La flotte anglaise arriva à Kiel le 24 juin
La portée des accords anglo-allemanda a été exposée le 19 juin 1911 à la Chambre des Communes par sir E. Grey. Voir le rimes du 20juin
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pûUiTalL croire qu'elle puisse un jour se ranger en bataille contre une nation avec laquelle il est si aisé d’acconimoder les immenses intérêts devant lesquels elle monte une ^^arde vigilante? J/Angleterre d'ailleurs, n'est-elle pas Avisée, déchirée par les querelles intestines? La question (lu Home ?'uley qui l’afïaiblit depuis plus dhin siècle, est entrée dans sa phase la plus aiguë. En Irlande même, ori a vü toute une province, ruister, se dresser contre les autres habitants de Tîle en même temps que contre les autorités centrales. On a même vu, spectacle fantastique pour des yeusL allemands, des officiers discuter la légitimité des ordres à eux donnés pour contenir ou réduire les révoltés. Que redouter d'un pays où, même sous Tuniforme du roi, le citoyen conserve des droits et l’homme uûeconscience individuelle?
Au milieu de 1914, l’Empire allemand, hérissé, compact, et tous les éléments dont il est formé unis en un alliage qu’il croit indissoluble par l’intérêt ou le cercle de fer de la discipline, dresse donc à Test et à Touest une vertigineuse lame prête à s'écrouler en un flot irrésistible sur l'immense et (.< incohérente » Russie et sur la « faible y> France. De l’autre coté de la mer du Nord, il compte que le dogue anglais, accroupi dans son île, assistera impassible devant C 0 formidable et double raz de marée ou interviendra trop iJird.
Il ne lui reste plus qu’à peser les concours sur lesquels il pourra faire fonds, qu'à mesurer exactement la valeur de l’appui autrichien et la qualité de la neutralité italienne, Stu' l’horloge du vieux Dieu allemand, il avancera alors ûud relardera, au gré de son désir et de son intérêt^
Iheure tragique de la grande ruée.
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KONOPISCHT ET SARAJEVO
Ali cœur dc la Bohême^ sur le sommet dAine eoiiiiic m lianes boisés J le château féodal de Koeopischt dresse scs tours romantiques. Eo plein pays tchèque, entre Berlin Vienne, il semble avoir été destiné par la nature auM que préparé par la main de l’homme à servir de rendez* vous et de terrain d'entente aux deux Allemagnes : celle qui, ouverte sur la Baltique et la mer du Nord, rêve d'mt domination germanique sur le nord de TEurope, et celle qui, adossée aux Alpes, regarde vers l'Adriatique, la Médi terranée et TOrient.
Autour du vieux domaine seigneurial, point de grande ville moderne. Une humble gare de village, où les curieui se réduisent a quelques paysans taciturnes, amène h hôtes au château. Le mystère et le silence enveloppent le parc et les bâtiments. Quel séjour plus favorable aux médi tâtions et aux conférences qui préparent ou décident le sort des peuples?
tl iVy eut donc point d'étonnement, en Autriche ou cd A llemagne, lorsqu'au milieu du mois de mai le bruit corn* mença à se répandre que, quelques semaines plus tari rempereur Guillaume II et larchidac héritier François* t'erdinand devaient se rencontrer à Konopischt. Aussi bien cela ferait-il, en six mois, la quatrième entrevue des deux augustes personnages ^ la première â Konopischl
llUHE>,2ÛLLl!lRN ET lIABSüatJXlG .j3|
même, la deuxième en Prusse et la dernière sur les bords de l’Adriatique, au château de Miramar, lors du voya°'e de Tempereur à Gorfou
Les relations, un moment attiédies, entre le chef des llohenzollern et l’héritier des Habsbourg semblaient depuis quelque temps progresser vers la collaboration intime. Visiblement impatienté par les menaces sans lendemain de l’empire allié aux Slaves du sud, par l’inteminable mobilisation austro-hongroise, Guillaume H avait d abord conçu les mêmes sentiments que ses sujets. Comparée au bloc d’acier allemand, la Double-Monarchie lui était apparue, au cours des conflits balkaniques, hésitante, timide, et, pour tout dire d’un mot, impuissante. C’est un fait connu qu’il fut un moment où, dans les cercles berlinois les mieux informés, un axiome de découragement avait cours : « Nous ne comptons plus sur l’Autriche n, Auf Œsterreich rechnen wir mehr nicht. La crise financière qui sévissait à l’état permanent en Autriche-Hongrie, où le gouvernement empruntait à des taux qui dépassaient sù pour cent, semait en outre l’inquiétude chez les banquiers berlinois, déjà émus par les répercussions économiques de la politique des armements.
