RÉCUPÉRATION
(26 Janvier.)
A la bonne heure ! Le commissariat aux effectifs, constitué depuis un mois seulement, a déjà taillé dans le vif et montré que, quand on le voulait bien, l'embusquage pouvait être vaincu. Cette maladie honteuse se guérit par une thélapeutique fort simple et élémentaire, inais qui exige une application vigoureuse. On y avait apporté, jusqu'ici, beaucoup trop de ménagements.
Il y a donc un certain nombre de gens, indûment retenus à l'arrière, qui vont être maintenant dirigés à l'avant, où ils prendront place, suivant leur état physique, soit dans les tranchées, soit dans les services auxiliaires. Il y a des sanctions ordonnées contre les personnes qui, par indolence, négligence ou faiblesse, avaient favorisé ou laissé faire ces détournements de majeurs. Il y a enfin des pseudospécialistes employés dans les ateliers, où ils faisaient nombre, mais point figure, qui devront abandonner l'outil dont ils se servaient mal, pour en prendre un autre, qu'on leur apprendra en quelques jours à manier ; en sorte que les scandales contre lesquels nous nous sommes bien souvent élevés sans succès cesseront de nous offusquer. On parle même de poursuites judiciaires contre les fricoteurs et leurs parrains. Il n'y en eut jamais de plus justifiées.
Je ne sais encore quel sera le taux des récupérations ainsi effectuées. J'aime à croire même que, pour l'honneur de notre pays, il ne sera pas aussi élevé qu'on le croit. Mais qu'il s'agisse de centaines ou de milliers d'hommes, nous allons voir la fin d'une gageure contre le bon sens. Car, enfin, pour fabriquer des obus, les ouvriers tourneurs valent mieux que des clercs de notaire ou des comptables. Or, je me suis laissé dire que ces deux' dernières catégories étaient un peu trop largement représentées dans les usines, et la note ofiicielle qui nous est communiquée indique qu'on ne m'avait pas trompé.
Au reste, le mal que je signale n'est pas spécial à la France. Dans son premier article du Mornins Post, le colonel Repington afi&rme que 320 000 hommes sont indûment employés dans les industries militaires anglaises. C'est peut-être beaucoup ; mais y en eût-il seulement la moitié» que ce serait déjà trop. Je sais, au surplus, que mon excellent camarade et confrèr© aime à brandir les gros chiffres, afin d& mieux frapper les imaginations. Mettons donc, pour ne froisser personne, que le même mal sévit en Angleterre et en France;, et occupons-nous les uns et les autres de le» guérh*, puisque nous n'avons qu'une même volonté et un même but.
Lt-COLONFL RCUSFET
LES FAITS
Sur mer. — Un communiqué turc fait connaître que le croiseur Gœben rentre aujourd'hui dans la Corne d'Or. « // est tout prêt pour le service, ajoute le télégramme: les nombreuses attaques aériennes de l'ennemi n'ont causé que des dommages sans impor-. tance aux cheminées et au blindage. »
Le fait du départ du Gœben est confirmé par le corrvnandement britannique, mais il est probable que les avaries causées au croiseur par les bombes des avions anglais sont plus importantes que l'ennemi ne Veut le reconnaître.
L'Amirauté anglaise annonce le torpillage du transatlantique Andiana frappé par un sous-marin, au large de la côte irlandaise, en quittant les Iles Britanniques. Tous les passagers et hommes d'équipage sont sauvés à l'exception de deux marins et on réussit à maintenir le navire à flot et à le remorquer dans un port.
Front occidental. — En Champagne, nos détachements pénètrent à deux reprises dans les tranchées allemandes et ramènent des prisonniers.
En Italie. — Action offensive de nos alliés sur le plateau d'Asiago : attaque des positions autrichiennes du col dol Rosso et du mont di val Bella. Le mont val Sella est enlevé, mais les Austro-Hongrois réussissent à le reprendre dans une contre-attaque. L'ennemi cède pourtant sur plusieurs points et abandonne aux Italiens 1500 prisonniers parmi lesquels 62 officiers. La journée, au succès de laquelle les batteries françaises et britanniques ont largement coopéré, assure la sécurité des deux armées qui constituent l'aile gauche du front italien.
Sur mer. — Le sous-marin anglais E-14, envoyé dans les^ Dardanelles avec mission d'achever la destruction du Gœben, est arrêté et coulé à la pointe sud de l'entrée des détroits, devant Koumkalé.
Mais faut-il encore, comme le demande le colonel Repington, rappeler loo ooo hommes d'Asie Mineure? Ici, je ne me sens plus du tout d'accord avec lui, car je considère comme œuvre pie la besogne que font nos alliés dans ces lointaines régions. Et personne, j'imagine, ne voudra tenir pour négligeable le fait qu'ils retiennent là-bas au moins 300 000 Turcs que
le soultan Guilhoum et Hindenburg n'auraient pas mieux demandé que de nous jeter sur les bras.
Il ne faut jamais pousser aux extrêmes. A chaque jour suffit sa peine, comme dit l'Écriture. Remettons donc d'abord dans le rang ceux qui doivent y être, et nous n'aurons, pas plus de ce côté du détroit que de l'autre, perdu notre temps.