LE MINISTÈRE VIVIAN
reiiee interparleraentaire fraaco allemande s’étant réunie à 'Bàle à la fin du mois précédent, on avait vu des membres de la gauche et du centre mettre le même empressement à rechercher, avec quelques dirigeants du Heiclistag allemand, ce terrain d’entente dont on avait tant parlé sans (ju’on pût le trouver, un an auparavant h Berne *. Le tl juin, le ministère présidé par M. Doumergue s’était retiré et M. Ribot avait assumé la Présidence du Conseil. Mis en minorité trois jours après à la Chambre, il avait cédé le pouvoir h. M. Vivian! Mais ces changements successifs, s'ils gardaient nue signification intérieure, ne modifiaient pointia position de la France en Europe. En déclarant que son ministère resterait fidèle à la loi et de trois ans », ni. Vivian! montra que, pas plus que ses successeurs, il ii'entendait admettre que son pays fût traité en puissance de second rang. Par ailleurs, et une déclaration conditionnant l’autre, il entendait assurer, par une pratique loyale de l’alliance russe et de l'amitié anglaise, le maintien de l’équilibre européen. Si l’Allemagne n’avait aucune aspiration à l’hégémonie, quel grief pouvait-elle faire à la France d’avoir pris une telle position?
Les justes motifs d inquiétude ne faisaient pas moins défaut du côté anglais.
Libérale comme la France, l’Angleterre continuait à s absorber dans le problème irlandais qui prenait, au moins aux yeux prévenus de l’étranger, l’aspect d’une
1. Cette eoni'érence franco-allemande tint deux sdances, les 23 et JU mai, A la lin de la deuxième séance elle adopta le te.xte d’une telaration conciliante où so trouvaient recommandés, pour amener 1 entente entre les deux pays, le recours à la procédure d’arbitrage, ^ 1 rectineation et la mise au point ties nouvelles fausses on i&ndaacieuses propres k maintenir la inésintelligence*
U fflinistère Ribot s^éiait assuré, comme ministre des AfTaires t'tmngères le concours de M, Léon Bourgeois. M. Viviani. en prenant la Présidence du Conseil, conserva ce portefeuille pouî’ lui-
Alui m , AgarJ i r-Sarajfyva,
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guerre civile menaçante. D'un conflit avec l’Allemagne, i personne ne voulait* Le parti des accommodements, qui avait favorisé la conclusion d’une entente sur la questioû africaine, multipliait ses eflbrts pour obtenir un accord analogue au sujet de la Mésopotamie* Ün sembla même un moment si près de la réconciliation la plus cordiale que tout le monde, en Allemagne et en Angleterre^ trouva naturelle la visite de Tescadre anglaise, le â4 juin, à Ki&l, ^ «Les vaisseaux anglais et allemands, dirent les Daily News^ mouillés côte à côte à Kiel donnent bien en ce moment la preuve la plus frappante que des instruments de guem puissent donner, que la cause internationale de la pais: est au moins eu bonne voie de triompher après les graves dangers qui Tont mise récemment à Tépreuve. » Le \ Tempereur Guillaume 11 fit une longue visite au vaisseau* : amiral King-George V, dont l’amiral Warrender lui fit les honneurs. Il n’j eut qu’une ombre sur cette idylle passagère : de Kiel, i’escadre anglaise devait se rendre à i Cronstadt, La pensée d’accordailles possibles entre fADgl^ ( terre et la Russie mettait quelque inquiétude dans fopi- \ iiion allemande; on en trouverait aisément la preuve dans ^ t maints articles des journaux berlinois et notamment dans i le Be 7 *liner Tageblatt du 26 juin. Mais dans l'ensemble, i l'AUemagne, peuple et gouvernement, était convaincue d'avoir pour quelque temps au moins neutralisé l'Angle- ’ i terre, £
A l’est de TEurope, sur le flanc oriental de rAllemagne, s les projets militaires et navals de la Russie entraieoU ? i peine dans la voie de la réalisation* Des grèves successives i survenues dans les grands centres industriels, surtout à Saint-Pétersbourg, pouvaient donner l’impression qu’ii e péril révolutionnaire menaçait la paix intérieure de leift- c pire des Tsars. Au demeurant, une campagne habilemenl r menée ou entretenue par des agents allemands avait effi' i cacementréveillé, en Suède, d'anciennes méfiances conlre d
concordat serre
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la Russie. Un mouvement « populaire», oüTéliment paysan dominait, avait forcé le roi Gustave V à dissoudre la Chambre, Un nouveau ministère, présidé par nn jurisconsulte, M. de Hainmerskjceld, qui avait pris le portefeuille delà Guerre, avait dépose', k la fm du mois de mai, un projet de loi qui augmentait dans de notables proportions les forces militaires du royaume. Ainsi, l’on pouvait espérer en .Ulemagne qu’un jour viendrait où le plan de la mobilisation russe devrait comporter ie maintien en Finlande de plusieurs corps d’armée. Et ce serait toujours autant de forces russes distraites du front allemand. Aucun détail, dans la préparation du plan d’hégémonie de rAllemagno, De pouvait être tenu pour négligeable. ’
Au sud de l'Europe et en Orient seulement, l’incertitude couiinençait et imposait aux deux empires germaniques l’obligation de manceuvres constantes et attentives.