Mais que faire? Ce n’était pas seulement les affinités naturelles qui avaient lié le sort des deux empires germaniques, c’était aussi l’évolution générale de la politique européenne. Puisque tous les essais d’entente russo-alie-
. laume H. allant à Corfou faire une villésiature à son chârmtin 'oars an soir, arriva le 23
eteuUn lh.li""®’ ‘«"«Pereur François-Joseph
n lta vlnnl 1 “r®® Berchtold. Le souverain allemand
oTil l’après-midi et arriva le 24 mars
te G^mn me ù ^ entrevue avec le roi Victor-Emmanuel, dnrhit» , ^ ffoAenzoZJe™, arrivait en vue
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KüNÜPlSUUl' ET SAKAJEVO
manfie, nu moins dans le sens et avec la portée désirés par i'Aileniagae, avaient jusqu'ici échoué, force était bien de : s’accommoder de cette alliance autrichienne qui durait depuis 1879, et au sujet de laquelle Bismarck, en 1890, s’était heurté et brouillé avec son jeune souverain. Le refroidissemeot austro-allemand n'avait donc point duré, Guillaume II avait réhéchi. L’Autriche-Ilongrie, en perfectionnant son organisme militaire^ pouvait encore jouer, ^ contre I immense Russie, le rôle utile de couveTtUTe, et, par raccroissement de sa puissance navale, apporter dans ; l'Adriatique et dans la Méditerranée le contre-poids d’une | force imposante aux forces franco-anglaises.
Le souverain allemand s’était donc peu à peu rapproclié de l'arcbiduc François-Ferdinand, auquel Page avancéde Fempereur François-Joseph promettait, pour un temps qd ne pouvait plus être éloigné, le trône le plus ancien de TEurope.
L’âge et la mentalité respective de Tun et de Vmk ' avaient facilité d’ailleurs cette quasi-réconciliation. Fiélistes tous les deux, quoique de religion dillérente, 'à se prenaient, de bonne foi peut-être à force de le dire, } pour les représentants de Dieu sur la terre. Leur fonction j souveraine leur apparaissait comme une mission divine, : et le rôle de « leurs peuples » comme <c écrit » d'avance ^ , dans lès annales de la Pro vidence* Appuyés l’un surTautre, > quelles grandes choses ne pourraient ils réaliser? LAIh ^ | mand, en réduisant à merci ses deux adversaires dcfesl , et de Touest, assurerait a la Germanie un avenir inondiaL ^ A P Autrichien devait échoir Lempire sur PEurope méti- j dionale, la succession effective de la Turquie sur le vieui ^ continent. Sans doute proclamait-on à Vienne, depuis : | ranoexion de la Bosnie-Herzégovine par le comte d’Aertiï- : thaï, qu’on était a saturé ?j de territoires, qu on ne désirait point de nouvelles conquêtes. Mais on y pratiquait 1 sous une forme nouvelle, cette politique de la « poussé 5
ARMEMENTS DR L AUTRTEHR |33
vers Test w, du Drang naeh Oslen qui devait consoler rAutriclie de ses pertes au cours du siècle dernier : on avait inventé le principe des « droits spéciaux ?) de la Double-Monarchie, de la « route libre vers Saloiiique ». Que la souveraineté des Étals balkaniques s’accommodât ou non de cette étrange a liberté », que des nationalités vivantes dussent être comprimées par le succès de ce principe, voilà ce dont on se souciait peu. Régner h tout prix, même sur ceux que la nature destinait à être libres, s’imposer, commander, tel était le but à atteindre. Ainsi Tantique notion de Vimpei'nmi romain, dont la large compréhension avait servi de sauvegarde à tant de nations, on s’en faisait maintenant une arme d'asservissement.
