La guerre au Canada [microforme]
Dernières paroles, à ce sujet, de M. l'abbé Chabert, directeur de l’Institut des Arts et des Sciences, ou moyens suggérés par lui pour ia prompte défense du pays (1).
Si ces paroles doivent être les dernières que j'adresse au public de Montréal, elles n’en exprimeront pas moins, pour cela, les impressions toujours les mêmes du cœur qui ne lui a jamais été caché, et qui a su, pour le progrès canadien, se mettre sans réserve, pendant de si longues années, au service de tout ouvrier qui a voulu fréquenter les cours de l’Institut des Beaux-Arts et
(1) On sait que M. l'abbé Chabert partit pour l'Europe, à la fin de l’année 1877, dans le but d’y recueillir de nouveaux secours, et que, tandis qu'il réussissait à rencontrer les encouragements des savants dans les arts et les sciences, il a été dépouillé à Rome de tout ce qu'il possédait ; que les chagrins que lui occasiona ce vol, l'y rendirentimalade pendant toute une année, et qu'après une longue convalescence, il ne nous est revenu que pour avoir cette autre cruelle douleur de voir que, tandis qu’on le volait à
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des Sciences. Lorsque jé promène mes regards sur le nombreux auditoire qui remplit cette vaste enceinte, une pensée me frappe. Permettez-moi de le comparer à un magnifique champ de blé. En voyant ces superbes épis dorés par les ardents rayons de l’août, s'élançant, serrés, sur des tiges fortes et fidèles, nourris abondamment du suc fécondant d’un riche alluvion,on s’écrie malgré soi: Oh! que c’est ravissant ! Mais que serait-il advenu si, après que le blé eût germé, on lui avait laissé atteindre sa maturité sans culture, sans l’eau du ciel, sans lextirpation
l'extrémité de l'Europe, on le volait aussi ici, en faisant subir à son matériel d'enseignement une perte d'environ $5,000, soit 20.000 francs.
Le sympathique et populaire conférencier a commencé par dire qu'après une absence de trois années remplies des contrastes les plus étranges et passées dans une maladie presque continuelle et le sacrifice sans cesse redemandé à son cœur, il lui était bien agréable de revoir tant de figures amies, surtout en face de l’irrévocable détérmination que sa santé trop affaiblie et ses moyens épuisés le forcent de prendre, si le pays, par un prompt réveil, ne se montre pas plus soucieux de son propre progrès.
M. l'abbé Chabert a dit qu'il était heureux de se rendre aux désirs des nombreuses personnes enthousiastes des beautés du vieux monde, qui lui avaient témoigné le désir de l’entendre sur ce qu’il a vu et fait dans les divers pays d'Europe qu'il a parcourus. Et après avoir rendu un hommage bien mérité à l’union Saint-Joseph, où le public avait été convoqné, il a continué comme ci-dessus.
des mauvaises plantes qui y germaient à foison, plantes parasites qui enlèvent au sol son principe nutritif destiné à la plante de froment ; plantes nuisibles qui, par leurs rameaux ligueux et épineux le gênent et l’étouffent ; plantes vénéneuses dont la graine, unie à celle qui soutient notre vie, devient nuisible à la société en altérant sa nourriture ? Voilà ce que vous seriez, brillant auditoire, si des maîtres savants et dévoués n'avaient façonné votre esprit si bien doté, s'ils ne l'avaient épuré par des soins intelligents, en retranchant tout ce qui pouvait nuire aux succès de l'instruction, à la bonne éducation.
Eh bien, voilà pour le champ de la philosophie, de la littérature et aussi du commerce, que vous possédez dans un bon état.
Mais il reste encore un vaste domaine à cultiver. Tel avocat est célèbre parce qu’il a étudié le droit avec ardeur et exercé habilement sa profession d’après les principes acquis, qui serait, sans doute, bien inhabile à faire, d’après les règles de l'architecture, la tribune du haut de laquelle il parle, ou à tracer le plan du tribunal, à s'occuper de la coupe des pierres on des sculptures du palais où il pérore. «Ah! répondrait-il ave:
l’assurance d'une péremptoire défense et excuse, je n'ai pas étudié cela!”
