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TRAVAILLEURS DE L'AVANT

(30 Décembre.)

En un langage d'une verdeur toute militaire et d'une précision à laquelle nous n'étions guère habitués, M. Clemenceau a clairement montré à la Chambre et au pays la nécessité qui s'impose, si l'on veut continuer à se battre pour la victoire, de procéder d'urgence, dans la zone des armées, à certains travaux indispensables, dont la confection n'a déjà que trop tardé, faute d'une organisation raisonnable et d'un programme suffisamment étudié.

Ces travaux sont de deux sortes. Ils comportent l'aménagement militaire des champs de bataille éventuels sur lesquels l'irruption allemande peut être prévue. Il ne suffit pas, en effet, d'avoir crée une première ligne de défense qu'établissent généralement les troupes elles-mêmes. Soutenir et compléter celle-ci par la constitution de positions successives de repli tout aussi solidement organisées est chose indispensable. On sait que, pour n'avoir pas toujours pris cette précaution, il nous en a cuit dans plusieurs circonstances, à commencer par les débuts de l'affaire de

Verdun. C'est donc une épreuve à ne point recommencer, et, pour l'éviter, le seul moyen existant est de constituer des équipes spéciales de travailleurs, qui seront chargées de remplir un office dont on ne peut faire peser le fardeau sur les hommes de la tranchée.

D'autres obligations s'imposent encore.

Ce n'est pas sans raisons valables qu'on s'est plaint, à plusieurs reprises, du déplorable état où se trouvent, en maints endroits, les baraquements destinés à recevoir les troupes momentanément retirées du front de combat. Beaucoup n'ont que des fermetures hypothétiques et une couverture mal assurée. M. Bouveri parlait, hier, de la paille humide des casernes. Que dire du sol tout nu, ouvert parfois à tous les vents?

Est-ce donc le matériel qui manque Non. Il est surabondant. Seraient-ce le^ moyens de couchage? Pas davantage. Les magasins en sont pleins. Ce qui rend la situation si imparfaite et si insuffisante, c'est la pénurie des manutentionnaires pour le transport et des ouvriers pour les

t. COLONEL ROUSSE T

f^ . CCI, Meurisse et Beaufrère.)

a«x''re;ranc^emen7/'^.'''r'''' "°* '^'l^''^"""^ des plus anciennes classes travailler retranchements de l arrière décidés par M. Clemenceau. En-dessous, nos premières lignes de tranchées se découpent dans la neige.

Lt-COLONEL ROUSSET

LES FAITS

Front occidental. — La nouvelle année trouve les Anglais dominant la plaine des Flandres. Ils ont, d'autre part, ouvert une large brèche dans la ligne principale des défenses allemandes en face de Cambrai. Quoique l'exploitation complète de ce succès initial n ait pas été possible, les armes allemandes ont subi le plus grand désastre depuis la bataille de la Marne.

Les Français, avec leur ligne intacte, tiennent la clef de la région de Laon, depuis la prise des positions du Chemin-des-Dames. (Exposé américain).

En Italie. — Les premiers succès allemands ont dépassé les prévisions les plus optimistes de l'ennemi qui n'avait pas élaboré de plan d'invasion sur une grande échelle. Aujourd'hui l'Italie tient ferme, appuyée par ses alliés. (Mcme expose).

La Perse, la Russie et la Turquie. — - Les gouvernements entrent en pourparlers pour l'évacuation de la Perse par les troupes russes et turques.

Le bilan des opérations britanniques en 1 9 1 7. — ■ Un communiqué officiel donne le relevé suivant des gains et pertes de notre grande alliée .sur tous 1rs théâtres d'opérations, pour l année qui vient définir.

Front occidental. — Gains: 73 131 prisonniers; 531 canons. Pertes; 27 200 prisonniers: 166 canons.

Salonique. — Gains: 1095 prisonniers; pertes: 202 prisonniers,

Palestine. — Ga:ns: 17 646 prisonniers; 108 canons, Pertes: 610 prisonniers, aucun canon.

Mésopotamie. — Gains: 15 944 prisonniers; 124 canons. Pertes: 267 prisonniers, aucun canon.

Est-Africain. — Gains: 6 728 prisonniers; 18 canons. Pertes: 100 prisonniers, aucun canon.

Total général. — Gains: 114 544 prisonniers; 781 canons. Pertes: 28 379 prisonniers, 166 canons.

La marine Iritannique a perdu en 1917; 20 navires de guerre coulés par des sous-marins.

réparations. Les besognes de guerre proprement dites absorbant le personnel tout entier, qui comprend juste le nécessaire; les autres se font quand on peut et comme on peut.

C'est précisément à cette disette de travailleurs que le gouvernement a voulu porter remède, et je puis dire qu'il y a réussi, même d'une façon très heureuse.

Sa solution, acceptée par la Chambre, est assurément celle qui répond le mieux aux nécessités du moment, dont nul n'ignore la pressante rigueur. Elle a cet avantage incontestable de ne toucher que dans une proportion très minime aux intérêts agricoles qu'il serait coupable de négliger. Elle sera donc bien accueillie, et sur le front, et dans le pays.

Car ce n'est même pas un effort nouveau qu'on demande à celui-ci. Il ne s'agit que d'une exploitation meilleure de ceux

qu'il a déjà fournis. J'entends bien que l'on va recenser la classe 19. Mais il ne faut pas oublier que l'Allemagne est sur nous en avance d'un an, et l'Autriche de: deux, puant au rappel, pour cinq ou six semaines, des classes go et 91, c'est un? sacrifice auquel les intéressés consentiront allègrement. Comme a dit fort justement M. Clemenceau, la manœuvre des effectifs doit pouvoir se faire, suivant les circonstances, de l'arrière à l'avant. Et qui donc, parmi nos vieux sursitaires, refuserait d'aller donner aux camarades qui se battent l'aide manuelle grâce à laquelleceux-ci pourront d'abord supporter sanstrop de souffrances les rigueurs de ce pénible hiver, puis briser définitivement, dans une parade suprême, les ambitions de la race arrogante et sauvage qui s^ vante impudemment de pouvoir nout anéantir ?

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