‹ La Guerre au jour le jourChapitre 217 sur 360 · ATTAQUES REPOUSSÉES AU BOIS DES CAURIÈRES · texte numérisé non relu

ATTAQUES REPOUSSÉES AU BOIS DES CAURIÈRES

(28 Décembre.)

J'avoue ne pas très bien saisir la raison d'être ni le but de l'attaque, d'ailleurs assez violente, que le kronprinz a dirigée,; le 26 décembre, contre le bois des Cau-' rières. Menée par deux bataillons seulement, elle n'a pas les dimensions d'une affaire d'envergure, ni même celles des préliminaires qui annoncent généralement celleci. On dirait d'un coup de tête, provoqué par le besoin de se faire un « communiqué ». Si c'est bien cela, le but a été manqué, car les Allemands, malgré qu'ils s'y soient repris à deux fois, ont essuyé un échec complet.

tellement qu'ils ont négligé d'en parler. Mauvais présage, pour le grand assaut dont ils continuent à nous menacer.

Il se pourrait d'ailleurs que celui-ci fût encore retardé par l'état des affaires russes. Les pourparlers de paix semblent se traîner assez péniblement, tandL'' que l'Ukraine fait mine de se dresser contre le maximalisme. Ce n'est point un événement banal que la prise de commandement, par Tcherbatchef, des troupes des fronts sud-ouest et roumain « couvrant le territoire de la république ukrainienne ».

Ll-COLONEL ROUSSET

Comme la couverture d'un territoire ne se fait pas simplement en montant la garde à l'intérieur, il est à présumer que les troupes en question seront employées à quelque chose de plus actif. Et les Austro- Allemands s'en doutent si bien qu'ils ont riposté par une concentration de forces assez nombreuses, aussi bien en Galicie

qu'il en faille beaucoup de cette espèce avant que soit ouvert le débouché dans la plaine. En somme, le chemin est singulièrement long et rocailleux, qui mène à celle-ci.

On prétend que l'État-major allemand était hostile à cette dernière offensive, et la jugeait inutile. J'en doute fort, sachant

(cl. Section phot. de l'armée.)

Corvée gravissant des pentes célèbres sur le front de Meuse.

qu'en Bukovine et le long de la frontière moldave. Or, ce n'est point précisément là, j 'imagine, la solution sur laquelle iJs comptaient, et que le kaiser avait si pompeusement annoncée dans un discours récent.

Ils en espéraient également une autre, en Italie ; mais celle-ci, aussi, se dérobe. •Conrad de Hœtzendorf attaque furieusement les rebords méridionaux du plateau des Sette Comuni, et, malgré toute a vigueur qu'il y met, n'obtient que des résultats fort maigres. Ainsi, il a enlevé, à la tête du val Frenzela, le' col de Rosso, que les Italiens n'ont pu reprendre, et il s'est avancé jusqu'à Sasso. C'est un succès qu'on ne lui contestera pas, encore

à quel point les Autrichiens sont devenus d'humbles valets, et qu'ils ne font rien que par ordre. Je croirais même, plutôt, qu'Hindenburg, mécontent du retard que les affaires italiennes apportent à l'exécution de ses desseins, a gourmande celui qui les mène, le poussant ainsi vers de nouvelles et hasardeuses entreprises. Mais c'est là une question subsidiaire. La seule chose qu'il nous importe de savoir est celle-ci, que, en Italie comme en Russie, la coalition gerraanique rencontre quelques pierres d'achoppement assez gênantes sur des routes qu'elle espérait aplanies, ou qu'elle se croyait en mesure de rapidement aplanir.

U-COLONEL ROUSSET

(Cl. Section phot. de l'Armée.)

Hepos dans une tranchée de première ligne du front meusien.

ECHECS PREMONITOIRES

(29 Décembre.)

En attendant qu'ils se lancent dans la grande offensive dont ils continuent à nous menacer, mais que rien n'annonce encore et que la situation en Russie méridionale, aussi bien que celle de l'Italie, ne facilitent pas beaucoup, les empires centraux agitent d'une façon oblique et sournoise l'olivier de la paix. Si cette tentative extra-militaire, dont le ministre des Affaires étrangères a clairement et éloquemment dévoilé le caractère plus que suspect, n'était pas un piège, il faudrait y voir un aveu de détresse. Nous ne tomberons pas dans le premier et nous ne nous laisserons point attendrir par le second, car nos morts sortiraient de leurs tombes si les impudentes foiirberies de MM. Czernin et \on Kuhlmann avaient un seul moment le pouvoir de nous impressionner. Vaincre d'abord, comme ont dit les chefs de l'Entente ; après, on causera. C'est aussi, je le sais, l'avis des poilus.