Vous êtes tous avocats et juges pour dire qu'un pays doit apprendre tout ce dont il a
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un besoin indispensable, C'est ce que, de-
L ’ QE | L LA ) puis de longues années, j'ai essayé de vous prouver par tous les moyens les plus propres à convaincre.
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Mais comme c’est là mon thème habituel, fovori, exclusif, faisons trève une fois, au moins, avec lui, et venons-en aux récits de mon voyage à travers les mille et mille curiosité. historiques, naturelles et artistiques que j'ai rencontrées sans Cesse sous mes pas en parcourant, pendant deux années entières, ces poétiques pays, héritiers des splendeurs de la Grèce, et cetteterre autrefois couverte du chêne druidique, champ de bataille de tous les conquérants européens, et au- Jourd’hui éblouissamment travesti par les merveilles si variées de létonnant progrès moderne.
A propos de la Grèce, dont l'Italie est la fière héritière, j'aurais bien vonlu vous montrer un tableau représentant le plus célèbre des héros de la mythologie.…., mais une considération m'en empêche. Toutefois vous n'en serez pas moins satisfaits en en voyant tous les traits intéressants dans la description fidèle et minutieuse que je vais vous en faire. Après quoi je vous découvrirai celui-ci, qui représente, au milieu d’un groupe de personnages nombreux, l'énigme expliqué du premier sujet.
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Le tableau absent représente donc Hercule sur son bûcher, et les dieux de l'Olympe en dispute.
Hercule, après l'ignorance fatale dans laquelle il était en ceignant ses reins puissants de la ceinture empoisonnée de son ennemi, en se brûlant tout vif sur le mont OEta, cccasionna une discussion assez envenimée entre Jupiter et Junon, à la grande terreur de tous les dieux et déesses de l'Olympe, au sujet de la chaleur que la fumée avait fait monter jusqu'aux cieux.
Jupiter prétendait que le chêne ou le cèdre avaient dû être choisis à cet effet, par le
dieu de la force. Junon, au contraire, elle qui avait toujours détesté Hercule, soutenait que ce ne devait être que des fagots d'ifs ou d'osiers q\u'il avait transportés sous ses bras pour en construire son bûcher fumant. Jupiter, le roi des dieux, qui fait trembler les cieux du seul froncement de ses sourcils, et qui soumet, après tout, lunivers entier aux coups de son tonnerre, ne pouvait reculer devant l'opinion d’une femme. La déesse des déesses, de son côté, avec son orgueil et ses prétentions incommensurables, son’ caractère acariâtre et son courroux incendiaire, n'était pas prête, non plus, à céder à la voix d'an mari qu'elle avait su intimider plus
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d'une fois. Que fit-on alors ? On résolut de choisir un arbitre qui décidât entre eux.
Junon ne voulant, en aucune facon, entendre parler du berger Pâris, qui lui refusa, dans un mémorable concours, la pomme de la beauté, on s’accorda à prendre Pan, Pan, le dieu des forêts.
Er effet, celui-ci, qui connaissait jusqu’au dernier arbre de ses vastes domaines, et qui les comptait un parun, chaque jour, leur nomma à l'instant le bois même dont l'infortuné Hercule avait formé son bûcher, et dont la flamme avait chauffé si fortement le séjour des dieux, qu'elle avait même failli en étouffer plusieurs.