Être fort plus que jamais, armer sur mer, armer sur terre, voilà donc déjà la première idée commune à ces deux hommes, celle qui, certainement, avait tenu la plus grande place dans leurs récents entretiens L'Allemagne avait, sur ce terrain, donné son maximum d'elïort. L'Autriche-Hongrie avait suivi. Le 3Ü avril 1914, les Délégations réunies à Budapest avaient reçu du gotiverncmenl des demandes de crédits extraordinaires qui dépassaient tout ce qu'on pouvait prévoir.
Malgré la crise économique, Tensemble de ces crédits s’élevait en effet à 609.836.000 couronnesL La plus grande partie, 4^6.83(3.000 couronnes, était destinée à la marine, et devait être aftêctée à la construction de quatre dreadnoughts de 24.o{)0 tonnes chacun, de trois croiseurs de 4.800 tonnes, de six. torpilleurs, de deux monitors pour le Danube, d une flot Lille aérienne... Le but politique de ces aecroiasemenls avait été indiqué dans l’e-’epoaé des motifs ;
1. Depuis 1913, les armements de l'Autriche avaient été continus, mr nen citer qu’un enemplc. une ordonnance impériale du contingent de l'armée autrichienne de J.DUU Immoles pour l'active et de 4.600 hommes pour la landwehr.
KO^^OPÎSCKT KT S.UlAJEVn
Les changeinenÈs histo7iques qui se so}ii produits ) l'OiHenl pt^oche font p7^évoir d'hnportanls déplaeenienli d'éqiiiHbf^e dans les fo7'ces ma^^itùnes de la Médüe^Tanét £71 cojiséguefîcef c"est une i^rgente nécessité pour la » 7ta7"chie ausl7^o-h07igroise de pre7id7^e les fïiesi^^es mditpensables pour maintenir sa position daiis la Médiler^ 7^a7iéef vu que no7i seulement les grandes puissances^ 7nm a7issi lesplus pelits États médile it a7îée7is O77lnotablem e;tj ^ augme7iié leui^s fo7xes ma7'iUmes.
Le jour même où ces demandes avaient été présentées, ' le comte Berchtold, après avoir exposé la version officieUi des rapports de rAutriche-Hongrie avec Les États balka* niques, avait, pour conclure, insisté sur la nécessité dq relèvement économique de la Monarchie. Tout le monde » avait compris ce qu'il avait voulu dire sans préciser. Li situation du commerce austro-hongrois dans les Balkans périclitait d'une manière inquiétante : ses importations, j en Serbie, ne représentaient plus que ÎQ p. 100 des iinpnr- i tâtions totales, au lieu de 62 p. 100 en 1884 ; en Turquie^ 16,20 p. 100 au iieu de 19,60 p. 100; en Alhanie, [ 1.900,000 francs, en 1906, centre 2.63o-000 franesen 1900,., ' { Et cette déchéance ne pouvait que s'aggraver, si une poli- i tique de violence ne venait y porter remède, si un proto- i torat économique n’accompagnait pas, dans les Balkans im protectorat politique plus ou moins déguisé de TAiitrichedlongrie sur ia route qui s'interposait entre elleel i Salonique. ^
Une question banale en elle-même, et d'une solution eo ^ toute autre circonstance aisée, résumait cet état d'espd e et synthétisait une politique : ralTaire des Chemins de fef j Orientaux, Au cours de la guerre contre la Turquie, le gôih . c yernement sei he s'était emparé du tronçon de voie ferré J conduisant de son ancienne frontière à sa frontière d’aih p jourd'hui, et Tavait exploité. La paix conclue, la SocM
AUTRTCrrE RT ÏTATJE
fermière* qui exploitait ce tronçon naguère turc, avait demandé à être remise en possession. La Serbie avait refusé, et arguant de ses droits de souveraineté les moins contestables, offert de racheter les droits de la Société, tlclle-ci, soutenue par le gouvernement austro-hongrois, soucieux de conserver un motif d’intervention dans les adaires intéi ieures de la Serbie et invoquant ses fameux « intérêts spéciaux » si souvent proclamés à Vienne ou à Budapest, s’était récusée à son tour. Des affariste.s accommodants avaient proposé un régime international des Chemins de fer Orientaux, et engagé des pourparlers avec le Baliplatz. Mais les négociations, près d'aboutir un jour, échouaient le lendemain, et personne ne pouvait dire quand ni comment elles prendraient fln. L’Autriche cherchait la formule qui réservât son protectorat et son débouclié sur Salonlgue !
