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NOUS LES ATTENDONS DE PIED FERME

(20 Décembre.)

Un journal de Munich prétend que la campagne d'Italie est virtuellement terminée, et que les Austro-Allemands ne chercheront pas à pousser au- delà de la Piave. Il dit peut-être vrai, mais alors c'est la fable du renard et des raisins qu'il nous ressert. A qui fera-t-il croire que les coalisés auraient mis en branle des masses aussi énormes, appuyées par les manœuvres sournoises que l'on sait, uniquement pour faire reculer les Italiens d'une cinquantaine de kilomètres? S'ils renonçaient aujourd'hui à pousser jusqu'à la plaine, — ce qui est possible, mais non certain, — ce

serait, à n'en pas douter, parce qu'ils auraient reconnu leur impuissance. On soupçonne un peu celle-ci quand on voit Hœtzendorf répéter indéfiniment, contre les dernières crêtes des Sette Comuni, des efforts que les Italiens, aidés par les contingents alliés et notre vaillante artillerie, ne se lassent point de briser.

Le même journal fait grand vacarme autour de l'offensive qui se prépare contre nous. J'ai déjà dit que cette insistance à vouloir nous avertir me paraissait singulière et quelque peu suspecte. Elle serait absolument inexplicable si elle n'avait

Li-COLONEL ROUSSET

~TNoIflnfr!i'''''r f" 'î"^"^- - '■ Soldats français et italien tiranTo^nTre^Ln 2. Nos alpins en liaison dans une tranchée italienne. - 3. La confection de chevaux défrise sous la direction d'un « diable bleu ».

Lt-COLONEL ROUSSET

LES FAITS

Dans les Flandres. — Au cours d'une attaque contre les positions britanniques de la Voie ferrée d'Ypres à Roulers, l'ennemi parvient à refouler les postes avancés anglais sur un front de quelques centaines de mètres.

Salonique. — Arrivée du général Guillaumat, qui remplace le général Sarrail à la tête des armées alliées d'Orient.

Algérie. — Une décision ministérielle nomme h général Nivelle au commandement des troupes françaises de l'Afrique du nord (19'^ corps).

La Russie et la Paix. — Les négociations commencent aujourd'hui à Brest-Litovsk entre les représentants de l'Allemagne, de l' Autriche-Hongrie, de la Turquie et de la Bulgarie, et les délégués du conseil des commissaires du peuple russe : ceux-ci exposent, dans une déclaration, les six conditions fondamentales qu'ils considèrent comme hase des pourparlers de paix.

Prisonniers de guerre. — Une note officielle du gouvernement français fait connaître les résultats de nouvelles négociations poursuivies à Berne:

Tous les sous-officiers et soldats comptant 48 ans d'âge et 1 8 mois de captivité, Vont être rapatriés et le seront à l'avenir d'une manière automatique. Les officiers de la même catégorie seront internés en Suisse.

De notables améliorations ont été obtenues pour tous les prisonniers maintenus en captivité, tant en ce qui concerne la correspondance et les colis que le travail et la discipline.

Tous les prisonniers nouvellement capturés, seront identifiés et la liste en sera aussitôt transmise à leurs pays d'origine respectifs, ils auront le droit d'adresser, dans les huit jours de leur capture, une carte-avis à leur famille.

Front d'Italie — Les troupes austro-allemandes occupent le col del Rosso et le mont di Val Bella.

pas un but extra-militaire, qui est de faire prendre patience à des gens qui commencent à être affamés. Lisez les journaux d'outre- Rhin, et jugez si. les privations dont nous nous plaignons entrent en balance avec la disette qui sévit en Allemagne. Là-bas, les pommes de terre se raréfient de plus en plus ; la ration de pain, déjà très faible en elle-même, est diminuée, par la force des choses, de 50 à 75 grammes par jour, nous dit le Vorwaerts et, en guise de légumes, on mange des choux-raves.

L'intensification de la guerre sous-marine, qui semble reprendre de l'intensité, et les raids d'avions sur l'Angleterre ne suffisent point à calmer l'émoi que produit cette crise vraiment redoutable de l'alimentation. Il faut autre chose. Il faut promettre une prompte victoire, ou du moins promettre qu'on va faire le possible pour la chercher. « Les Franco- Anglais se sont affaiblis par l'envoi en Italie d'un certain nombre de divisions, fait dire par ses officieux l'État-major allemand. Nous allons profiter de la circonstance et leur tomber dessus avec des forces telles qu'ils ne pourront pas nous résister. » Fort bien, mais, si

j'ai bonne mémoire, des propos assez semblables avaient été tenus avant l'attaque de Verdun. La prise de la forteresse était annoncée comme certaine. Bien mieux, elle devait amener à bref délai la fin de la guerre. Or, la forteresse est toujours à nous, et l'ennemi est obligé, aujourd'hui, de recommencer l'affaire sur de nouveaux frais.

Cette affaire, nous l'attendons de pied ferme. Nous sommes assurés, si elle s'effectue comme on prend soin de nous le dire, d'en sortir à notre honneur, à la seule condition de ne rien négliger de ce qui nous est nécessaire en matériel et surtout en aviation. Le Manchester Guardian disait avec beaucoup de raison, il y a deux jours, que, sous ce rapport, nous devions. Anglais et Français réunis, arriver à une supériorité éclatante. Il disait aussi, avec au moins autant de raison, que la victoire deviendrait le prix non seulement d'une ténacité qui sera, personne n'en doute, irréductible, mais surtout de la coordination, delà subordination et d'une discipline résolue dans tous les services qui concourent à l'exécution du plan défensif.

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