L'OMBRE AU TABLEAU ET L'ÉPREUVE ITALIENNE
(29 Octobre.)
On ne saurait trop admirer la remarquable méthode qui préside à nos opérations combinés en Belgique et au nord le l'Aisne. Chaque jour, de nouveaux )rogrès sont signalés, qui, s'ils ne sont )as toujours considérables, sont du moins continus et bravent les efforts de réaction allemande, comme celui qui s'est produit vendredi dans l'après-midi, aux abords de Passchendaele, contre les Anglais. Quant aux troupes françaises, elles ont, hier encore, enlevé à l'ennemi, sur une longueur de quatre kilomètres et une profondeur de deux, toute une série de points d'appui très forts. Elles commencent à menacer sérieusement la forêt d'Houthulst, atteinte à l'ouest et légèrement débordée par le sud.
L'ennemi, vigoureusement pressé par elles, leur cède sur tous les points, dans les Flandres comme en Laonnois, où nous nous sommes encore donné de l'air du côté de l'Eperon de Chevregny et de la ferme Froidmont.
Pourquoi faut-il que les événements d'Italie viennent assombrir les rassurantes perspectives que nous ouvrent ces constants succès? Et comment les soviets russes, au l'ou d'occuper leur temps à rédiger des conditions de paix invraisemblables, ne comprennent- ils pas, que les alliés étant tous solidaires, la moindre velléité agressive de leur part aurait garanti les Italiens contre le danger grave dont ils sont menacés? Quel étrange aveuglement est le leur, s'ils croient donner au conflit qui divise le monde une solution verbale et théorique, au lieu de s'adresser uniquement à la f' ce des armes, qui seule empêcherait la brate germanique d'étrangler, avant de se retourner contre la Russie elle-même, un peuple dont la courageuse intervention avait permis à celle-ci de réduire l'Autriche à l'imploration? Une nation jadis puissante peut-elle se laisser engager aussi profondément dans le sophisme et dans l'erreur?
Les Italiens, accablés sous le nombre,
(Cl. Section phot. de l'Armée.)
Observatoire de première ligne, dans le secteur du général Anthoine.
Lt-COLONEL ROUSSET
ont dû repasser une partie de la frontière qu'ils avaient si brillamment franchie naguère, pour échapper à l'enveloppement. Ils ont plié sous un des plus formidables chocs qui se soient encore produits, après celui de Verdun. L'ennemi se flatte non seulement d'avoir ravi aux Italiens le fruit de leurs exploits de plus de deux années de guerre, mais aussi d'avoir conquis les débouchés sur la plaine de la Vénétie. La situation est donc sérieuse.
En cette heure d'épreuve pour sa sœur latine, devenue son alliée, la France ne se contente pas de lui envoyer des vœux
et des encouragements. La note du conseil des ministres d'hier soir indique clairement que les alliés lui donneront immédiatement toute le concours qu'iî sera possible.
Quelle est, pour ce qui nous regarde, la coopération déterminée par le gouvernement? Quelle qu'elle soit, nous avons le ferme espoir que, grâce aux mesures prises par le général Cadorna, dont la maîtrise ne saurait être mise en cause, la vaillance maintes fois éprouvée des troupes italiennes aura, avec ou sans le concours allié, raison des efforts austroallemands.