A l’ouest de la Double-Monarchie, du côté italien, les sujets de satisfaction n*étaient pas moins maigres, les motifs d inquiétude pas moins permanents-
Les efforts officiels avaient beau, des deux parts, se multiplier pour rapprocher les riverains de l'Adriatique, aucune cordialité ne pouvait, décidément, adoucir leurs relations. La population italienne de l’empire austrohongrois maintenait, à Trieste et à Fi urne, ses revendi-
1. liana la péninsule baikaniqao ol eu Orient, rétablissement du rtsean ferré donne lion à la combinaison financière suivante ; une
première société est formée pour obtenir la concessioii du gouTer- BemeDt inWressé ; une deuxième société, la plus fructueuse, se cnarga de la construction ; une troisième société, dite « fermière » CH assure resploitation. ’
Deux personnalités, aujourd'hui disparues, mais très répandues ûans la société parisienne il y a vingt-cinq ans, ont iouë un rôle ^nî^id^table dans la fondation du réseau ferré dont il est ici ques^ m. Le sont M. lionlûu,’^, créateur de riTnion générale, célèbre nox , rinance, pour les chemins de fer serbes et
pour Ja Turquie, le baron Hirsch, dont le tortil llambant neuf et le asiatique ont inspiré maint roman et mainte pièce de théâtre.
KÛNOPIS€HT ET SAIUJEVO
cations irritantes. L’université nationale qu'elle réclamait^ au lieu de l'édifier dans le grand port de l'Adriatique, on l’avait exilée en plein pays allemand, à Innsbrück. \ Fiume, le gouvernement hongrois avait tenté une magyarisation violente de la municipalité qui avait soulevé en Italie une profonde émotion. Enfin les tendances non dissimulées du gouvernement impérial et royal à suivre dan^ les Balkans une politique qui ne s’inspirât que des « seulj intérêts austro-hongrois avait amené, même dans les milieux goavernementanx de Rome, une gêne profoiKl&. Vainement le comto Berchtold et le marquis di San Gtrliano avaient-ils essayé, au cours d’une entrevue qu’ils avaient eue à Abbazzia le 14 avril, de ramener entre leurs deux pays une concorde qui fut assez profonde pourpétié* trer les masses populaires. Le peuple italien ne s*y étail pas mépris : la politique impérialiste de T Au triche Hongrie compromettait Tavenir et les aspirations de fItalie, Son triomphe eût été une défaite italienne, La confiance verbale des communiqués officiels n avait eu aucun échod Ton avait même vu des journaux italiens connus jusquelà pour leur attachement à la politique fcriplicienne, eatreprendre des campagnes anti-autrichiennes.
Il n’était pas, enfin, jusqu’à l’Albanie qui ne fût devenue entre les deux pays un sujet de méfiance et de soupçon, Ce royaume de féerie menaçait de sombrer dans la tragédie, et son naufrage imminent mettait les puissances qui l’avaient créé en une situation singulièrement embarrassée.
