VARIATIONS SUR LE COMMANDEMENT UNIQUE
( 1 9 Décembre.)
Le Times nous expose, par la plume du colonel Repington, les raisons pour lesquelles l'institution d'un généralissime est mal accueillie en Angleterre. Avoueraije qu'elles ne m'ont »pint convaincu et que je reste invariablement attaché à l'idée d'un commandement unique, encore que sa réalisation me paraisse de moins en moins probable? Au moins ce ne sera pas notre faute si, comme nous en avions eu un moment l'espoir après le premier discours de M. Lloyd George, cette idée n'a pas pu faire son chemin.
On nous dit que la centralisation de tous les pouvoirs au grand quartier général allemand n'a pas empêché l'ennemi de subir de graves défaites, presque des désastres, et on nous cite à l'appui de ce dire des événements comme ceux de la Marne et de l'Yser, comme l'invasion de la Prusse orientale, les désastres de Galicie, la perte des colonies allemandes, l'écrasement de la Turquie, enfin l'échec si grave de Verdun. Il me semble rencontrer là quelques anachronismes, Hindenburg n'ayant pas été investi du commandement suprême dès le début des opérations. On nous dit encore que de graves divergences de vues ont surgi entre Berlin et Vienne. Je m'en doute, mais elles eussent été cer-
tainement beaucoup plus graves si une volonté unique ne les avait pas apaisées sur-le-champ. Quant à dire, comme mon excellent confrère et camarade Repington, qu'à la place du généralissime allemand. Napoléon aurait fait mieux, c'est un truisme dont le seul défaut est d'être rétrospectif.
Voici maintenant qui a plus de poids : « On peut prendre pour axiome dans cette guerre, écrit le Times, que pas up. seul des alliés n'est disposé à accepter une position subordonnée ; c'est peutêtre une faiblesse, c'est du sectionnalisrae, mais c'est un fait. » Eh là ! Il ne s'agit pour personne d'accepter une situation subordonnée, mais seulement de comprendre la nécessité des actions communes, organisées en commun, et soumises à une seule et même direction. Je parle, bien entendu, des actions militaires et de rien d'autre. Quand donc le colonel Repington suppose que le généralissime pourrait se trouver en conflit avec les gouvernements des autres pays alliés, il se trompe. La conduite politique de la guerre ne lui incombe pas. Elle appartient en propre à ces gouvernements, qui ont, pour cela, à s'entendre entre eux. Mais la conduite stratégique de cette même guerre ne
U-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
Front occidental. — En Lorraine, une forte attaque allemande sur nos tranchées au nord de Reillon, subit un échec complet: l'ennemi laisse de nombreux cadavres sur le terrain.
Un coup de main tenté par l'adversaire au sud' ouest d'Alikirch devant nos lignes du GlUckerveld n'est pas plus heureux.
Entre Piave et Brenta. — Reprise du mont Assolone par les troupes italiennes.
Aviation. — Au cours d'une manifestation organisée à la Sorbonne en l 'honneur de nos aviateurs, le président du Comité « L'effort de la France et de ses alliés" fait les intéressantes déclarations suivantes:
"Les communiqués britanniques si éloquents dans leur laconique franchise, laissent deviner l'intensité d'action et la violence des combats. Les Italiens de leur côté, ont renforcé par leurs Caproni et leurs Fiat notre puissance de bombardement. »
En Alsace. — A la suite d'un coup de main important, précédé d'un bombardement intense, les Allemands réussissent à pénétrer dans nos tranchées de première ligne à Hartmannswillerkopf : les renforts accourus engagent un corps à corps qui se termine par la retraite des assaillants dont les pertes sont sérieuses- Une autre tentative sur nos positions à l'ouest de Cernay est également repoussée.
En Arabie. — Le communiqué britannique annonce qu'une force arabe sous le commandement de l'Emir fils du roi du Hedjaz a détruit un train turc transportant des troupes, ausudde Tobouk^^^loVoieferréedu Hedjaz, à 61 1 kilomètres au nord de Médine.
Tout le détachement turc qui se trouvait dans le convoi a été tué ou capturé : parmi les morts se trouve le chef d'une tribu qui s'était ralliée aux Turcs,
300 fusils ont été capturés avec de gros approvisionnements de munitions et une forte tomn-.e en or.
peut que gagner à ne point s'éparpiller. Rappelons-nous simplement que l'invasion de la Hongrie a été arrêtée par le concours de l'Allemagne, que la conquête de la Pologne a été effectuée grâce à l'effort concerté des Austro-Allemands placés sous les ordres de Mackensen ; qu'enfin, la catastrophe de l'Izonso ne se serait pas produite si, de Berlin, on n'avait pas tendu la main à Boroevic. Et songeons à ce qui peut survenir encore, sur notre front, par l'union intime et complète des empires centraux débarrassés de la menace russe, grâce à des machinations dont les fils étaient tenus dans la même main.
Le colonel Repington laisse entendre
que chaque gouvernement tient à ménager ses forces. Tant pis si cela est. Dans la lutte atroce que nous soutenons en commun pour sauver le monde de la barbarie, il ne saurait être question de particularisme, et ce mot seul nous fait horreur, à nous qui, de tous, avons le plus souffert. Citerai-je maintenant le dernier argument de mon très distingué conftère? << Le général Pétain, dit-il en substance, est un chef trop éminent pour qu'on lui fasse courir le risque de se casser les reins dans un poste qu'aucun homme ne saurait conserver longtemps. » Ici, je m'arrête, n'ayant plus rien à dire, et je laisse le dernier mot à l'humour anglais.