LE STATIONNEMENT ALLEMAND ET LA CRISE RUSSE
(12 Septembre.)
Les Russes semblent résolus à se défendre dans la région de Pskow. Leurs communiqués accusent même quelques légers succès qui ne changent évidemment pas grand'chose à la situation générale, mais indiquent une certaine -reprise de soi-même. Ils tiennent assez solidement dans le nord-est de Friedrichstadt.
Mais il y aune nouvelle ombre au tableau, et qui est de taille ; c'est celle que projette la guerre civile, ou plutôt le duel engagé entre Kornilof et Kerensky. Nous sommes trop mal renseignés à l'heure actuelle pour savoir ce qu'il en adviendra. L'ancien généralissime a derrière lui les cosaques et probablement un noyau d'armée. Le chef du pouvoir exécutif compterait, assure-t-on, sur la flotte de la Baltique et la garnison de Petrograd. Une collision est donc possible, et même peut-être imminente, car les deux adversaires ne sont plus séparés que par une soixantaine de kilomètres. Et, ainsi, la malheureuse Russie s'enfonce de plus en plus dans le gâchis.
C'est là, en vérité, le seul fait d'importance que nous ayons à relever dans la guerre mondiale. Partout on escarmouche, on chicane, mais on n'entreprend rien d'essentiel, du côté allemand parce qu'on ne le peut plus, du nôtre
parce qu'on a sans doute des raisons de temporiser.
L'ennemi se défend avec beaucoup d'énergie sur le front italien, mais, ailleurs, il semble hésitant et accuse une circonspection qui frise la timidité. Je ne sais si l'éventualité d'une intervention japonaise, qui serait fort opportune pour nous en ce moment, lui apparaît comme possible. Elle préoccupe en tout cas visiblement ses journaux, dont plusieurs lui ont consacré de longs articles, examinant la façon dont elle pourrait s'opérer.
Mais, en fait, et sans parler de Verdun, oii s'est produit un recul accentué, ni du front anglais où le prince Ruprecht est toujours exposé à en subir un pareil, la coalition germanique piétine. En Moldavie, il lui a fallu se démunir au profit du front italien, et c'est le statu que. En Livonie, Hindenburg, gêné par le manque d'ho mmes se demande s'il est bien prudent de s'aventurer, en cette arrière-saison, sur la route de Petrograd. Il lui faut, d'ailleurs,avant tout, se rendre maître de Dwinsk, et par conséquent, s étaler sur sa droite en affaibUssant soncentre.Le moindre effort de réaction du côté russe pourrait donc changer la face des choses. Nous eussions préféré le voir se manifester autrement que par un conflit intérieur.
Lt-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
En Champagne. — Echec de plusieurs coups de main tentés par les Allemands dans les secteurs de la main de Massiges, à l'est de la butte du Mesnil, au nord et au nord-ouest de Saint-Hilaire.
Front d'Italie. — La lutte continue sur le San Gahriels et le Santa Catarina, au nord-est de Gorizia. Le communiqué italien signale l'emploi par les Autrichiens de stratagèmes illicites déjà plusieurs fois dénoncés: des détachements ennemis se sont avancés revêtus de casques italiens et portant au col des parements noirs semblables à ceux des Italiens; ils criaient en italien : Cessez le feu !
A la suite de ces incidents, l'ordre a été donné de fusiller tous les prisonniers autrichiens qui seraient trouvés porteurs de casques ou de signes distinctifs de l'armée italienne.
En Pologne. — Nouvelle organisation politique et création d'un conseil de régence.
Dans les Flandres. — Attaque allemande menée en forces considérables, contre les positions britanniques au nord et au nord-ouest de Langemarck ," après une lutte très violente et marquée d'alternatives diverses, l'ennemi est repoussé et rejeté dans ses lignes.
Toulon. — Arrivée des officiers espagnols qui doivent ctre embarqués sur les navires hôpitaux pour assurer l'exécution de l'accord conclu entre les gouvernements belligérants. Aussitôt que ces officiers auront pris leur service, les officiers allerrmnds prisonniers que les gouvernements anglais et français avaient mis à bord des navires, seront débarqués.
Paris. — Constitution du ministère Painlevé, succédant au cabinet Ribot dont la démission avait été acceptée par le président de la République le 7 septembre.
M. Painlevé conserve le portefeuille de la Guerre et M. Chaumet reste au ministère de la Marine.