Un accord signé le 6 novembre 1897 avait stipulé le désintéressement respectif de TAutriche et TUalie, Maisil avait été convenu en même temps que si la souveraincié ottomane venait à disparaître, aucune puissance européenne ne pourrait lui substituer la sienne. D’où la décision prise par la conférence de Londres, sur l’intervention de la Triple-Alliance, de créer an royaume d’Albanie* fe
ExX ALlïAXlK
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prince de Wied^ neveu de la reine de Roumanie, qni avait accepté cette nouvelle couronne, et débarqué au début de 1914 h Durazzo, u'avail jusque-là mené a bien que deux actes politiques : la restauration du vieux titre de m'brel^ ot Lin emprunt dont un dixiéme lui avait été versé à titre d’avance. Par ailleurs, ses sujets, insensibles aux enluminures populaires qui représentaient leur souverain, affublé d*un costume de cirque ou entouré de sa famille, avaient continué h vivre loin de lui dans leur montagne, les musulmans parce qu’ils ne voulaient pas d’un infidèle, les catholiques et les Grecs orthodoxes par aversion pour un protestant*
Au mois d’avril, la situation avait encore empiré.
Tous les gonvernements européens avaient désigné leurs représentants âDiirazzo. Mais comme il n’y avait, dans la n capitale » albanaise, aucune construction digne d’abriter leur splendeur diplomatique, des maisons en bois démontables avaient été expédiées. Seul, cependant, le ministre d’Autriche-Hongrie occupait Tunique hôtel de pierre disponible. EL cette différence de situation n’était pas un simple symbole. L’influence du représentant de la cour de Vienne était manifestement devenue très vite prépondérante, en sorte que Durazzo donnait Tillusion d’une station balnéaire où une société cosmopolite et bigarrée se divise en deux classes suivant les aspirations de chaque « bai- ^neur ».
En même temps, a « Tiotérieur » du royaume, la guerre civile se déchaînait. Ëssad pacha, chef de Téiénient musülmaû, prenait une attitude si menaçante que le m'bret le faisait arrêter et transporter en Italie. Les Epirotes, qui S 0 refusaient a être livrés sans défense aux musulmans, se soulevaient et proclamaient, le 7 mars, leur indépendance* hc IS mai seulement, après de longs pourparlers, ils signaient à Santi-Quaranta un accord qui leur assurait certaines garanties. La situation du royaume d'Albanie ne
KDXÜPISÇIJT ET ^ARAJEV^^
B'eo trouvait d’ailleurs éclaircie qu’au sud. Autour de Diirazzo, rinsurrection musulmane resserrait si fortement son étreinte que les faubourgs de la ville essuyaient tom les jours des coups de feu et qu’un jour, le m'bret Guillaume, par une fuite hdtive et un retour non moins précipité, perdait ce qui lui restait de prestige auprès même de ses commettants européens.
Quels projets d’avenir édifier sur un terrain ainsi miné: Si ce roj^aume artificiel venait soudain à s’évanouir, qtfeji adviendrait-il de Taccord austro-italien? Les pactes de désintéressement n’assurent la bonne entente des contractants que si le statu quo se maintient. Mais le jour oàiJ faut s’entendre pour le partage?... Tous les événemenls récents justifiaient les soupçons de Tïtalie touchant les projets égoïstes de l’Autriche-Hongrie L
De quelque côté que Ton envisageât, de l’extérieur, k cercle des nationalités qui entouraient l’empire des Habsbourg, on ne trouvait donc que méfiance, suspicion, motifs h armements. Vue de l’intérieur, la situation de la Double- Monarchie n’en était pas moins grave, dans le sud surtout, oii l’élément serbe, minait sourdement et naturellement k terrain et où le parti de la niagyarisation a outrance, une magyarisation qui s’appuyait sur le bloc allemand pour s’en servir suivant la formule du comte Tisza, sembhil faire naître et attiser à plaisir les rancunes et les hmm nationales.
Ainsi à la veille du nouvel et procheiu voyage à Guillaume II a Konopischt, le destin entraînait l’Autnche- Hongrie, à la suite de fAllemagne, dans la voie de Vïmp
l. Le ralnistùre Giolilii s étant retiré fut [remplacé le nmis pa: un ministère présidé par M. Salandra et dans lequel M. di Ssd Gïulianô conserva le portefeuille des AITaires étrangères. Le pod^ ieuîllû de la Guerre ïut d'abord offert au général Porro qui csigcail GOÛ millions do crédit pour son département ; cette demande ayant été jugée impossible a satisfaire, ce futie général Grandi qui devînt ministre dû la Guerre le 2T} mars seulement.
