‹ La guerre allemandeChapitre 5 sur 59 · UN PEUPLE MECONTENT · texte numérisé non relu

UN PEUPLE MECONTENT

actael l'empire chérifien, qu'elle donne à rAllemagne une ce compensation )5.

Au fond, cette idée d’exiger ainsi, sous la menace, mie compensation en échange d'un objet sur lequel TA llemagne n’avait aucun droit, était des plus contestables- Le gouvernement français voulut néanmoins montrer sa bonne volonté et son désir de conciliation; il accepta de discuter sur la base proposée. Après quatre mois de laborieuses négociations, le 4 novembre 1911, une « liquidation » générale de la question marocaine intervint entre les deux gouvernements : l’Allemagne reconnut à la France le droit d’établir son protectorat sur le Maroc, La France céda a f Allemagne une partie de sa colonie du Congo, de manière que la colonie allemande du Cameroun pût rejoindre par deux pointes le fleure Congo.

Dans le même temps que se poursuivaient ces négociations, ritalieprenait une décision généralement imprévue: le ^7 septembre, M. de Martino, son chargé d’affaires à Constantinople, remettait au ministre ottoman des Alïaires étrangères un ultimatum annonçant l’intention de faire occuper par des troupes italiennes la Tripolitaine et la Cyrénaïque. L'ultimatum invoquait la méconnaissance par le gouvernement ottoman des intérêts politiques et économiques de l'Italie dans ces deux provinces, et laissait entrevoir la possibilité d’arrangements susceptibles de ménager la souveraineté de laTurquie* La Porte répondit par un refus catégorique; l’Italie riposta par une déclaration de guerre*

Quelle qu’ait été la marche adoptée par le gou vernement italien dans cette grave question, les raisons occasionnelles ou profondes de son geste ne paraissent guère discutables,

La situation de fltalie lui avait jusque-là imposé une politique extérieure d’expectative. Tard venue, comme rAllemagne, à I ’unité, mais moins favo risée que l’AUemagne

ITAUIE ET LIBYE

au point de vue des richesses naturelles, notamment de son sous-sol, son labeur et son ingéniosité étaient aussi venus à bout plus lentement de la pauvreté; tandis que, d autre part, un passé fait de la plus grande gloire qui ait rayonné sur le monde et une situation géographique exceptionnelle lui commandaient de veiller sur son avenir dans la Méditerranée et l'Adriatique. D’où ses accords de 1897 avec TAutricbe, au sujet des Balkans et de rAlbanie, et de 190^ avec la France au sujet du Maroc et de la Libye. Les uns et les autres étaient imprégnés du môme esprit : reconnaissance de droits éventuels, promesse de ne réaliser aucun avantage sans que fût réservé à Tltalie un avantage équivalent.

Or l’Italie avait un intérêt de premier ordre, puisque la France s'assurait le protectorat du Maroc, à prendre, avant la fin des négociations de Berlin ses assurances en ce qui concernait la Libye. Qui sait en effet, ce que réservait l avenir? Demain peut-être une autre puissance, à la faveur de circonstances qui poa?aient être pires, étendrait la main sur celte unique partie libre de la côte méditerranéenne de 1 Alrique, celle précisément qui semblait le mieux continuer la péninsule italienne?

Hypothèse gratuite? Alarme injustifiée? Non, Justement au cours de eet été agité de 1911, un ccalï'ariste w allemand, un de ces organisateurs de spéculations en l'air comme il en est beaucoup dans tous les pays cosmopolites, s^était installé à TripolL où il avait réussi à se créer des intérêts apparents^ Les ce options » s accumulaient dans ses mains

1. Le terme « optioïi » — néologisme récent ^ sert à désigner dans le monde des aiïaires, la promesse de vente, ou de bail, ou d ûbligation de faire. On en fait surtout usage dans les promesses de veilles de letTdins ou de concessious inifiières La promesse est généralement stipulée cessible, d<3 iL-nïère qu elle puisse circuler dans un grand nombre de n^^ns. cessionnaire « lève

I option w, SI elle lui para^^antageuse, c'est-4-r1ire offre au vendeur

pru convenu i son^in est constitué par la différence entre ce

UX TEUPLE IIECUNTEKT

Qu'allait-il arriver si des firmes allemandes acceptaient la cession qu'il leur proposait, avant que 1 Italie eut réalisé, pour ce qui la concernait, les avantages que lui reconnaissait son accord avec la France? L’Allemagne, dont l’activité s’affirmait partout, au Libéria, en Angola, à Haiti, trouverait peuLétre un jour prochain^ dans la défense d*un de ses nationaux, un prétexte a revendiquer une partie de la côte de Libye, toute la province peut-être, un port au moins L U y a des heures où tout 1 avenir d’un peuple dépend d’une décision héroïque. La mise est peut-être disproportionnée a la fortune du joueur, le gain immédiat im peu mince. Qu’importe ! 11 faut courir le risque sous peine de perdre sa place à la table de jeu.

