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LEUR TERREUR DE LA FLOTTE BRITANNIQUE

(27 Janvier.)

Les modifications qui ont été apportées au haut commandement de la flotte britannique inquiètent visiblement la Gazette ■populaire de Cologne. Elle y voit — et peut-être ne se trompe-t-elle pas — les indices d'un changement de méthode dans la stratégie navale d'un pays dont les forces, qu'elle connaît bien, sont telleiment supérieures à celles de l'Allemagne .que ces dernières n'ont jamais osé, jusqu'à -présent, affronter le combat. Et les consé- .quences du choc qui pourrait s'ensuivre lui inspirent des appréhensions dont elle a ;grand'peine à dissimuler l'acuité.

La feuille rhénane rappelle que lord Randolph Churchill a toujours été partisan de l'offensive dans la mer du Nord et que sa thèse est encore celle de plusieurs journaux anglais. L'un de ceux-ci, la Saturday Review, a étudié longuement la question, montrant que des techniciens, icomme l'amiral Fischer, jugeaient cette

offensive possible et qu'au surplus on lui avait donné, en décembre 1914, du côté de Cuxhaven, un commencement d'exécution.

Or, voici qu'aujourd'hui la campagne reprend. On nous dit que lord Churchill, dont la devise est : « Sus à l'ennemi ! » demande que l'on constitue avec les 200 vaisseaux de guerre britanniques deux flottes, l'une pour le combat, l'autre qu'il appelle « de risque ». Cette dernière serait chargée d'aller chercher l'ennemi dans ses repaires et de le forcer à en sortir, ou de l'anéantir. De la sorte, l'Allemagne serait réduite à une défensive absolue, et la guerre sous-marine arrêtée du coup.

Je n'ai pas les éléments nécessaires pour discuter cette conception, qui tranche d'une façon si complète avec l'attitude adoptée jusqu'ici. Je sais seulement qu'elle n'a point paru trop hasardeuse à des hommes qui ont, en fait de guerre maritime, beaucoup plus de compétence

U.COLONEL ROUSSET

LES FAITS

Front occidental. — Echec d'une tentative allemande sur nos petits postes du Schœnholz, en Alsace; l'ennemi laisse des prisonniers entre nos mains.

Les patrouilles britanniques attaquent et enlèvent un poste allemand au nord-est d'Haorincourt.

En Italie. — Développement de l'action offensive entamée hier par nos alliés. Les positions du col del Rosso et du mont val Bella, sont enlevées. « Nous avons dû les abandonner, dit le communiqué austroallemand, après une résistance héroïque. »

Guerre aérienne. — Un raid d'avions allemands SUT Londres a eu lieu au cours de la nuit et s'est prolongé pendant près de cinq heures, par une pleine lune et un ciel sans nuages. Il a fait 216 victimes.

En Finlande. — La guerre civile bat son plein: des forces imposantes de gardes rouges finlandais et russes se concentrent à Viborg et à Helsingfors. Elles sont bien armées et approvisionnées par Petrograd.

Front d'Italie. — Nos alliés continuent leur pression énergique au sud d'Asiago etàl 'ouest du valFrenzela : ils améliorent les positions conquises dan s les journées du 28 et du 29, Cl poussant légèrement au nord-est du col del Rosso.

Comité de guerre interallié. — Première réunion plénière à Versailles.

En Roumanie. — Une note officielle du gouvernement roumain fait cormattre que le gouvernement maximaliste de Petrograd a rompu les relations dip'omatiques avec la Roumanie, renvoyé au-delà des frontières les représentants diplomatiques et consulaires roumains, et enfin saisi le trésor roumain déposé à Moscou, au cours de la guerre, sur l'invitation formelle et avec la garantie du gouvernement russe. Les mesures dont ce dépôt est l'objet constitueraient entre particuliers un abus de confiance relevant du code pénal et qu'il faut dénoncer au monde civilisé.

que moi. Et il est évident qu'elle peut se défendre, puisqu'elle est jugée praticable par presque toute la jeune génération des marins anglais.

