LA BATAILLE DEVANT CAMBRAI SE DEVELOPPE
(24 Novembie.)
Dans un communiqué quelque peu filandreux, Ludendorlï s'efforce de démontrer que l'attaque anglaise a été enrayée sans avoir produit la « rupture » qu'elle cherchait. Tl n'est rien de tel que de s'entendre. Si le quartier-maître général prétend par là que l'affaire de mardi n'est pas complètement décisive, il ne nous apprend rien que nous ne sachions aussi bien -que lui. Mais s'il croit pouvoir, par de simples arguties, donner le change sur ses conséquences directes ou indirectes, il se trompe, sans réussir à nous tromper.
D'abord, les résultats matériels sont indiscutables, et c'est à peine si la reprise de Fontaine-Notre-Dame, qui n'a, dans l'ensemble, qu'une valeur accidentelle, les a momentanément diminués. Elle n'empêche pas, en effet, que la muraille allemande ait été crevée sur une profondeur de 8 kilomètres, ce qui n'était pas encore arsivé, au moins en aussi peu de temps. Ludendorfî, pour consoler ses lecteurs, annonce que des débris de tanks gisent épars sur le champ de bataille. C'est une maigre satisfaction qu'il leur donne, car jamais persrnne, même parmi les têtes carrées, n'auia pu supposer que ces
engins fussent in vulnérables ni quequelqucsuns d'entre eux n'aient pu être détruits dans la bagarre. La casse importe peu, du reste, pourvu qu'on arrive. Or le Bulletin officiel lui-même convient que les Anglais ont encore gagné quelque terrain.
Mais l'intérêt de cette affaire est ailleurs. Il est, comme je l'ai déjà dit hier, dans la preuve désormais évidente que les effets de surprise valent autant, sinon plus, que ceux des bombardements. C'est, je le répète, une simple démonstration, et non pas une découverte. C'est surtout une indication, car ce qui s'est produit une fois peut se répéter bien d'autres et produire, chez l'ennemi, un état de nervosité dont on pourra, sans aucun doute, profiter quelque jour plus largement.
Et voyez : Ludendorff dénonce tout de suite la manœuvre, peut-être pour se donner un paravent contre ses conséquences inévitables. « En connexion avec l'attaque anglaise, dit-il, les Français ont également commencé de fortes incursions contre nos positions entre Craonne et Berry-au-Bac. >> En effet, nous avons enlevé le saillant de Juvincourt sur la Miette, à l'est de la route Reims-Laon, et pratiqué ci et là
Tanks anglais sur te chimp de bataille.
Lt-COLONEL ROUSSET
Pour désembo
Outre la résistance tenace de l'ennemi, nos alliés anglais ont à vaincre les difficulté climatériques qui pourraient entraver leur avance. Sur un sol bouleversé et détremp l'artillerie lourde s'enfonce. Mais les tommies sont obstinés et vigoureux: Ils tiren
iber les canons
poussent, soulèvent les roues appesanties de fange, hommes et chevaux entraînent maigre tout le matériel. A l'heure marquée, exacts au rendez-vous, les gros canons sou- " ^""^ rac//on de l'infanterie. La pluie pas plus que le Boche ne saurait les arrêter.
Lt-COLONEL ROUSSET
des pointes assez vigoureuses, dont les Allemands ne savent que penser. C'est en les maintenant sans interruption dans une anxiété qui ne peut manquer de devenir déprimante, qu'on a les meilleures chances de réaliser, sur le front franco-anglais, deux choses essentiellement désirables, qvii sont, soit l'alternance, soit la communauté des efforts.
En Italie, situation stationnaire. Les
Austro- Allemands ont avancé un peu sur le mont Fontana-Secca, entre Piave et Brenta.
Mais, malgré tous les efforts qu'ils font pour enfoncer la gauche de nos alliés, disposés en potence depuis la Piave jusqu'à. l'Adige, celle-ci ne se laisse point ébranler. Elle n'aura probablement plus longtemps, à attendre maintenant le concours francoanglais.