Alors le dieu Pan, honoré, ce jour-là, plus qu'aucun dieu du Ciel, car lOlympe entier était descendu sur la terre pour écouter sa sentence, faisant résonner sur le sol rocheux son sabot de bouc, s’avance gravement et hardiment entre Jupiter et Junon en leur disant à l'oreille : sssssssssssssss, Et à l'instant, Jupiter sur son aigle à l'œil perçant, Junon sur son paon à la roue prétentieuse et toute la cour olympienne sur ses sièges de nuages, tous fâchés de la réponse mordante du dieu des bois, rapides comme l'éclair, quittèrent la terre pour s'élancer dans les plus sublimes hauteurs des cieux.
—Jci M. Chabert s'est arrété court, comme s'il avait terminé un sujet sur lequel il n'avait
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plus & revenu, quand l'audiloire attentif, qui n'avait pas entendu distinclement la réponse du dieu Pan, s’est écrié : Hé bien ! et la réponse de Pan? Que répondit-il donc ?—Et ve conftrencier, d'un accent ému:
La réponse de Pan?.. O Démosthènes, où êtes-vous ? Les siècles qui séparent les peuples de l’ancienne Grèce d'avec ceux de notre époque ont bien pu modifier léducation de l’homme, mais ils n’en ont pas chan gé l'indifférence.
Messieurs, l'idée, sinon la forme, de ce toux et de cette Mistoire appartient au plus grand des ora. urs de l’antiquité grecque, et fut employée par lui alors qu'en désespoir de cause ïjl adressait la parole à ses compatriotes insouciants sur le sort de leur ville sans défense, menacée par les vaillantis corps d'armée de Philippe, roi de de Macédoine. Pendant de longues années, ne pouvant attirer leur attention, par des raisonnements sérieux, sur les malheurs dont ils étaient menacés, s'ils restaient toujours insouciants aux projets de fortifications de la ville et de l’armée pour se défendre contre les prétentions de Philippe, Démosthènes, changeant une fois de discours, leur raconta le voyage de Vénus à Cythère.
La belle déesse, arrivée sur le bord d'une petite rivière, qui lui coupait son chemin, déposa sa colombe sur un petit tertre, et elle,
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posant son pied divin sur lhumble barque du nocher, prit place à côté de lui, et atteignit ainsi Pautre rive.
Déemosthènes n’en raconta pas plus long.
Mais le peuple qui, pendant tout ce temps, avait écouté arrectis auribus jusqu'au dernier mot de ce récit: «Hé bien? s'écria-t1l spontanément, et la colombe, que devintelle ?» Et Démosthènes : «Eh quoi! Athéniens, Philippe est à vos portes avec une armée formidable, et sans vous soucier de mes conseils ni de mes efforts à vous le faire repousser, vous vous préoccupez du sort de L'étre créé pour fendre les airs laissé sur l’autre bord de la rivière !»—Mes bons amis, votre esprit s'inquiète ici d’un bois mort, brûlé, réduit en cendres, et dont les vents du ciel ont dispersé, depuis des siècles-—si c'est vrai—la poussière aux quatre coins de l’univers, et vous ne songez pas à votre patrie investie aussi par les Macédoniens, à votre salut menacé par les ennemis qui vous cernent de toutes parts ? Laissezmoi donc ce bois du bûcher d’'Hercule, et prenez les armes pour repousser les prétentions de Philippe.
Messieurs, intelligent auditoire, Canadiens qui êtes attachés à votre pays, l'ennemi est aussi à vos portes, et vous ne vous en préoccupez pas. Démosthènes d’un autre genre, depuis plusieurs années jai le courage de vous dénoncer les prétentions de Philippe,
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et vous ne mécoutez pas ! Dès 1866, je criais à l'ennemi du sommet d'Ottawa, où j'ai créé mon arsenal en face même du Parlement ; et dès 1869, ici, mais surtout en 1872, 6poque plus critique, ne vous ai-je pas jeté ce cri d’angoisses, et cherché à vous rallier ?
