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LA RUEE SUR L'ITALIE

(30 Octobre.)

Un communiqué du général Cadorna, très émouvant dans son laconisme, nous apprend que le repli italien devient considérable ; mais il ne donne aucune indication précise sur son étendue ni sur ses limites. Si, comme l'affirment les Allemands, les armées austro-hongroises tiennent déjà lesj débouchés de la plaine vénitienne, on ne peut nier que la situation ne présente de sérieux dangers, et l'on s'étonne que pareil résultat ait pu être obtenu en aussi peu de temps. Mais que ne peut faire l'ennemi avec les forces énormes auxquelles la déplorable inertie du front oriental a rendu toute indépendance et toute liberté?

Admettons donc que LudendorÊf n'exagère pas. La situation alors serait grave, évidemment, mais nullement désespérée. Les armées austro-allemandes vont éprouver, en effet, des difficultés fort grandes pour charroyer à travers les montagnes leur artillerie lourde, qui a fait tout le mal, ■et les munitions dont elle a besoin. Là, les chemins de fer sont rares et à faible rendement. Les communications deviennent forcément précaires et ne s'opèrent plus comme au travers des plaines du Danube. Un laps de temps assez considérable est -donc indispensable pour préparer la bataille future, et celle-ci, comme nous l'annonce une note of&cielle d'hier, sera livrée par les Italiens avec le concours de leurs alliés. Ainsi, la partie est différée, mais elle n'est point perdue, tant s'en faut.

Maintenant, me sera-t-il permis de •dire qu'un peu plus de prévision n'aurait

pas été inutile? Depuis longtemps, hélas ! nous savions que l'incurable inertie des Russes donnait aux Austro-Allemands de larges disponibilités. Nous connaissions également les supplications désespérées que l'Autriche adressait à Hindenburg et au kaiser, quand elle les conjurait de la sauver dans sa détresse croissante. Même un projet de collaboration éventuelle entre l'Italie et ses alliés de l'ouest avait été établi lors du voyage naguère effectué de l'autre côté des Alpes par le général Foch. Comment donc y a-t-il pu y avoir surprise ? Et quelle surprise ? Une avalanche se détachant tout à coup des sommets inaccessibles n'en cause pas de plus soudaine ni de plus périlleuse. Nous sommes tous atterrés de voir que le fruit de deux années de guerre a pu être détruit en trois jours. Maintenant, il faut oublier ce qui a été fait, ou du moins ce qui ne l'a pas été, pour songer uniquement à ce qu'il faut faire. Je répète que le grave échec subi par nos alliés peut et doit être réparé, soit sur place, soit au moyen de diversions extérieures. L'Allemagne a toujours en face d'elles deux adversaires redoutables, devant qui elle est obligée de céder peu à peu en Belgique et dans le Laonnois. Un troisième va surgir, qui a déjà tiré son premier coup de canon. Qu'elle ne se réjouisse donc pas trop des avantages que lui permet de s'attribuer la défaillance du quatrième et qu'elle ne s'imagine pas, surtout, pouvoir en finir, sans autres risques, avec l'Italie soutenue par nous.

Ll-COLONEL ROUSSET

LES FAITS

Au Chemin deo Dames. — Nos troupes, poursuivant leurs succès à la droite du front d'attaque, refoulent l'ennemi de la région au nord de la chapelle Sainte-Berthe jusqu'au bassin d'alimentation ; le village de Filain est enlevé. Plus à l'est, nous atteignons le rebord du plateau au nord de l'épine de Chevregny-

Les Allemands ont laissé entre nos mains depuis le 23 octobre plus de 1 1 000 hommes, avec 200 officiers de tous grades, 1 20 canons, des centaines de mortiers et de mitrailleuses.

Dans les Flandres. — Reprise de la bataille: l'armée du général Anthoine franchit le ruisseau de Saint- Jean, entre Draïbank et Drie-Grachten, et enlève le village de Draïbank et les bois de Papegoed. A sa droite, les troupes britanniques s'établissent sur la pente immédiatement au sud de Passchendaële et progressent également dans le secteur de Poëlcapelle.

Front d'Italie. — Evacuation du Carso.

Dans les Flandres. — Développement des opérations de l'armée du général Anthoine: avance de 2 kilomètres de part et d'autre de la route de Bixchoote à Dixmude: arrivée aux lisières ouest de la forêt d'Houthulst et prise des villages d'Ashoot, Kippe, Merckem et Verdrandesmis.

A la gauche de notre première armée, l'armée belge avance vers la presqu'île de Merckem.

Chemin des Dames. — Nos troupes occupent la ferme Froidmont.

Front d'Italie. — Sur l'Isonzo, du nord au sud, on voit les Austro-Allemands occuper Cividale, franchir l'Isonzo près de Plava, arriver aux portes de Gorizia, et atteindre Monfalcone. Les armées italiennes précipitent leur mouvement général de retraite.

Premier communiqué américain. — Le général Pershing annonce l'occupation de tranchées de première ligne, dans un secteur calme du front français.

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