Le 14 juin, le tsar Nicolas II vint rendre visite à Constantîa au roi Carol de Roumaine, Les deux souverains échangèrent des toasts cordiaux, qui exprimaient la communauté d intérêts de leurs pays dans plusieurs questions essentielles, celles de la liberté des Détroits notamment, indispensable au commerce au moins autant qu’à la sécurité politique des deux nations.
Le juin, un événement dont la gravité échappa à la majorité de l’opinion européenne, assombrit les relations austro-serbes : M. M. Vesnitch, plénipotentiaire serbe spécialement délégué à cet effet, et Mgr Merry del Val, représentant le Saint-Siège, signèrent à Rome le premier Concordat entre ie Vatican et une nation orthodoxe.
ün a quelque peine à se représenter, dans nos pays évolués, où la religion déborde de moins en moins ie domaine de la vie privée, l’importance des questions rituelles en Orient. Mais dans les Balkans, la religion est intimement mêlée au conliit des nationalités, et la langue dans laquelle se dit ia messe, ou la liturgie en usage, y
ÎCONOPISCHf ET SARAJEVO
devieonenl motifs à d’interminables querelles, voire même r h des guerres civiles. La cour de Vienne, en outre, a toujours aspiré à un protectorat des catholiques d’Orieni appendice précieux au protectorat politique et économique auquel elle prétend ; certains évéques, MgrSlross. inayer à Sarajevo, se sont acquis dans ce rùle d’agents à demi politiques, à demi religieux, une célébrité qui dure encore, et n’ont point été étrangers à de grands événe- ^ nieots, rannexioii de la Bosnie-Herzégovine par exemple.
Le Concordat serbe, préparé silencieusement depuis six mois par un obscur ecclésiastique français, curé d’une paroisse des environs de Nice, constituait nn véritable succès pour la diplomatie do roi Pierre P"'. La Serbie en elîet voyait sa capitale érigée en archidiocèse comprenantuii diocèse suO'ragant, dont la capitale était précisément celb ville d’Uskub, chef-lieu des territoires conquis sur la Turquie, où rAutriche exerçait jusque-là le protectorat des catholiques, La presse viennoise ne s’y trompa point. La ZeU qualifia le Concordat de « défaite autrichienne Un de ses arguments est caractéristique : Vaulo7ioniie défini- i tive de la Serbie est désormais, dit-elle, un fait acquis.
