DANS LA BALTIQUE
(18 Septembre.)
Encore un manifeste. Il est, celui-ci, du général Valouief, commandant le front ouest, et il annonce comme probable une poussée allemande sur Dwinsk et Minsk.
Il ajoute naturellement que, si elle réussissait, la révolution et la Russie seraient perdues; en conséquence de quoi il exhorte ses soldats à faire l'impossible pour l'empêcher. Cette intention est louable. Mais ce n'est toujours qu'une intention.
Quant au fait lui-même, il peut se discuter. Assurément, les Allemands chercheront à s'emparer de Dwinsk, parce qu'ils ont besoin de consolider par la conquête de cette place leur établisseraent sur la Duna. La seule question est de savoir s'ils pourront amener les renforts dont von Eichhorn, qui se fait insensiblement repousser à l'est deRiga, a manifestement besoin. Pour l'autre affaire, celle de Minsk, elle est beaucoup plus problématique, car, outre les difficultés qu'elle présente, je ne crois pas qu'Hindenburg songe sérieusement à s'embarquer dans la direction de Smolensk et de Moscou. Il n'est plus en état de s'offrir des lignes de communication aussi démesurées, comme le prouve surabondamment son hésitation à s'engager sur la route de Riga à Petrograd.
Le seul danger véritable, à mon sens, et qui persiste, est donc celui que j'indi-
quais hier, à savoir une tentative maritime sur la capitale. Celle-ci est d'autant plus à. redouter que les premiers préparatifs semblent en être déjà faits. Les dragueursallemands ont nettoyé le golfe de Riga des mines qui le défendaient, et de nombreux sous-marins viennent d'y apparaître. Des vaisseaux, dont nous ne connaissons ni le nombre ni la force, sillonnent la Baltique, faisant route vers l'entrée du golfe de Finlande où, dit-on, la flotte russe est concentrée. Quelle flotte? Celle de Cronstadt? Elle était, hélas ! il n'y a pas longtemps, encore, dans un tel état matériel et moral, qu'à moins d'une remise en mains immédiate et complète, sa force de résistance demeure sujette à caution.
M. Kerensky a proclamé la République-, encore que celle-ci existât de fait depuis le découronnement du tsar, et il est possible que cette solution coupe court à certains malentendus. Mais il a dit aussi, dans son dernier manifeste, que, devant « le danger mortel qui menace la patrie et la liberté, il fallait avant tout rendre à l'armée sa capacité combative ». Celle de la flotte ne doit pas être négligée davantage, et je crois même que sa restauration est en ce moment ce qui presse le plus.
Est-il maintenant bien utile d'ajouter un commentaire quelconque aux com-
(Cl. Chusseau-Flaviens.)
Le prince héritier de Ronmanie s'exerçant sur le front au tir de la mitrailleuse.
JLf-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
Front occidental. — Notxvelle attaque et nouvel échec des Allemands devant nos positions au nord du b:is des Caurières; la lutte d'artillerie reste violente sur les deux rives de la Meuse.
Une tentative sur nos positions de la forêt d' Apremont est repoussée après im vif combat.
Guerre sous-marine. — La trentième semaine de la guerre sans merci sz termine aujourd'hui; si l'on réunit les chiffres fournis par les communiqués anglais et français on arrive à un total de]724 navires attaqués et de 1 130 bateaux coulés, y compris les navires de pêche; ces pertes sont certainement considérables, mais il faut remarquer que leur proportion est beaucoup plus grande pour les 20 premières semaines que pour les 10 dernières et il est hors de doute qu'on est en droit d'attribuer ces résultats à l'accroissement et au perfectionnement des moyens de défense.
Petrograd. — Proclamation de la Rc'pjblique russe.
Devant Lens, — Les journaux anglais signalent l'intensité du bombardement par obus asphyxiants auquel est soumise la garnison allemande de Lens. "■ Nos ennemis doivent regretter d'avoir inauguré cette nouvelle façon de faire la guerre. Les troupes de Lens, menacées d'asphyxie passent leur temps dans l'obscurité, en proie à des angoisses continuelles, cariartitlerie canadienne est en train de les châtier d'une façon particulièrement rigoureuse. Les profondes galeries de mines sont à l'épreuve des explosions mais rien ne peut les protéger contre les vapeurs mortelles qui pénètrent par les puits d'aération, les escaliers, et se glissent sous les portes. Les obus asphyxiants tombent sur les Allemands par tonnes et la vie des hommes dans les souterrains est un véritable enfer; impossible d'enlever le masque de cuir ne serait-ce qje pour qielquzs minutes ou même pour boire une gorgée d'eau du bidon. »
•muniqués relatifs au front occidental?
Je ne le pense pas, étant donné qu'il ne s'agit toujours, ici, que d'affaires sans importance ou de tentatives avortées de la part des Allemands. Mais je crois devoir signaler un document, remontant déjà à plusieurs semaines et signé Ludendorff, où il est dit nettement que la consommation •de projectiles lourds étant très supérieure
à la fabrication, il faut absolument la ré' duire, malgré l'augmentation des pertes en hommes qui peut en résulter. Suit toute une série de prescriptions médiocrement limpides dont je fais grâce au lecteur. Le seul fait à retenir est que les Allemands se disent eux-mêmes gênés dans leurs prodigalités. Et l'on conviendra qu'il n'est pas absolument sans valeur.