagne, comme en 1871, sortait victorieuse de la lutte, c'est elle qui désormais dicterait ses lois à TEuropc? Alors même que personne n'avait des événements qui ont précédé ce gigantesque conilit une connaissance complète et précise, chacun a envisagé la lutte qui s'ouvrait comme une lutte des nalionaliiés en péril contre une nation aveuglée et pervertie par l'idée de la force et aspirant à établir son hégémonie sur le vieux continent,

La monstrueuse violation de la neutralité de la Belgique, préméditée depuis de longues années, comme le démontrait un réseau de voies ferrées stratégiques spécialement créé dans ce but, et exécutée

IN rUGDlJCÏlOK

froidemenl, iiniquenient parce qu"il n"y avail pas moyen de faire autrement » pour écraser la France eo quelques semaines, convainquit les plus incrédules. Ce geste révoltant d^'un égoïsme national oublieux non seulement des conventions internationales les plus sacrées, mais aussi des règles les plus élémentaires de rhonneur et de la morale humaine, fit apparaître dans toute sa crudité menaçante le rêve de domination dont la réalisation commençait. Une question se posait, précise et pressante : y aurait»il un peuple qui commanderait aux autres ?

La plus ancienne nation libérale de TEurope se dressa alors, aux côtés de la France et de la Russie, contre Fintolérableambition allemande. L'Angleterre, garante, elle aussi, de ta neutralité belge, déclara la guerre à F Allemagne.

La guerre européenne en résulta.

D"eii écrire Fhistoire, certes, le momenl n'est pas encore venu. D'aussi grandioses évéoemeuîs ne sc ^.mesurent et ne se comparent qu'avec le recul des années, et lorsque révolution en est achevée. Huit mois se sont à peine écoulés depuis que s'est ouverte la lutte sans précédent à laquelle assiste le monde étonné, et de celte lutte, personne ce peut prévoir le terme. Les éléments d'information sont, par conséquent, incomplets ou, pour des raisons sacrées de i salut national, inutilisables. L'heure est encore h

INTHODQGTION

l'action, non aux considérations. Primum oivere,..

Mais les responsabilités du fléau décbaîrié sur TEurope peuvent dfes maintenant être démasquées. Des faits susceptibles de contrôle, des paroles qui restent autant que des écrits, sont là, éloquents en eux-mêmes, plus significatifs encore par leur rapprocbenieni, pour dire qui a voulu la guerre, et pour quelles Ans. Ayant meme que soit terminé le combat pour le droit, il faut que le monde sache de quel côté est le droit.

On va répétant, en Allemagne, que T Allemagne conïbat pour son existeoce menacée, ([u’antérieurement à la guerre une conjuration maligne de puissances jalouses avait perpétré rencercicment, puis la perte de rAIlcmagne. Il ne faut se lasser ni d'affirmer ni de démontrer que c'est là une audacieuse contrevérité, que personne, autour d'elle, n'a préparé ni voulu cette peîde et qu'au contraire, chez les nations dont elle alarmait le plus légitimement les intérêts par ses armements et ses menaces, elle n'a toujours trouvé^ que lionne volonté et désir de conciliation.

Depuis la fondation de son unité nationale sous la forme d un empire fédéral, T Allemagne, invoquant le péril imaginaire d'uoe agression de scs voisins de l'est et de l'ouest, a préparé la guerre. De 1871 à 1914, son liistoirc, digne d'admiration à tant d'égards, dit surtout sa volonté d'assurer un jour, que chaque jour on sent plus proclie, sa suprématie nationale sur

iNTRÛDUariüK

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les ruines des autres nations. Ses lois militaires encombrent ses annales parlementaires et donnent le signal des armements dans tout le monde civilisé. Elle n entend d'abord, du moins elle le dit en attendant mieux, iju assurer ses récentes conquêtes contre toute revendication. Mais, bientôt, à partir de 189d surtout, c'est à so faire une place au soleil hors d'Europe, une place proportionnelle à sa puissance matérielle, qu’elle prétend faire servir son armée. De 1896 à 1900, elle se hérisse contre T Angleterre, avec Tarrière-pensée (rentraîner ta France et la Russie avec elle contre « rinsulairc ». Quelques années après elle a abandonné ce rêve, et c'est la France qu elle espère à plusieurs reprises, en 1905 et en 1911 notamment, intimider en frappant de son épée sur la table diplomatique. Veut-elle la guerre, vraiment, ou cherchet-elle seulement à mesurer jusqu’à quelle limite la France reculera devant la menace de guerre? Qui pourrait le dire ? Ce qui est certain, c est que par elle, le monde civilisé a vécu des heures et des mois d'angoisse.

Mais l'année 1911 était à peine écoulée qu'une évolution manifeste, visible, s'est laite dans ï esprit et les intentions de rAllemagoe et de ses gouvernants* L'idée de la guerre « inévitable », rapidement, a fait son chemin dans TEmpire, et des cercles pangermanistes a gagné ia population et le souverain* Le peuple

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