Mais je ne peux m'empêcher de signaler l'émoi qu'elle suscite dans le camp adverse. La part que la Gazette de Cologne lui fait dans ses colonnes indique suffisamment que, pour ce journal, elle est tout autre chose qu'un simple rêve ambitieux. Je remarque ensuite que ce même journal ne trouve à écrire que cette phrase banale : « Si les Anglais nous attaquent sérieusement dans la mer du Nord et sur nos côtes, la flotte allemande sera là pour leur répondre. » Alors pourquoi, cela étant, cette flotte n'at-elle jamais essayé de sortir des ports où

elle s'était volontairement embouteillée,, sinon pour aller tenter quelques coups faciles dans la Baltique, où elle savait que les marins russes, intoxiqués par le maximalisme, n'étaient guère à redouter?

Ce n'est point avec de pareilles bravades, qu'on peut écarter les dangers à venir. L'Allemagne ayant, sur les conseils de Tirpitz, employé depuis trois ans toute son activité à la construction de sousmarins, n'a point compensé l'infériorité numérique initiale de ses vaisseaux au regard de l'Angleterre. Et c'est pourquoi il ne lui plaît guère de voir celle-ci faire mine, même en courant certains risques, inévitables, de vouloir décidément s'assurer la maîtrise des mers.

UN ALLEMAND VÉRIDIQUE (28 Janvier.)

Il y a, paraît-il, en Allemagne, des gens qui ne se laissent point suggestionner par la fulguration de la prochaine offensive. Il y en a au moins un : c'est le député socialiste Scheidemann. « Même en supposant que des succès militaires se produisent, dit-il, nous n'obtiendrons pas la paix pour cela. » Il reconnaît donc que, dans la situation actuelle, ces succès, d'ailleurs éventuels, ne peuvent être décisifs. Nous sommes absolument du même avis.

Au reste, ce M. Scheidemann me paraît un homme assez clairvoyant. Il ne se fait d'illusions ni sur les chances d'une paix

sérieuse avec la Russie, ni sur la situation pitoyable de la Turquie. « Pour celle-ci, déclare-t-il, une solution doit être trouvée sans que l'Allemagne puisse être accusée de perfidie. » Et quant à la Russie, il opine que l'occasion de la mettre hors de cause a été perdue, puis affirme que les grèves d'Autriche-Hongrie ont été provoquées par le discours du général Hoffmann.

Je ne discuterai pas cette dernière appréciation, pour ne point m' engager sur un terrain purement politique. Mais, je ne peux m'empêcher de remarquer combien sont fondées les autres, celles.

Lf COLONEL ROUSSET

qui regardent la- Turquie et la Russie. Il est assez curieux d'entendre une voix s'élever en Allemagne pour dire, même à mots couverts, que l'empire ottoman a été sacrifié à des rêves d'hégémonie germanique. Il est tout aussi intéressant de noter au passage l'aveu des désillusions

consorts devant les plénipotentiaires germaniques, tandis que la guerre civile est allumée en Finlande et en Ukraine, tandis qu'on se bat à Helsingfors, à Viborg autour de Kharkow, et que l'armée roumaine, qui a pénétré en Bessarabie, est en train de cerner la capitale de cette pro-

(Cl. Botzung.)

Boucliers d'infanterie. Du sable est introduit entre les parois des roues à volet.

^prouvées sur le front oriental. Mais que faire avec un pays qui, refusant de se battre contre l'étranger, en vient à se déchirer lui-même? Essayer d'apaiser ses fureurs internes serait mettre le doigt entre l'arbre et l'écorce. Exiger de lui des garanties serait bâtir sur le sable. Il n'y a donc qu'une chose à faire: attendre. Or, c'est précisément ce à quoi des populations leurrées par tant de promesses, et qui souffrent cruellement, ne se résignent pas. Aucun gouvernement, fût-il maxiraaliste, c'est-à-dire poussé brusquement comme un champignon, ne peut traiter effectivement au nom d'un pays en pleine ébulUtion. Quelle figure feront Trotzky et

vince, Kichinew? L'Ukraine elle-même, qui veut faire bande à part et adresse aux Turcs des sourires, n'est même pas exactement délimitée. C'est le gâchis complet, ce gâchis dans lequel M. de Kuhlmann va plus profondément s'enfoncer en retournant à Brest-Litovsk.