Chaque fois que j'ai fait de solennelles expositions publiques, vous y êtes venus, mais pour n'y voir que des images, pour satisfaire votre curiosité. Et quand j'ai cherché à vous organiser en groupes de force pour établir des moyens d'action et de défense,
je u’ai Jamais eu que défection et décep-
tion (1). Et pourtant l'ennemi vous presse de toutes parts ; même il vous fait, parfois, jeter les hauts cris; vous en avez peur. Cependant, semblables aux Athéniens, vous demandez chaque matin ce qu'il y à de nouveau; si Philippe est loin, ou s’il approche, et comme eux vous ne bougez pas !
Aussi, sans une vive résistance, à cette heure extrême, vous ne pourrez qu'avoir le sort des vaincus; vous serez esclaves ue nom et de fait, vous serez malheureux !
(1) Pour l'honneur de certains hommes de bien et d'intelligence, je dirai ici que les noms de tous ceux qui ont fait dés efforts pour le succès dé cet enseignement sont contenus dans un ouvrage ayant pour titre : « L'Art du Dessin, et du présent et de l’avenir, au Canada, des Beaux-Arts appliqués à l’industrie,» ouvrage écrit depuis longtemps, mais que les sacrifices attachés à cette œuvre des classes ouvrières ont jusqu'ici empêché de publier.
— Ici, l'oraleur, découvrant vivement à l'auditoire surpris le grand tableau couvert qui avail jusqu'alors aiguillonné la curiosité générale, prononça à haute voix les paroles suivantes, écriles en gros caractères, pour qu'elles pussent être lues par les spectateurs :
SI LE PEUPLE CANADIEN N’A PAS LE COURAGE DE DEMANDER, À COR ET A CRI, L'ENSEIGNE- MENT QUI PROCURE AUJOURD'HUI LES PLUS GRAN- DES RESSOURCES AUX PLUS PUISSANTS PEUPLES DE TOUS LES CONTINENTS, IL SERA CONTRAINT, EN PEU DE TEMPS, DE CAPITULER DEVANT L'É- TRANGER, ET IL NE RESTERA DE SA RACE, SUR SON PROPRE SOL, QUE D'HUMBLES BRAS AMAIGRIS PAR LES TRAVAUX LES PIT- INGRATS, OU DES FRÈRES SACRIFIANT LACHEMENT L'INTELLIGENT CASTOR AUX GRIFFES OU AUX SERRES D’AUTRES ANIMAUX.
Or, les ennemis, cause de votre perte inévitable quels sont-ils ?
Ils sont de deux espèces : les uns aux dehors, et. les autres au dedans. Ceux du dehors sont tous ces riches spéculateurs étrangers, ces habiles appréciateurs des richesses de votre terre, qui viennent faire les spéculations les plus heureuses, les plus considérables sur vos bois si précieux, sur vos mines si riches, si nombreuses et si variées; sur vos besoins divers dans le modus vivendi; sur
vos goûts et vos nécessités, par le commerce des arts et de l'industrie, commerce pour la plupart d’eux spécial à leur esprit ou à leur conscience. Après, ce sont ces légions De grands commis mis Comme des princes, Jadis venus nus De leurs provinces,
Ce sont encore ces nuées d’intelligents ouvriers, d'artisans instruits, d'artistes de mérite, en un mot, d'hommes de toutes les professions, très-compétents dans l’art ou métier qu’ils exercent ; ouvriers qui, venant de la vieille Europe toute scientifique, artistique et mathématique, nous arrivent avec des notions exactes sur les sciences appliquées, avec des connaissances approfondies dans les arts industriels, se plaçant, en arrivant, à la tête des divers ateliers, y occupant les premières places, y remportant les plus hauts gages, et laissant ainsi au second rang vos enfants gagner ce que l’on ne peut offrir qu’à des ouvriers inférieurs, moins compétents.
De là, appauviissement, et ce qui est pire, découragement ; la pensée d’émigrer aux Etats-Unis vient alors ; de là ruine physique et morale pour l'individu, la famille et le pays.
Découvrons à présent les ennemis du de-
dans, ceux qui se prennent corps à corps