KllANCOIS-nCRDINAXD
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nuJisiïie agissant, La force seule, une force qui nie ou diminue les droits des peuples moins forts, pouvait lui permettre de se maintenir et de s'étendre, La date fatidique h laquelle cet impérialisme se heurterait aux résistances qui se dressaient déjà pouvait être reculée, non supprimée. Un jour viendrait où il devrait s’affirmer, c'est-à-dire se mesurer avec ceux dont lecrasement ou lasservissement assurerait sa durée. Les nations, comme toutes les choses de ia nature, si elles ne veulent pas diminuer, doivent grandir. Tout arrêt est un signe de mort.
Le 1 1 juin, dans la soirée, rempereiir Guillaume II partît de PoEsdam pour la Bohême.
Paît significatif : l’amiral von Tirpitz, le créateur de la (lotte allemande, accompagnait son souverain. « U est clair, souligna la Taeglische Eimd.^chau, que la politique jouera dans fentrevue de demain un rôle prépondérant. La présencede ramiral von Tirpitz donne encore plus d'importance à cette rencontre, jj
La visite, cependant, se passa dans toute la simplicité compatible avec le rang des châtelains et celui de l'impérial visiteur.
L’archiduc François-Ferdinand affectionnait particulièrement, pour sa solitude et son charme, le château de Konopisciit. N’était-il point situé dans ce royaume de Bohême où sou épouse morganatique, la duchesse de Hohenberg, était nee? L’héritier du trône des Habsbourg; y venait souvent oublier, dans les joies intimes de la famille, les soucis des charges qu1l assumait chaque jour en plus grand nombre. Là, les deux sentiments qui dominaient sa vie intérieure i sa foi religieuse et son affection pour sa femme, pouvaient s'épanouir sans contrainte. S’il pensait à la double couronne qui, bientôt, lui serait échue, c’était certainement pour associer cette redoutable éventualité à ses rêves familiaux. On a dit qu’il projetait de modifier.
kONOriSCHT lîT SAllA.IEVO
arec i’aide du Saint-Siège, Tinexorable Pragmatique qui excluait du trône sa femme et ses enfants parce que !i duchesse n’était point de maison sou re rai ne. Suppositioi après tout légitime, pensée naiiirellc surtout au momenl où ladiiciiesse fait àTempereur allemand les honneu^s^i! sa demeure. Mais alors comment ne pas supposer en mém temps queFrançois^Ferdinand n*ait déjà formé, aumoiiu dans ses grandes lignes, on plan d'action politique qo], exécuté et mené à bien, pourrait justifier plus tard lamodi fication coiistitntionnelie qu'il ne pouvait pas ne pas ûéi rer?
Quoi qu'il en fût, d'ailleurs, des dispositions et des pensées de l'archiduc, si simple qu'elle fût, la visite de Konfr pischt nen présenta pas moins certainement, coIIllll^ l’avait fait remarquer la presse allemande, une « hauli portée politique ».
Le juin au matin, dès l’arrivée de Guillaume II, rélcîidard des Hohenzollern fut hissé sur la tour du château Les présentations faîtes, vint le tour du propriétaire, m Yitable pour les grands comme pour les humbles, puis le déjeuner. Mais dans Taprès-midi, Guillaume II etsonholt firent en voiture une de ces longues promenades si favorables aux entretiens confidentiels. Le lendemain i3Ja visite du domaine continua, coupée comme la veille d’atretiens à deux. Le soir, après un dîner de trente-un cotiverts qui réunit à la table de rarchidiic tous les hètei <f illustres m présents, Guillaume El prit congé de h duciiesso. François-Ferdinand l’accompagna à la gait cc Les adieux de l'empereur et de farchiduc, dirent compte-rendus de presse, ont été très chaleureux. L'hôteel 1 invité se sont embrassés à deux reprises et longuemeol serré la main. »
Ils ne devaient plus se revoir.