LAtalie ne pouvait reculer. M. (iiolitti conseilla ractioii. 1^0 roi Victor-Emmanuel acquiesça, disant, a ce qu’on raconte : Avantiy Sauoia ! La puissance militaire et navale de l’Italie, quelques diflicnltés que les opérations pussent présenter, ne laissaient d’ailleurs aucun doute sur leur issue* Soit parle moyen d’une expédition militaire débarquant à Tripoli, soit par une action navale sur les cotes ou les Iles turques de la MédileiTanée, T Italie avait la certitude d’amener la Turquie, souveraine de la Libye depuis 1835, à composition*

Au moment donc où s’échangeaient à Î3eriin les signatures qui faisaient tomber l’obstacle au protectorat de la France sur le Maroc, il apparaissait nettement que ITlalie, en un temps indéterminé, mais relativement bref, se rendrait maîtresse de tout le pays qui, entre la Tunisie et rÉgypte, s’étend le long de la côte méditerranéenne,

prix et la valeur prise par Finimeuble depuis la promesse de vente. Les spécula Lions de cette nature sont très fréquentes dans toutes les villes neuves ou en voie '^^transformation.

L L’affaire dont il est ;f*^uosUon-fat évoqude ultérieure ni eut a la Chambre des Députés italienne où je gouvernement donna de longues explications- ''

DEÎni:i‘TrOX:i

et dont le c< hiiiterlaiid se prolonge jusqu'au Tibesti.

De violentes polémiques s'élevèrent alors dans la presse allemande, non seulcrnenl; contre la France et contre ritalie^ mais encore contre la diplomatie impériale, accusée d dm péri tic et d’incapacité.

Déjà, le oclobre, lorsque fut connue l'étendue, jugée in suffisante par le parti colonial, de la ff compensation )> accordée à rAlleinagne par la France, des intrigues violentes se nouèrent autour du gouvernement impérial et contre la fraction modérée de ce gouvernement. AL de Lindequist, ministre des Colonies, fut obligé de donner sa démission.

Mais, à peine furent connues les grandes ligues de raccord marocain-Congo lais, que la tempête se déchaîna.

On en voulait d'abord au gouvernement d’avoir échoué dans ses elTorts pour isoler la France de ses partners, de rAngletcrre principalement.

11 y a, disait le Berliner Tageblatl dès le 3 novembre, des erreurs de calcul impardonnables eu diplomatie; irréparables aussi. « Tout comme leurs prédécesseurs, écrivait le rédacteur en chef de ce journal, AIM. de Belhmannuel Iweg et de Kiderlen-Waechter n’attendaient de T Angleterre aucune espèce de contradiction. Le discours de Lloyd Oeorge stupéfia notre ministère des affaires étrangères; aucun journal officieux ne risqua un mot contre lui; on s’elîdrça de représenter au peuple allemand ce discours comme tout a fait innocent ; on s'ingénia même, à y voir une pointe contre la France. )) Et le journaliste berlinois de s'indigner pour le compte de tous ses compatriotes à cette pensée qui se précise soudain à ses yeux : Atais, alors, rAlleinagne a reculé devant TAngleterre ! »

U liant au résultat de ces quatre mois de retentissantes négociations, qu'en pouvait-on dire qui n’humiliât r.Allemagne ?

Le 7 novembre, examinant la valeur intrinsèque du

TJX peuple MECONTENT

marché conclu, le m^me journal conclut que ce marché ne comfJorLe pour rAileniagne que des charges hors de proporlion avec les avantages obtenus.

Et si la diplomatie impériale avait caressé l’espoir de modifier, par cette « désastreuse » liquidation, les sentiments de la France à l’égard de rAUemagne, elle n'avait, pour mesurer Fétenriue de son erreur, qu'à considérer dans quel esprit l’opinion française avait accueilli la cession de « quelques ai pents » de terre congolaise,

La France, affirmait la presse allemande dans son eiisembie, avait transporté sur le terrain mondial sa et traditionnelle» politique d’hostilité envers l’Allemagne* Son empire colonial avait beau être immense, hors de proportion avec sa puissance, avec sa cf vitalité j), elle montrait une résolution inébranlable à gêner Texpansion de TAllemagne. Les tt marécages » congolais qu’elle consentait à abandonner ne constituaient qu une satisfaction dérisoire pour un grand empire de 65 millions d'habitants, d’une puissance de production et d’une force militaire qui le plaçaient « au premier rang des Etats de l’Europe ».

La Gtizeilü de f Allemagne du Nord avait beau affirmer : « Nous croyons que des deux côtés de l’accord, on peut être satisfait », sauf les journaux qui s’inspirent directement à la Wilhemstrasse, toute la presse manirestait un mécontentement non équivoque* cc L’humiliation de l’Empire, concluait la Gazelle du Hhin et de la [Vesiphaliey est d’autant plus grande, qne c’est Tempereur ini-mêtiie qui avait engagé l’honneur du peuple allemand au Maroc, »

Le 9 novembre, au Reichstag, un incident, menu en luimême, mais significatif dans une monarchie aussi fortement centralisée, révélait réteiidiie du mécontentement qni agitait l’opinion.

L'assemblée veiiaiL d’aborder la di^^cussion des arrangements conclus avec la France, Le gouvei nenient avait mis à défendre son œuvre autant d’habileté que de ténacité.

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