COMPLICATIONS EN RUSSIE
(19 Février.)
La menace faite par les Allemands de reprendre les hostilités le i8 février à midi cause à Trotzky un certain malaise. Il pro-
teste, en ergotant sur les mots. Il répand en Allemagne des manifestes disant au peuple qu'on le trompe. Mais il n'en fait pas moins
(Cl. Beaufrère.)
Installation rapide de fils téléphoniques, sur le front français.
t-COLONEL ROUSSET
décréter par son sous-verge Kryleiiko la démobilisation générale. Est-ce une comédie ou le fait de l'imbécillité?
Il est évident que les troupes de von Eichhorn peuvent, s'il leur plaît, pousser jusqu'à Revel et même jusqu'à Petrograd sans rencontrer de véritable résistance, tandis que l'archiduc Léopold mettrait — ce qui sera peut-être un peu plus difficile — l'Ukraine à la raison. Tel est, en effet, paraît-il, le programme de « l'opération de nettoyage » qui se prépare. Ce n'est point l'armée rouge qui pourra l'empêcher.
Celle ci se compose uniquement de bandes indisciplinées et tumultueuses, qui s'égrènent et s'égaillent en tous sens.
Trotzky, donc, quand il se retourne, ne voit rien derrière lui, que des cohues, et sans doute, s'il n'est pas complètement gagné par l'or allemand, il doit regretter l'aberration qui lui a fait démolir l'ancienne puissance russe à coups de sophismes et d'inqualifiables abandons. Mais, qu'il soit sincère ou non, il lui est impossible de se reprendre. Certains courants ne se remontent pas, et celui auquel il a ouvert les
écluses pourrait bien, tôt ou tard, finir par l'engloutir.
De cela, nous n'avons cure. Une seule chose nous intéresse, c'est que nos ennemis vont être derechef obligés de s'embarquer dans une affaire qui, si elle ne présente pas beaucovip de difficultés d'ordre militaire, exige en tout cas le maintien de forces importantes sur le front oriental, et la création d'une nouvelle ligne de commuïQcation fort longue. Trouveront-ils là une raison de retarder encore leur offensive contre nous? Il est impossible de le dire. Mais si cela est — sur quoi nous devons être bientôt fixés — nous serions impardonnables de ne point profiter de l'aubaine et de demeurer trop longtemps dans un état d'inaction qui permettrait à l'Allemagne de liquider complètement la question russe, en recouvrant ainsi son entière liberté d'action.
On a déjà, de notre côté, laissé échapper tant de bonnes occasions que l'on n'aplus le droit de négliger celles qui se présentent. Je suis bien certain que le comité de Versailles est du même avis.