Ceux-ci, en tout cas, ne perdent pas une occasion de montrer à l'ennemi que leur constance, leur courage et leur résolution n'ont subi aucune atteinte, et que leur force de résistance est aussi inébranlable que leur foi. Ces jours-ci, le kronprinz s est avisé encore une fois de les tâter et même probablement de vouloir les intimider, sans quoi sa folle entreprise contre

le bois des Caurières n'aurait aucune excuse. 11 a mis en branle des bataillons de choix, empruntés à la garde, des troupes spéciales d'assaut, des lance-flammes et des nuées d'avions. C'est Ludendorff qui prend la peine de nous le faire connaître. Mais il nous dit aussi qu'après avoir ruiné quelques tranchées, toute la bande a, suivant les ordres reçus, réintégré ses lignes de départ.

Or, nous connaissons par expérience la phraséologie germanique, et nous savons aussi que les Allemands ne sont plus assez riches en soldats de bonne trempe pour en sacrifier un aussi gros paquet dans de simples démonstrations. Quand donc, ayant monté une affaire d'importance comme celle-ci, ils renoncent à la pousser à fond, c'est qu'ils y sont contraints par la force. Et c'est bien ce qui vient de leur arriver, comme nous nous en doutions parfaitement, même avant qu'ils ne l'aient euxmêmes implicitement avoué.

Tandis qu'ils subissaient ici cette mésaventure, leurs complices autrichiens étaient, en Italie, obligés de stopper. Les communiqués d'aujourd'hui ne nous parlent plus que de canonnades et de combats aériens. Ce qui n'empêche les journaux allemands, comme je le disais plus haut, de prédire pour un délai prochain la grande

Lt-COLONEL ROUSSET

LES FAITS

Région de Cambrai. — Attaque allemande sur les positions britanniques dites de la crête Wetsh, c'està-dire du mouvement de terrain qui prolonge le plateau de la Vacquerie dans la direction de Marcoing: l'ennemi réussit à prendre pied dans quelques saillants au nord de la Vacquerie et au sud de Marcoing, ou la lutte se prolonge.

En Italie. — La division française Dilleman enlève dans un élan magnifique la cime du mont Tomba, cime au-dessous de laquelle nos soldats étaient restés accrochés depuis la prise de possession de leur secteur. L'affaire est si rapidement menée que les troupes de l Alpenkprps, massées en arrière, n'ont pas le temps d'intervenir.

Un journal allemand, parlant du mont Tomba, dit aujourd hui même : « Nous y sommes si solidement établis que ni Vartillerie lourde ni les attaques les plus violentes ne sauraient nous en déloger. »

ruée sous laquelle ils prétendent nous engloutir. Voilà encore, dirai-je, de l'intimidation en pure perte. En effet, comme le montre, après tant d'autres, l'aventure du

Région de Cambrai. — Les troupes britanniques reprennent la plus grande partie des positions de la crête Welsh, où l'ennemi avait gagné du terrain hier.

En Italie. — Les Autrichiens sont forcés d'abandonner la tête de pont de Zenson conservée jusqu'ici sur la rive droite et dans la boucle de la Piave.

Sur mer. — Pertes du transport Aragon torpillé hier dans la -Méditerranée orientale et du transport Osmanieh coulé aujourd' hui dans les mêmes parages. 800 morts dans les dux sirÀstres.

Pour 1918. — Le général Pétain adresse aux armées un ordre du jour dans lequel il montre le devoir à accomplir : « // faut que la lutte continue : le sort de la France l'exige; soyez patients, soyez obstinés... Vous avez la ferme volonté de vous battre autant qu'il le faudra pour assurer la paix à Vos fils, car Vous savez que si le plus pressé réclame la paix, le plus persévérant en fixe les conditions. »

bois des Cauriéres ce n'est pas tout de vouloir. Il faut encore pouvoir, et rien n'est parfois plus dangereux que de risquer son va-tout sur de simples présomptions.

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