VICTOIRE RUSSE EN GALICIE
(3 Juillet.)
Tandis que les troupes britanniques continuent patiemment à déborder les abords méridionaux de Lens, nos soldats contiennent avec vaillance les attaques forcenées que les Allemands déchaînent contre leurs positions, tantôt en Lorraine, tantôt en Champagne. Hier, ils ont, par une vigoureuse contre-attaque, refoulé l'ennemi au delà des tranchées complètement nivelées qu'il avait un moment occupées au prix de très gros sacrifices, et d'une façon fort précaire, car elles ne
lui offraient plus ni protection ni abri.
I^es crêtes que nous avons conquises lors de la dernière offensive, nous restent donc, contre vents et marées. Voilà près de deux mois, ne l'oublions pas, que le kronprinz fait des efforts immenses pour les reconquérir, et qu'il n'y parvient pas.
Les nouvelles du front russe sont plus intéressantes encore. Cette fois, il semble bien, en effet, que nos alliés soient rentrés en action, ainsi que les dernières dépêches le faisaient pressentir.
Carte de la ville de Lens et de ses faubourgs.
U-COLONEL ROUSSËT
29 JUIN (suite)
LES FAITS
En Grèce. — Le gouvernement hellénique a fait transmettre à son ministre en Suisse, M. Caradja, avec mission de les communiquer aux légations royales de Berlin, Vienne, Sofia et Constantinople, des instructions aux termes desquelles les relations diplomatiques sont rompues entre le royaume de Grèce et l'Allemagne, r Autriche-Hongrie, la Bulgarie et la Turquie.
La reconstitution de l'unité hellénique ne permet pas au gouvernement royal d'entretenir plus longtemps des relations avec des états dont les troupes ont porté la guerre sur le territoire du royaume.
Les ministres qui représentent la Grèce auprès de l'Allemagne et de ses alliés sont invités à quitter leurs postes avec le personnel et à remettre leurs archives aux représentants des Pays-Bas.
En Angleterre. — M. Lloyd George déclare que la Mésopotamie et l'Arménie ne pourront jamais êtr* replacées sous le joug dévastateur des Turcs.
Au nord de l'Aisne. — La lutte a continué pendant la nuit au nord-est de Cemy : les Allemands ont lancé sur la Bavette deux fortes attaques accompagnées de jets de liquide enflammé et ils ont pu prendre pied dans un saillant complètement nivelé par le bombardement.
Sur la Meuse. — Dans ce secteur aussi, la nuit a été très mouvementée. L'ennemi a pénétré dansnolre première ligne sur un assez large front et nous ne TaVons refoulé qu'en partie, après des alternatives diverses d'avance et de recul.
Front britannique. — La pression anglaise se fait de plus en plus forte autour de Lens. Nos alliés ont mon '. pu pénétrer hier un moment, dans la rue principale de la ville, mais arrivés là, ils se sont trouvés dans une zone battue par des feux de flanquemenl terribles et ils ont été obligés de se replier. La lutte prend dans ce secteur un caractère d'extrême acharnement.
Ils ont même débuté par un coup de maitre. Broussiloff, en effet, a fait attaquer, depuis Loutsk jusqu'à la route de Brzezany à Tamopol, les Turco-Austro- AUemands, et leur a infligé une double défaite en leur prenant plus de 8 ooo prisonniers, dont 164 officiers.
Depuis plusieurs jours, l'artillerie moscovite tonnait presque sans interruption sur tout le front, au point que les bulletins de l'ennemi laissaient percer une certaine inquiétude. Dimanche i^r juillet, tandis que, dans la région de Loutsk, les tranchées allemandes étaient assaillies et nettoyées, malgré la trahison de deux misérables, une large offensive se dessinait plus au sud, à l'est de Brzezany, et les Russes, enlevant d'un coup trois lignes de défense avec le village de Koninchi, poussaient jusqu'à la rivière du même nom, petit affluent de la Strypa.
Les communiqués allemands ont de la peine à encaisser cette défaite. Ils ergotent, en disant que « la poussée des masses russes a été enrayée sur une position d'arrêt préparée d'avance ». Mais ils sont obligés d'avouer que la lutte a été terrible et que seize divisions russes se sont jetées sur eux, par vagues d'assaut successives. Le reste de leur récit est vague et quelque peu embarrassé.
En réalité, le prince Léopold de Bavière , bien que prévenu depuis quelque temps par la canonnade, ne s'attendait pas à ce coup vigoureux et l'a paré assez mal. Pour nous, qui voyons là le réveil attendu des vaillants soldats devant qui les hordes tudesques reculaient si piteusement l'année dernière, nous envoyons à ces braves nos félicitations fraternelles, pour ce rétour brillant à leur ancienne et vigoureuse ardeur.