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DE LA BELGIQUE A LA RUSSIE

(24 Janvier.)

Je ne sais quelle valeur il convient d'attribuer au coup de main — un peu plus vigoureux que les autres — dont un petit bout de nos tranchées, à l'est de Nieuport-Ville, a fait, mardi, les frais. On ne doit peut-être voir là qu'un de ces incidents sporadiques que fait naître un ennemi toujours soucieux de tâter le terrain. Faisons attention cependant qu'il coïncide avec une reprise assez vive de la lutte d'artillerie à l'ouest de Verdun, ce qui pourrait bien signifier qu'il y a anguille sous roche, je veux dire qu'Hindenburg préluderait par là à ses grands desseins. Simple hypothèse d'ailleurs, que les événements ultérieurs peuvent parfaitement démentir, et que ceux d'aujourd'hui ne permettent de faire qu'en toute circonspection.

A part ce fait divers, rien n'est à signaler nulle part. Les négociations pour la paix russe se traînent en cahotant, et les Dernières Nouvelles de Munich laissent ■entendre qu'en ce qui concerne l'Ukraine, elles sont beaucoup moins avancées que ne le laissait entendre le communiqué de l'agence Wolfî. Nous avions donc toutes raisons de faire à leur égard des réserves expresses et d'attendre des éclaircissements.

De tous ces retardements, qui causent ■ -en Autriche une irritation dont il est

difficile de mesurer encordes conséquences, la Germania se console en écrivant que « le peuple allemand n'a, en tout état de cause, plus rien à craindre à l'est, car sur ce front, dit-elle, il ne reste plus que des mitrailleuses et des canons rouilles ».

Est-ce bien sûr? J'accorde que l'armée russe, profondément dissociée par l'anarchie maximaliste, ne représente plus à aucun degré un instrument de guerre.

Mais précisément parce qu'elle ne connaît actuellement aucune loi ni aucun frein, elle reste redoutable ailleurs que sur les champs de bataille. C'est ce dont se rend parfaitement compte le général von Arz, chef d'état-major austro-hongrois, quand il confesse à un rédacteur de l'Arbeiter Zeitung que cette armée « n'offre point de garanties suffisantes en ce qui concerne la possibilité des pillages et des maraudages que pourraient entreprendre certaines de ses fractions armées, organisées en bandes ».

Voilà au moins un hommî qui ne se fait aucune illusion sur la valeur des grandes phrases du « généralissime » Krylenko, et sait ce que vaut l'aune de la « discipline révolutionnaire », laquelle a commencé à se manifester par le pillage des caves du palais d'Hiver et l'assassinat des défenseurs de la Constituante. Que les Allemands n'aient qu'à passer à travers des

Lt-COLONEL ROUSSET

LES FAITS

Dunkerque. — La ville est survolée à trois reprises différentes dans la journée par des escadrilles allemandes; elle est en outre bombardée par des pièces de gros calibre.

Corps expéditionnaire portugais. — Un nouveau contingent vient d'arriver en France. Le gouvernement de Lisbonne affirme sa résolution de poursuivre la lutte contre l'ennemi commun.

Guerre aérienne. — Bombardement par les escadrilles britanniques des gares de Thionville et de Fribourg-en-Brisgau, des usines de la Badische- Aniline, et des cantonnements de Longuyon.

En Palestine, les aviateurs de l armée Allenby surprennent un corps turc d'environ 2 000 hommes en formation serrée près de Haoura, sur la route de Naplouse à Jérusalem; ils jettent une demi-tonne d explosifs au milieu des rangs, avant que l'ennemi ait pu prendre un dispositif de défense.

canons rouilles pour pénétrer sur le sol russe, soit. Mais quand ils voudront s'approprier ce qui s'y trouve, ils devront au préalable le mettre à l'abri des déprédations de millions de soldats avinés.

En somme, la réflexion mélancolique du général von Arz prouve que ce mili-

Sur les fronts. — Les communiqués des alliés ne signalent que des luttes d'artillerie et des coups de main locaux. La guerre aérienne, seule, reste très active et de nombreux combats se livrent entre les escadrilles des partis opposés.

En Italie. — Les villes de Trévise et de Mestre sont bombardées à plusieurs reprises par les avions autrichiens. « Les dommages les plus importants, dit le communiqué italien, ont été causés à trois hôpitaux de Mestre. »

En Palestine. — Echecs turcs dans la région de Tafileh, où les forces arabes du roi du Hedjaz enlèvent plusieurs postes fortifiés et battent les détachements expédiés en renfort.

En Arabie. — La voie ferrée du Hedjaz, si importante po tr l'armée turqje, est détruite par les Arabes sur plusieurs kilomètres de longueur, au nord e' au sud de Maan.

taire se fait 3e la situation une compréhension plus exacte que les philosophes de la Germania. Il est à craindre cependant qu'elle ne soit point goûtée en Allemagne, où les annexionnistes développent encore aujourd'hui des appétits de Gargantua.

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