Sans doute, malgré sa mise en scène romantique, ne faut-il point accorder h cette entrevue de Konopischtuii
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caractère décisif. Le contact a tgujours été permanent, depuis vingt-cinq ans, entre les cours de Berlin et de Vienne. Après les nuages qui avaient un moment assombri jes rapports de Gniüaume et de François-Ferdinand, leurs entretiens répétés, depuis quelques mois, étaient dans la nature des choses, et il n y a point de raison de croire qu'ils so soient mis d’accord sur la date et i'heure où leurs pays devraient risquer leur va4out. Mais de là à présenter cette visite comme purement familiale, à prétendre, comme le fit la Wiene?^ Allgemeine Zeitung^ que c’était leur amour commun de la nature » et des roses qui les avaient réunis, il y a des nuances qu’il importe de ûoLer, Si Guillaume n avait obéi qo’è sa curiosité horticole, l’amiral von Tirpitz n'eût sans doute pas été du voyage. La loquacité habituelle de Tempereur, son penchant à mêler les considérations familiales aux entretiens politiques les plus graves, sont en outre trop connus pour autoriser l’hypothèse de l’idylle printanière ébauchée par la presse viennoise.
Pourquoi ne pas admettre plus simplement que la présence du secrétaire d'Etat allemand à la marine doimait à Teiitretien sa véritable poi'téc?
Depuis un an, l’Allemagne avait décidé de maintenir une division navale dans la Méditerranée orientale. Au mois de mars 1914, Tara irai von Tirpitz avait annoncé au Reichstag le dépôt prochain d’un projetdeloi portant augmentation de la flotte. Rapprochés de raccroissement décidé récemment des forces navales austro-hongroises, ces faits, étant donné le caractère de Gui llaume ÏI, permettent de reconstituer par approximation l’essence des entretiens de Konopisebt. L’empereur, passionné et subjectif comme tout bon Allemand, rapporte tout à son pays, entend que tout se subordonne 4 lintérétet aux ambitions de l’Allemagne. L’Autriche augmente sa flotte? Comment cette auginenlatioti ne se proposerait-elle pas le même but que
^ KUNOriSCIIÏ ET SARAJEVO
celle de la flotte allemande? Les deux einpires ne sonMls pas alliés, les deux Etals les plus intimement alliés qu'm ait jamais vus? Sans tarder, il faut dégager le bot common à atteindre, s’entendre pour une collaboration éven^ tiielle : en Orient pour soutenir la Turquie, ou ce qu’il ea reste, contre la Triple-Entente; au nord pour permeltreà la flotte allemande, dégagée de toute autre préoccupation' d'intimider T Angleterre en la contraignant à la neutralité... LTtalie, bon gré mal gré, soutiendra de son abstention bienveillante ses deux alliés.,.
Des accords particuliers, les entretiens s'élèvent nain* rellement aux sujets plus généraux. Empereur et archiduc abordent la situation spéciale de chacun des pays d’Europe dont 1 attitude peut affecter leurs propres intérèl^
La France, à leurs yeux, voit décroître sa force de ré^^îs' tance. Imprégnés tous les deux d'idées rétrogrades, ils ne conçoivent pas une démocratie organisant une solide défense nationale, lis confondent ranarchie avec le libre Jeu des institutions libérales. L'épanouissement spontané de 1 individu dans TEtat est une notion qui leur est étrangère. Comme à tous les Allemands, les élections légLlatives qui ont eu lieu en France quelques jours auparavant, leur semblent marquer un déclin de Tidée nationale ; iis ignorent que le plus fongueux socialiste de Paris est plus près deM. Déroulède que des théoriciens cosmopolites de FAIIemagne. De la Russie, muiaUs mutandis, ils ne saisis^ sent pas davantage le nationalisme profond. Ils prenneot pour de la faiblesse la générosité duTsar, et pourun signe de décomposition l'agitation ouvrière des grandes villes russes. Quant à 1 Angleterre, trop absorbée par la grave question du Home rule pour regarder autour d’elle, on 1 a enchaînée par des transactions compromettantes au char germanique. Au pis, elle comprendra trop tard pour intervenir efficacement ia portée de la lutte qui s'ouvriiu Non, décidément, 1 Allemagne seule est grande et forle, el
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cap:ibi^^j si les peuples qui Tenlourentse refusent h accepter la paix allemande, cFentreprendre la guerre allemande l
Mais la paix allemande est peut-être encore Ja solution favodic de Guillaume : ime paix, dans laquelle les nations do ff second rang >j comme la France, ou encore c( inorganiques » comme la Russie, se résigneraient au protocole de préséance écrit par l'Allemagne. A assurer cette piitx allemande, rAutriche-Hongric contribuerait pour sa part — une part de <c brillant second — en mettant à
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laraison les Slaves du sud, insupportable barrière entre la tomanie et rOrlent.
