LA DOUBLE TENTATIVE DES ALLEMANDS A CAMBRAI ET A VERDUN
(2 Décembre.)
Il était dans l'ordre normal des choses qu'une contre-attaque allemande de grande allure se produisît tôt ou tard, dans i'ouest de Cambrai. L'ennemi, bousculé
par un premier choc inattendu, mais qui restait isolé et sans répétition nulle part, a eu tout le temps de rassembler non seulement ses esprits, mais ses forces, et
Li-COLONEL ROUSSET
(CI. Daily MIrror.)
EN PALESTINE. — /. Squelette d'un appareil turc abattu par tes Anglais. 2. Arabes contemplant avec admiration an aéroplane britannique.
Lt-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
Région de Cambrai. — La lutte d'artillerie reste très violente, mais il n'y a de combat que sur les positions de Mœuvres où plusieurs attaques ennemies sont repoussées.
Dans les Flandres, — Une opération très vivement menée, en pleine nuit, permet aux troupes britanniques d'améliorer leurs positions au nord et au nordest de Passchendaële, en enlevant au nord le mamelon coté 52, et au nord-est la crête militaire qui leur masquaient les vues sur les zones voisines.
En Russie. — La délégation russe chargée de conclure un armistice est reçue à 4 heures de l'après-midi par le maréchal prince Léopold de Bavière, commandant en chef des armées allemandes sur le front oriental. En attendant la conclusion de l'armistice général, une convention particulière suspend les hostilités à partir d'aujourd'hui sur tout le front du Pripet au sud de la Zlota-Lipa.
En Woëvre. — L'ennemi attaque nos lignes au nord de Flirey : il est repoussé et subit des pertes sérieuses.
Région de Cambrai. — Nouvellejournée de bataille sur le front Gonnelieu-Marcoing : les Allemands engagent des effectifs considérables: ils parviennent à réoccuper la Vacquerie et à refouler les postes britanniques à l'est de Marcoing.
En Russie. — Krylenko entre à Mohilev à la tête des troupes maximalistes et s'empare du grand quartier général des armées russes: le généralissime Doukhonine est assassiné.
Le général Kornilof qui était prisonnier à Bykpf a réussi à s enfuir dans la nuit du \'^^ au 2 décembre.
Afrique orientale allemande. — Une dépêche officielle annonce que les forces anglo-belges sont entièrement maîtresses de la colonie : les derniers détachements ennemis passent en territoire portugais, où ils vont continuer une guerre de partisans.
de venir à la rescousse. D'assailli, il redevient donc assaillant, et même, pour bien montrer que son ébranlement n'avait été que passager, il a, en même temps, attaqué avec violence nos positions du bois des Fosses, au nord -est de Verdun.
Comme toujours, ses tentatives ont été vaines, ou à peu près. D'un côté, il a repris, au prix de fort grands sacrifices, un certain nombre de villages, mais pour en reperdre peu après la plupart. De l'autre, il a été arrêté et rejeté dans ses tranchées. Tout cela, évidemment, n'avance pas beaucoup ses affaires ; mais je ne sais si les nôtres s'en trouvent vraiment en meilleur état, ce jeu de va-et-vient ne rnodifiant guère la situation existante et pouvant se prolonger presque indéfiniment.
Pour arriver à la solution désirée, il faut, décidément, adopter une autre méthode, qui substitue aux opérations de détail des actions d'ensemble, ou au moins ayant entre elles des relations de connexité et de temps. Il est entendu que les Anglais et nous tenons partout très ferme et que, lorsque nous attaquons de façon congruente, nous emportons généralement le morceau.
Mais on n'abat pas un édifice en y mettant la pioche sans ordre ni synchronisme, et le pic des démolisseurs obéit lui-même à de certaines lois. Je veux dire par là que la muraille qui bairre notre territoire cédera seulement si nous l'attaquons de telle
sorte qu'une fois la brèche faite, l'ennemi n'ait jamais le loisir ni la faculté de la boucher.
On remarquera que les deux assauts livrés vendredi par le kronprinz sont concomitants. Celui de l'est avait certainement pour but d'aider l'autre, déchaîné à l'ouest, et dont on attendait des résultats essentiels que la ténacité britannique a heureusement annulés ou du moins très considérablement réduits. Il y avait donc concordance de conception, de volonté et d'eiïorts. Il y avait entente entre deux groupes d'armées ayant chacun son commandement distinct ; une entente qui a déterminé deux offensives parallèles, contre une défensive n'ayant rien de conjugué et ne procédant pas des mêmes actes précurseurs.
Tel est le tait, que personne ne peut contester, et qui doit nous donner à réfléchir. Quant à la morale à en tirer, la voici : en face d'un adversaire dont les forces sont toutes solidaires et mues par une seule main, nous ne pouvons pas continuer à opérer chacun pour notre compte, car ce serait rendre aux Allemands des points qui leur feraient finalement la partie trop facile.
Et puisque la situation actuelle nous impose ainsi, plus que jamais, des actions concertantes ou tout au moins concertées, j'aime à penser que le premier soin du comité interallié aura été d'orga-
U'COLONEL ROUSSET
niser celles-ci suivant la formule qui reste oralement : « Unité de direction sur l'unité la meilleure, malgré l'abus qui en a été fait du front. »