‹ La Guerre au jour le jourChapitre 186 sur 360 · LA CONFÉRENCE INTERALLIÉE A COMMENCÉ SES TRAVAUX · texte numérisé non relu

LA CONFÉRENCE INTERALLIÉE A COMMENCÉ SES TRAVAUX

(30 Novembre.)

Que va-t-il sortir des délibérations qui viennent de commencer dans le cénacle des représentants interalliés, si nombreux qu'ils sont comme une sorte de parlement au petit pied ? Il tient entre ses mains le sort de la guerre et peut non seulement le fixer à nos souhaits, mais même le précipiter, si ses décisions consacrent enfin les principes d'union et de solidarité qui seuls nous donneront la force de vaincre. Si, au contraire, il ne leur donne point la sanction du fait, alors il n'aura'été qu'une manifestation verbale ajoutée à toutes celles que nous avons connues, et dont l'écho plus ou moins prometteur a été dispersé par le vent des batailles. La qualité des hommes qui le composent et la gravité du moment nous font espérer mieux cette fois.

La coalition germanique est arrêtée dans les Alpes par la saison, qui favorise la belle résistance de nos alliés italiens et, peutêtre, dans les Balkans par l'avance anglaise en Asie. Mais elle n'en conserve pas moins le désir de pénétrer dans la plaine vénitienne et de nous chasser de Macédoine. Cela est si évident qu'il faudrait être aveugle pour ne le pas voir. On peut se

douter aussi qu'avec les divisions retirées du front russe, les Allemands tâcheront de rétablir par une manoeuvre directe ou oblique leur' front occidental sensiblement écorné. Le tout sans compter la sportule et la trahison auxquelles ils sont redevables déjà de quelques succès, mais contre lesquelles, je l'espère, nous sommes parés désormais. Si les dangers dont j'ai parlé étaient immédiats, je dirais que la conférence de Paris n'a pas de raison d'être. Mais, heureusement, ils sont quelque peu prorogés par des difficultés d'ordre varié, et, conséquemment, nous avons le temps de nous retourner. Ne perdons pas, par grâce, ce temps précieux en vains discours qui ne résolvent rien. Employonsle, au contraire, à préparer les parades et ensuite les ripostes que nous permet notre supériorité toujours existante, malgré le lâchage russe, que compense le concours américain. Soyons fermes dans la défense, et hardis dans l'attaque. A la guerre, il faut souvent user de cette audace que recommandait la voix terrible de Dantoij et dont les Anglais viennent de nous montrer la valeur à Marcoing.

LA DEFECTION RUSSE

Jamais les nouvelles de la guerre n'ont été plus creuses. Des millions d'hommes sont en présence, et se regardent à travers la barricade. Mais, à la différence des héros

d'Homère, ils ne s'objurguent même pas.

C'est partout le calme à peu près complet, troublé seulement par quelques escarmouches et un certain nombre de coups

Lt~COLONEL ROUSSET

LES FAITS

Front britannique. — Le général von Marwilz, commandant l'armée allemande dejCambrai, ademandé à ses troupes un grand effort pour venger leur échec du 20 novembre et transformer la victoire anglaise en défaite; il engage aujourd'hui une bataille sur un large front de 30 kilomètres, de Vendhuile-surl'Escault à Mœuvres, au nord de la route de Bapaume à Cambrai.

Entre Vendhuile et Crèvecœur, 5 divisionsseportent résolument à l'attaque, réussissent à pénétrer dans les lignes anglaises, enlèvent les points d'appui de La Vacquerie, Bonavis, Gonnelieu et parviennent jusqu'à Gouzeaucourt dont elles s'emparent.

Sur l'autre partie du champ de bataille, le secteur Mœuvres-Bourlon résiste heureusement à tous les efforts de l'ennemi et fait échouer le mouvement général d'encerclement tentépar le général de Martoiiz.

Le soir, les Anglais reprennent Gouzeaucourt.

Région de Cambrai. — La bataille commencée hier continue avec acharnement sur les positions de La Vacquerie, Gonnelieu, Villers-Guislain, au nord-eU de Gouzeaucourt.

L'importante tête de pont de Masnières sur l'Escaut, restée aux mains des Anglais depuis le2\ novemlreest assaillie avec fureur à dix reprises différentes au cours de l'après-midi. Les attaques de l'ennemi sont repoussées, mais le commandement britannique, jugeant difficile la conservation du village qui forme un saillant trop aigu de sa ligne générale, en ordonne l'évac'iation.

Eli Russie. — Dans une note remise le vendredi 23 novembre au généralissime Doukhonine les chefs des r.issicns militaires américaine, anglaise, franr ..se, italienne, japonaise, roumaine et serbe près du luartier général russe, ont protesté contre tcute violation du traité du 5 septembre 1914.

de canon. On dit cependant que les Autrichiens de Boroevic ont encore essayé de passer la Piave et qu'ils ont échoué. C'est, de leur part, bien de l'entêtement.

En Russie, il paraît que le pseudogénéralissime Krylenko, qui escalade les grades à la façon du grenadier Fritz dans la Grande-Duchesse, a envoyé, en parlementaires, au quartier général allemand, un lieutenant de hussards et un volontaire, gens assez drôlement qualifiés pour traiter d'un armistice. Mais faute de grives, on mange des merles, et, les vrais généraux se récusant, il faut bien se rejeter sur leur menue monnaie. N'importe ! le généralissime allemand doit se trouver un peu dépaysé en cette compagnie, pour laquelle il fera bien de demander caution. Quant à Lénine, qui singe volontiers les pires fantoches de notre Révolution, mais oublie de prendre exemple sur ses grands hommes, il a envoyé un ultimatum aux alliés, leur donnant jusqu'au 2 décembre pour faire la paix. Après quoi, lui la pignera pour son compte penonnel.

Tout cela serait grotesque, si ce n'était aussi triste. Il n'est jamais réjouissant

d'assister au naufrage d'un grand pays sombrant dans le désordre et la liquéfaction. Fût-on même désintéressé dans la question, qu'on ne le verrait pas sans peine renier sa signature et rompre sans vergogne les engagements pris en son nom. Naturellement, le Reichstag en éprouve une joie féroce. Il fallait s'y attendre. Il faut malheureusement s'attendre aussi à bien autre chose, car je ne serais pas étonné si, pour montrer i patte blanche, ce que M. von Hertling^ appelle trop pompeusement le gouvernement russe commençait par rendre les centaines de mille prisonniers qu'il détient J A moins que Kaledine ne le mette aupa-| ravant à la porte, ce qui, pour le moment,) ne s'annonce pas précisément. L'aventure qui se prépare là-bas peut donc,* plus ou moins tôt, plus ou moins tard, — suivant que la coalition germanique] recevra ou non des gages à sa convenance, — - modifier grandement la situation générale. Elle nous commande, en tout cas, de prendre d'étroites précautions. Et la première est de faire des situations nettes, qui, seules, permettent de voir clair devant soi.

Page 1