‹ La Guerre au jour le jourChapitre 112 sur 360 · SEUL FRONT · texte numérisé non relu

SEUL FRONT

A part quelques rencontres de patrouilles ou de détachements sans importance, les événements militaires sont partout complètement nuls. Et c'est vraiment un fait singulier que cette espèce d'atonie qui, périodiquement, s'empare de tous les champs de bataille, où sont occupés tant de millions. de combattants.

Cette guerre, positivement, échappe à l'analyse. Elle ne ressemble à rien de connu ■et ne procède d'aucune doctrine établie. Des offensives, montées pour tout renverser, s'arrêtent brusquement, sans qu'on sache exactement pourquoi, comme si le quos ego de quelque Jupiter apaisait tout à coup la tempête. A des conquêtes d'aspect foudroyant, comme celles de la Valachie, de la Galicie, de la Bukovine, de la Livonie occidentale, succède sans transition une immobilité à peu près absolue, et généralement la bataille,même quand elle

s'annonçait formidable et portait dans ses flancs des espoirs gigantesques, finit par se dissoudre dans l'infiniment petit des combats de patrouilleurs. Ainsi les planètes arrivées à fin de vie sèment, dans l'immensité des espaces, des poussières d'astéroïdes, résidus impalpables, et uniques reliquats des mondes puissants qui les ont engendrées.

Que la coalition germanique, condamnée par ses appétits immenses et par la succession impérieuse des événements à essaimer ses forces dans toutes les directions, se trouve parfois à bout d'haleine avant d'avoir atteint le but qu'elle visait, cela s'explique d'autant mieux que la guerre se prolonge davantage. Ce qui se comprend moins, c'est que les alliés euxmêmes, dont l'effort individuel était plus circonscrit, se soient heurtés aux mêmes impossibilités. Ou, du moins, ce serait

Lt-COLONEL ROUSSET

LES FAITS

Front occidental. — Au cours de la nuit, des déto' chements allemands ont abordé nos lignes, au sud de la Miette, dans la région de Berry-au-Bac ; un vif combat s'est engagé à la suite duquel l'ennemi a dû se replier après avoir subi des pertes sensibles.

Paris. — Déclaration ministérielle du nouveau cabinet. M. Painlevé expose une fois de plus les nobles buts de guerre de la France. Désannexion de l'Alsace-Lorraine: réparation des préjudices et des ruines causés par l'ennemi : conclusion dune paix qui ne soit pas une paix de contrainte et de violence, renfermant en elle-même le germe de guerres prochaines, mais une paix juste où aucun peuple puissant ou faible ne soit opprimé, ime paix où des garanties efficaces protègent la société des nations contre toute agression de l'une d'entre elles.

En Russie. — Le général Kornilof s'est constitué prisonnier au grand quartier général.

Au nord de l'Aisne. — Attaque allemande sur un saillant de nos lignes à l'ouest de la ferme Froidmont : après un court mais violent combat, l'ennemi est chassé des tranchées où il avait réussi à pénétrer.

Guerre sous-marine. — Il ny a pas eu jusqu'ici d'invention sensationnelle pour la protection des navires, mais les autorités navales affirment leur confiance croissante dans les moyens de défense: le système des « chambres à fumée » donne d'excellents résultats. Ces chambres sont des appareils fumigènes que les navires jettent à la mer au moment du danger et qui produisent aussitôt d'épais nuages de fumée, derrière lesquels les bâtiments peuvent se dérober complètement à la vue du sous-marin, surtout si le vent est favorable à la manœuvre.

Le ministère de la Marine des Etats-Unis a ordonné la fabrication dam le plus bref délai d'une quantité considérable de ces engins.

presque paradoxal, si l'on ne savait, comme nous l'avons dit chaque fois qu'on nous l'a laissé dire, que ce qui leur a presque toujours manqué est la concordance et la simultanéité des actions. Entrés en plein dans la quatrième année de lutte, ils n'ont pas encore trouvé le moyen d'opérer avec ensemble et de charger de concert sur l'ennemi commun. Leurs entreprises se succèdent, avec des péripéties diverses et des conséquences plus ou moins heureuses. Elles ne se confondent ni ne se conjuguent. Et voilà pourquoi elles n'aînènent pas les changements profonds qu'on souhaiterait.

J'effleure simplement ce sujet, comme j'ai dû le faire à plusieurs reprises avec une prudence exigée par des raisons dont je n'étais pas le maître. Mais je crois pouvoir l'évoquer au moment même où la déclaration du nouveau cabinet insiste sur la nécsssité qui s'impose aux alliés d'agir « comme s'ils constituaient une seule nation, une seule armée, un seul front ».

C'est là, depuis longtemps, tout le secret de la victoire. Je souhaite que désormais des actes, en succédant aux paroles, fassent une réalité substantielle de ces vœux si souvent formulés.

EN

Page 1