CONTRASTE
(20 Janvier )
Les maximalistes finiront par nous faire rire, si peu que nous en ayons envie en voyant leurs méfaits. Tandis que Kaledine, qui avance sur Kharkof en refoulant devant lui les troupes de Krylenko, détourne les vivres et les sacs de charbon destinés à Petrograd : tandis qu'une conspiration, qui ne paraît point absolument imaginaire, provoque la mise en état de siège de la capitale, la bande à Lénine, si dépourvue qu'elle soit de moyens de coercition, accable la Roumanie de ses menaces hautaines. Depuis, il est vrai, elle paraît avoir réfléchi...
On dirait que ces étranges personnages ignorent la géographie de leur propre pays, et ne se doutent pas que, pour arriver à Jassy, il faut passer, ou bien par l'LTkraine soulevée, ou bien par des territoires qu'occupent encore les Austro-Allemands. Or, Kaledine se charge d'intercepter le première ; et quant aux seconds, je doute que, si désireux qu'ils soient de jouer un mauvais tour aux Roumains, les coalisés s'exposent à y subir la copénétration des troupes maximalistes. Ils savent parfaitement que la
propagandeà laquelle celles-ci se livreraient immanquablement pourrait avoir de très sérieux inconvénients. Et pour cette double raison, je crois que nos alliés n'ont aucun motif de prendre au sérieux les ukases d'intimidation qui sont fulminés contre eux. Mais toutes ces affaires, et moins encore peut-être la victoire que le parti militaire vient de remporter à Berlin, n'activent pas les négociations pour une paix en laquelle les populations germaniques mettaient leurs espoirs de ravitaillement.
Obligées de se serrer le ventre, elles font , entendre des grondements dont la censure allemande ne laisse filtrer que tout juste ce qu'il lui est impossible de retenir, et, en Autriche, il est question d'une grè\ générale. Ce sont d'assez mauvais pr; liminaires pour le coup de partie qu'or, se prépare à jouer.
Nous enregistrons avec satisfaction le contraste qu'opposent à cette émotion, d'ailleurs justifiée, le calme et la résolution des peuples de l'Entente. Hier, devant les représentants des Trade-Unions, le premier ministre anglais prononçait un discours dont la fière allure convaincra
(Cl. Daily Mirror.)
Ce qni reste d'un train turc après le passage d'an avion britannique.
Li-COLONEL ROUSSET
l'Allemagne, j'imagine, que, du côté des alliés, on n'est pas prés de fléchir devant les sommations arrogantes de ses hobereaux. « Ma conviction est que l'Angleterre n'a d'autre alternative que de continuer ou de disparaître », a dit M. Lloyd George. Et il a ajouté qu'au silence obstinément opposé par les dirigeants de l'Allemagne à toutes les solutions basées sur l'équité, la seule réponse devait être faite par le canon.
Il a été acclamé. Il aura donc le demi-
million d'hommes qu'il réclame. Pendant ce temps, ici, nous consoliderons notre armure de façon à la rendre invulnérable. Nous y travaillons déjà, et certains de nos alliés doivent nous y aider. Tandis que les ennemis se débattent dans des difficultés croissantes, nous autres n'en connaissons aucune que ne puisse vaincre la confiance réciproque de l'armée et du pays. Qui alors, d'eux ou de nous, peut se dire en meilleure posture, pour soutenir le choc à venir?