COUP D'ŒIL D'ENSEMBLE
(25 Novembre.)
Nos amis anglais sont des obstinés que n'arrêtent point les accidents, d'ailleurs inévitables, de la bataille. Une contreattaque allemande, opérée par des divisions de renfort amenées de Gartd et de Laon, les ayant obligés à évacuer, jeudi, Fontaine- Notre-Dame etMœuvres, ils ont, dès le lendemain matin, repris l'offensive et enlevé les crêtes du bois Bou ion, qui dominent les deux villages. Si ceux-ci ne sont pas complètement réoccupés, ils ne peuvent tarder à l'être, les troupes du général Byng tenant maintenant un éperon dominant qui commande la ligne ennemie au nord et à l'ouest. Ludendoriî nous dira peut-être que ce n'est point encore la rupture. Mais il ne pourra nier, je suppose, qu'en l'attendant, ses soldats aient perdu en deux jours, plus de cent canons.
Ainsi, l'essai de débordement de Cambrai par le nord-ouest continue à se destiner dans des conditions toujours très brillantes. Mais il est évident que, le premier coup de surprise ayant produit son effet, il faul
revenir maintenant aux procédés ordinaires du moins sur le point visé, ce qui ne veut pas dire qu'on ne puisse ni ne doive le recommencer ailleurs. Et j'ose espérer qu'on le recommencera.
Les nouvelles d'Italie sont assez rassurantes. Une très grosse attaque, montée par l'ennemi sur le plateau d'Asiago, contre le massif de Melettes, qui domine le val d'Assa et le val Fransela, a été repoussée par la i'6 armée, laquelle a pu se garantir, par de hardis coups de pointe, contre tout danger d'enveloppement. Entre Brenta et Piave, où se trouve le point le plus sensible, la lutte a été également très chaude, mais n'a point donné à l'ennemi les avantages qu'il cherchait. Enfin, au sud, la 3^ armée tient toujours, en échec, dans les lagunes de Burano, les troupes hongroises de Boroevic, qui semblent de plus en plus embourbées.
Les coalisés, alléchés par leurs débuts trop facilement triomphants, espéraient sans doute autre chose. Ils voudraient
Artillerie lourde britanniqns en Palestine.
(CI. Daily Mirror.)
U.COLONEL ROUSSET
maintenant nous faire croire que ce sont les Italiens qui attaquent, et qu'eux ne se laissent point débusquer. La ficelle est grossière. Mais son emploi laisse soupçonner une certaine déconvenue, qu doit aller en grandissant quand le concours francoanglais commencera à se faire sentir, ce qui probablement ne tardera plus beaucoup.
Voilà pour le front occidental. Sur l'autre, il convient de signaler l'avance constante du général Allenby vers Jérusalem, avance que les arriére-gardes turques s'efforcent vainement d'enrayer sur les collines de Judée. Des combats que l'on sait assez rudes se livrent à l'ouest de la ville, des deux côtés du chemin de fer de Jafîa. Mais s'ils retardent peut-être la marche de nos alliés, ils n'ont pu encore l'arrêter. Quant au kaiser, i .se préoccupe, assure-t-on, de l'effet que ne manquera pas
de produire dans le monde islamique la reprise des « Lieux saints » par les chrétiens, et le dornmage qu'elle doit apporter au prestige déjà si diminué du khalife, son serviteur très humble. Il a donc appelé Mackensen pour en conférer avec lui.
Celui-ci, qui, quel que soit son mérite, ne peut pas agir tout seul, va sans doute demander qu'on fasse descendre vers l'Asie Mineure une partie des troupes encore stationnées en face des Russes et auxquelles le pacifisme outrancier des bousingots maximalistes donne des loisirs dont on ne prévoit pas la fin. Mais, précisément parce qu'il s'agit de fantoches qu'ui> souffle peut renverser, dégarnir trop complètement le front oriental peut devenir tout à coup scabreux. Et donc, les perplexités de Guillaume II se comprennent fort bien.