Le gouvernement austro-hongrois, néanmoins, resla j muet. Préféra-t-ii se consacrer uniquement à rœuvre mili- ; I taire préparatoire qu’il avait entreprise? FuLil surpris 1 par les événements? La deuxième supposition semble ta ' i plus vraisemblable* ^ e
En tout cas, tandis qu’au milieu des incertitudes, 1 k 1 diplomaties européennes tendaient l’oreille ou se recueil - ( latent, le destin fixait le sort des nations. Le drame d’ûD ] allait sortir la plus grande guerre de i’histoire humaine, . 3 dans Tombre se préparait, ' ]
Depuis le 6 octobre T908, l’ordre autrichien régnait dans ; 1 les deux provinces de Bosnie et d'Herzégovine. Entendes par là que les administrations publiques y fonctionnaient
SLAVliS d’AUTIüCME
et que la police y veillait avec cette régularité minutieuse indispensable au maintien d’une domination étrangère. Le service des chemins de fer donnait l’exemple, par ses horaires scnipuleLiscment observés, de Texistence chronométrée. Dans des locaux nets et hygiéniquement disposés, Tadministration des postes surveillait automatiquement le courrier des particuliers. Des écoles, peu à peu, s’ouvraient sur le territoire, et les maîtres stylés y semaient avec zèle, parmi la jeunesse rurale, la bonne et loyale parole. Au touriste égaré dans le Ballcan, tout paraissait donner rilliision de ff la civilisation ».
Au fond le conHit couvait silencieusement entre cette administration qui, à force d’être méthodique, se prenait pour une et culture », et Tensemble de la population, sourdement travaillée par ce malaise collectif qui atteint toute nationalité comprimée en ma! d ’k une civilisation » qui veut naître et vivre sa vie.
Les éléments en présence se dessinaient avec une netteté parfaite, d’après les documents autrichiens eux^mêmes : d’un Cüté une population autochtone de 1.8ÛÛ.OOO individus environ, de i autre environ 100.000 immigrés. Les autochtones comprenaient 78^,831 orthodoxes, 601200 musulmans, 400.481 catholiques et 11.000 israé^ lites, dont la langue nationale commune, même pour Ibe ÙT aélUeEf était le serbe h Seuls les immigrés connaissaient d parlaient I allemand. En considérant dans leur ensemble les deux rites chrétiens, les musulmans ne formaient donc (ju environ un tiers de la population. Si Ion se rappelle que les envahîsseufs sont en général en nombre infime par nppert aux envahis, et que par conséquent, la majeure partie de ces musulmans ne pouvait être, comme le prouvait d’ailleurs la langue dont ils faisaient usage, que de race serbe, on était donc autorisé à conclure que l’Au-
t- lîcccnscment omdel dfr r.)07.
KONOPISCHT ET SARAJEVO
triche-Hongrie occupait un territoire serbe, destiné parla natuï'e et le droit à évoluer dans Torbite de la nation serbe,
Ges éléments de vitalité nationale troavaient en outre, hors de la Bosnie et de l Herzégovine, des appuis solides et étendus. Au loin en effet, en territoires iégaleiTLentaairichiens on liongroisj \e s&rbîsme luttnit pour l’existence: GD Hongrie iCroatie Slavonie), plus de ^.600.000 orthodoxes ou catholiques, en Autriche (Carniole, Dalmatie, Garyn* thie, Styrie...) près d’un million d’individus parlaient serbe ^
Quelles que soient les distances que créent les religions, la langue les franchit Comment empêcher que ceux qui parlent le même idiome fi dissent par avoir desmœui^,uDE civilisation, uneâme communes?
Or c'est pourtant cette œuvre de compression h laquelle méthodiquement, froidement, les agents de la souveraineté austro-hongroise s’étaient attelés et qu'ils prétendaient mener a bout. Le parti des tnaiisies — ainsi appelait-on ceux qui vonlaientgrouper les Slaves du sudenim état autonome sous le sceptre des Habsbourg — avaienl! fait bien pea de prosélytes. Germanisants de Yienne el magyarisants de Budapest, avides des situations adminis tratives et des proûts matériels que leur position de coûquérants leur assurait, se trouvaient d’accord pour mm tenir coûte que coûte et pour développer leur dominatie politique. Le mépris de leurs malheureux sujets n’étiil pas seulement chez eux Texp cession d’un senti ment patrh tique, il accompagnait une vikion très nette d’intéréis privés parfaitement définis.
Le régime auquel avait été soumise la Bosnie-Hera^fr vine n’était donc que l application méthodique de ces priû cipes. La statistique administrative en donnait une preuve
1. l'a ajoutant à cos chiffres les Slovènes cl les musulmans df race serbe, le nombre des Slaves du sud habitant la monaitliK austro-hongroise peut etre fixé à environ S millions.
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