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DU FRONT ORIENTAL AU COMITE DE VERSAILLES

(18 Février.)

Je ne sais jusqu'à quel point il faut tenir pour vraies les nouvelles d'après lesquelles la terreur régnerait en Esthonie et en I.ivonie, pays que les Allemands, avec leur manie de germaniser tous les noms propres, appellent déjà l'Estland et leLivland. Il se pourrait fort bien que les truculents détails donnés par le Lokal A nzeiger sur ce su j et horrifique n'aient d'autre but que de préparer l'opinion publique à une reprise des hostilités, qui paraît inévitable. L'Allemagne entend — et peut-être y est-elle contrainte — ■ couper à la Russie toute communication avec la Baltique. Elle veut aussi empêcher les maximalistes de la priver des

bénéfices à elle octroyés par la bénévole Rada de Kiew. Ainsi la force des choses rétablit l'état de guerre, que l'on se vantait, avec trop de précipitation, d'avoir supprimé.

Nous apprenons, d'autre part, que Mackensen a prorogé jusqu'au 22 février l'ultimatum envoyé à la Roumanie. C'est là une preuve convaincante des embarras que suscite la situation de l'Ukraine et des obstacles qu'elle apporte, comme je le disais hier, à toute opération décisive contre nos héroïques alliés. Si l'on ajoute à cela que la Pologne est en pleine révolution, on s'explique la réPexion mélancoliqvie du

Jeune fermière sur un chemin aux abords de Kief.

A Petrograd : Manifestatîi

photographie «ows reporte aux premiers Jours de la révolution russe, qt

-sses populaires manifestaient en faveur de la liberté. Nul chef capable ht

diriger ce peuple gui, brusquement, passa de l'autocratie absplue à la c'omi

en l'honneur de la Révolution

anarchie, ni lui faire atteindre un seul des buts pour lesquels il s'était révolté. L'armée ne voulait plus se battre : elle eut ta guerre civile. Les citoyens demandaient leur indépendance : Lénine et Trotsky, stipendiés du kaiser, les asservissent à V Allemagne.

Lt-COLONEL ROUSSET

Vorwarrts, quand il dit que « les beaux jours de l'amitié germano-polonaise sont passés et que la Roumanie sera la première à bénéficier de l'état chaotique actuel ».

Tandis que, comme on peut s'en apercevoir, les affaires s'embrouillent de plus en plus sur le front oriental, ici une petite révolution, d'ailleurs très calme, s'est produite dans le haut commandement britannique. Sir William Fobcrtson, chef de l'État-maj or impérial, adonné sa démission et est remplacé par le général sir Henr)' Wilson. [/événement était depuis quelque temps prévu et, bien que, lorsqu'il s'agit d'un pays ami, les questions de personnes ne se prêtent qu'à un examen très circonspect, celle qui surgit aujourd'hui ne sscurait nous laisser indifférents, car ce sont les principes eux-mêmes, et les plus impérieux de tous, qui sont en jeu.

On sait comment l'article écrit, dans le Morning Post , par le colonel Repington a mis le feu aux poudres. Il a paru, à tort ou à raison, soufflé par le chef d'état-major général. Il contenait, en tout cas, des informations un peu trop précises sur la conduite

et les plans supposés des opérations militaires, lesquelles, parce qu'elles aboutissaient à des conclusions antinomiques avec l'unité de direction que le comité de Versailles est chargé d'appliquer, pouvaient passer pour inspirées par un adversaire de celui-ci en position de connaître les choses. Son auteur est traduit devant lajustice, et le général Robertson quitte ses fonctions.

C'est dans l'ordre,, encore que personne ne puisse voir disparaître sans regret, fût-ce même momentanément, un homme de la valeur du général Robertson.

Mais, je l'ai dit déjà, les hommes ne sont rien au regard de certaines nécessités qui s'imposent. Il n'en est pas de plus impérieuse, à l'heure actuelle, que la communauté de pensées entre alliés et la liaison étroite de tous leurs efforts. Un organe essentiel, le comité de Versailles, est spécialement chargé de nous donner l'une et l'autre. Il faut donc qu'il puisse agir en toute indépendance et en toute autorité. Et c'est bien là, je n'en doute pas une seule minute, l'opinion du général sir Henry Wilson.

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