‹ La Guerre au jour le jourChapitre 271 sur 360 · EN ORIENT · texte numérisé non relu

EN ORIENT

(24 Février.)

La prise de Jéricho ne peut évidemment passer pour un événement militaire de premier plan. Cette ville célèbre, dont les trompettes de Jcsué firent autrefois crouler les murailles, n'est plus aujourd'hui qu'une bourgade, dont l'importance stratégique ne dépasse pas celle d'une médiocre position dans la vallée du Jourdain. Mais puisqu'elle a cédé à de simples éléments de cavalerie, lesquels ont pu, sans presque subir de pertes, s'établir plus au loin non seu-lement sur le fleuve, mais à l'ouest, sur les contreforts des montagnes de Judée, cela prouve que, depuis la perte de Jérusalem, qui remonte au 9 décembre dernier, les Germano-Turcs n'ont pu ni organiser des défenses sérieuses, ni rétablir complètement leur moral ébranlé.

Les Ottomans seraient, dit-on, assez mécontents des Boches, auxquels ils se sacrifient et qui, dans la personne du général de Falkenhayn, ne leur ont apporté qu'un secours insuffisant. Le torchon brûle, dit-on, entre celui-ci et Djemal pacha, gouverneur de Syrie, et peut-être y aurait-il là une situation à exploiter diplomatiquement. Quoi qu'il en soit, la nouvelle avance de nos alliés a pour avantage immédiat de fortifier leur situation à Jérusalem, et, en élargissant celle-ci, de donner une base plus

solide aux offensives ultérieures. Quand le général Allenby se sera installé sur les collines qui courent à l'ouest du Jourdain, jusqu'à Naplouse, — et cela ne semble plus devoir beaucoup tarder, — il n'aura qu'à étendre le bras vers Jaffa pour s'emparer d'un des points les plus importants de la côte de Syrie et se procurer ainsi une base navale qui lui permettra de pousser rapidement de l'avant dans le nord.

Faut-il maintenant parler encore de la malheureuse Russie, qui s'enfonce chaque jour un peu plus dans l'opprobre et la désorganisation? Les nouvelles que nous en recevons sont lamentables, mais, hélas ! elles ne nous étonnent pas. Pouvait-on attendre quelque chose des opiniâtres et ineffables rhéteurs qui s'imaginaient arrêter la ruée allemande en se croisant les bras et en ne lui opposant que des manifestes boursouflés? Un verbe plus ou moins sophistique n'a jamais balancé la puissance des canons, et, pour s'être entêtés dans leur verbosité puérile, les fantoches maximalistes devront très probablement se résigner bientôt à subir des conditions de paix beaucoup plus dures que celles qu'ils avaient cru pouvoir esquiver. S'ils ne sont point des complices, ce sont du moins de bien dangereux déments.

Lt-COLONEL ROUSSET

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