Et si, pai malheur, cette paix est impossible a assnrer par la persuasion ou îe simple étalage de la puissance militaire, la force est là, dernier argument de Timpérialisme, pour rimposeraux récalcitrants î
Les deux journées de Konopischt ne sont donc peut-être pas historiques » au sens populaire qu*on a donné à ce , mot. yempereur et rarciiiduc n^ont décidé ni la guerre, ni \ la paix H Ils n ont même pris aucune de ces résolutions qui créent un grand fait nouveau dans la politique continentale. Mais ils ont scellé leur réconciliation, constaté iacomnmnauté de leurs vues, précisé nn détail de plus de leur coilaboration éventuelle. Du donjon du château, leurs empires leur sont apparus comme deux immenses fortefesses accotées aux versants d^une même montagne et marquées par îe destin pour une œuvre de domination. On ne désirait peut-être pas Je combat, mais on sentait qu il y aurait une heure oîi il faudrait le provoquer : celle qui précéderait la préparation défensive efficace de Fadversajre. La Germanie, sous peine de tomber de son rêve, dmd sonner la charge avant que la grande Russie fût touE^ait prête à la lutte, avant que l’Angleterre fût tout «fait alarmée.
Et de Fuit, immédiatement après Tentrevue de Kono-
KON O PIS c 11 i a r s A 3 î A .1 K\ ( J
pisclit, le gouvernement austro-hongi ois accentue ladiret* tioû militaire de sa politique, le sen^de ses « précautions» contre ses voisins du sud. Le général Conrad von Hd. zendorf, chef d’état-major général, rentré en grâce, pré. parc sur les frontières roéridionales de la monarchie,des grandes manœuvres d’une ampleur inaccoutumée, presque une « répétition ». Quelques jours auparavant, à Buda^ pest, centre de la politique anlislave, un journal gerniano* phile, le Perlei^ Lioyd, avait publié, sur la nécessite de fortilier les confins de la Transylvanie, de la Serbie etd* Monténégro, une série d'articles trop documentés pour ue pas Être inspirés. Il s’agit, avait-il dit ensuite en substance le îB juin à propos des manœuvres, « d'éludierk moye?i de repôu^se7' une offe^isive sâ?'ùo-mo7îiénégm en Bos7iie, Croatie et Hongrie méiHdionale, qui art lieu en même temps qu\ine offemim russe en Galim, ei de fixer les circonstances qui se produwaient en pareil cas aussi bien pour l’attaque que pour la défense ».
Ce thème ne senible4-il pas, aujourd’hui, une prophétie?
Rien, dans la situation internationale, ne justifiaii d’ailleurs ce redoublement de précautions d'appareocÉ défensive. O^oi de plus anodin, de moins menaeant, qw le calendrier des faits qui, autour du bloc austro-ail^ mand, succédèrent à l'entrevue de Konopischt?
En France, la tendance démocratique et pacifiste maintenait la politique extérieure dans une direction qui u’autorisait, à rétranger, aucune alarme.
Radicaux et modérés obéissaient à la même inéluctaÉ nécessité, lorsque le pouvoir tombait successivement Quin leurs mains, d assurer une paix digne du grand pays quiij étaient appelés à gouverner, eu maintenant la défera nationale â la hauteur de ses devoirs. Mais tous étaieDl également éloignés d'une politique d'aventure, Une coulé-
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