En réalité, les tractations qui doivent rendre à la coalition germanique sa liberté à l'est et lui procurer, — du moins elle y compte, — quelques victuailles, sont loin d'être terminées. Et, même si elles devaient l'être bientôt, ce ne serait qu'en façade. Or pendant ce temps, le Japon jette sur toute cette affaire un œil qui ne semble pas complètement indifférent.

U-COLONEL ROUSSET

UN AVERTISSEMENT (29 Janvier.)

Une légère sourdine atténue, depuis quelques jours, le fracas des menaces d'offensive. Les journaux allemands, tout occupés de l'effervescence qui se manifeste dans nombre de villes, ont cessé, pour un moment, de nous prédire des cataclysmes auxquels eux-mêmes assurément ne croyaient pas. Les émeutes de Berlin — car il y a eu certainement des émeutes à Berlin, sur lesquelles on s'efforce de jeter le manteau du silence — paraissent avoir, au moins dans une certaine mesure, changé l'orientation des esprits, et ceux-ci s'inquiètent en ce moment beaucoup plus des événements russes et de l'agitation intérieure, que de la ruée tant de fois prédite sur Nancy, Calais ou Reims.

Il ne faudrait pas croire toutefois que nous soyons quittes de prochaines aventures. Une attaque à grand orchestre s'impose aux Allemands, pour des raisons à la fois militaires et politiques. Elle se produira tôt ou tard, avec des moyens accrus sans doute par la trahison maximaliste, mais certainement inférieurs à ceux que l'on avait d'abord espéré réunir. Nous avons connu d'autres crises, peut-être plus redoutables : celle de la Marne, celle de l'Yser, celle du Grand- Couronné, car nous n'avions pas, à cette époque, la force matérielle dont nous disposons aujourd'hui. Seuleme it, nos soldats étaient valeureux et lei rs chefs

solides. Or les uns et les autres sont toujours là, avec un bouclier renforcé.

C'est ce dont paraît très judicieusement se rendre compte le rédacteur militaire de la Neue Frète Presse de Vienne, lequel se montre réfractaire aux illusions dont se nourrissent beaucoup d'autres. « Quand on envisage la réalité avec toutes les ressources de l'art du calcul, dit-il, il semble qu'on doive se dire : une percée est impossible sur le front franco-anglaiâ, constitué comme il l'est. Et cependant, rien n'est impossible au génie. » Cette dernière pensée est j uste, mais la première constatation l'est au moins autant, et elle possède une valeur plus concrète, parce que le génie ne court point les rues, même lorsque y déambule le f eld-maréchal Hindenburg.

Serrant ensuite sa discussion, le même écrivain déclare qu'avant d'obtenir quelque résultat que ce soit, il faut au préalable enfoncer un front large de vingt à vingtcinq kilomètres et profond de quinze au moins. « Un gain aussi considérable n'a jamais été obtenu encore », dit-il. Ce n'est peut-être pas absolument exact. Mais je ne le chicanerai pas, voulant tout de suite en venir à cette conclusion qui est irréfutable : « Encore faut-il au début une supériorité relative en hommes et en matériel, et le facteur <t surprise >>, qui dans un tel cas joue un rôle presque prépondérant, voit

(Cl. Meurisse. )

Pièce d'artillerie de gros calibre amenée sur le front britannique.

Li.COLONEL ROUSSET

ses chances diminuer de jour en jour. » Pour cette fois, je me déclare absolument d'accord avec la Neue Freie Presse, dans les colonnes de laquelle je retrouve aujourd'hui ce que j'ai écrit bien souvent. Mais il faut convenir que la feuille autri-

chienne n'est guère encourageante pour les gens qui seront chargés d'ouvrir la fameuse brèche. Ceux-ci trouveront peutêtre désagréable de s'entendre dire, au moment d'entamer une affaire aussi capitale, qu'ils ont tous les atouts contre eux.

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