L'ARMÉE ALLEMANDE AVANCE DANS LA DIRECTION DE PETROGRAD
(23 Février.)
Les'' Allemands marchent délibérément sur Petrogradpar trois directions convergentes, suivant exactement les voies ferrées de Revel, de Riga et de Vitebsk.
Dans le même temps, Linsingen, débouchant de Loutsk, s'est emparé de Rovno, où il a trouvé un copieux matériel complètement abandonné, et il avance maintenant vers Kief, dont la Rada, tendant les bras à l'ennemi, promet de marcher avec lui contre les maximalistes du nord.
En présence de cette situation tragique, le comité des soviets, sortant de son aveuglement ou feignant d'en sortir, se décide à une manifestation d'énergie infiniment tardive et qui n'est encore que de la parlote, faute de pouvoir être de l'action. 11 a publié un manifeste, chef-d'œuvre de logomachie pompeusement creuse, où l'outrecuidance le dispute à la lâcheté. On y trouve des phrases comme celle-ci : « Nous sommes prêts à accepter une paix même asservissante », que jamais gouvernement, fût-il issu de l'émeute, n'avait encore osé prononcer, et, un peu plus loin, l'appel à la résistance avec l'annonce d'une restauration sévère de la discipline dans un pays qui se dissout et ime armée qui n'existe plus. La souris fait triste mine, quand elle est griffée et mordue pour avoir voulu jouer avec le chat.
Où tout cela mènera-t-il ? A rien, très probablement. Une dépêche de Petrograd annonce que les Russes (quels Russes?) se concentrent aux environs de Vitebsk dans l'espoir d'arrêter la marche des ennemis. Elle dit aussi que des unités formées de gardes rouges et d'ouvriers vont assurer la défense « désespérée » de Petrograd, dont les abords sont fortifiés en hâte. Tout cela s'appelle reculer pour mieux sauter. On ne se remet point au combat après avoir brisé ses armes, et jeté bas son bouclier.
La sainte Russie, pour s'être abandonnée aux mains d'une coterie d'arlequins sinistres, est condrmnée aujourd'hui à une capitulation ignominieuse, mais fatale, que toutes lès phraséologies du monde ne pourront empêcher. Seulement, ni l'Allemagne, ni l'Autriche n'en ont encore fini, peut-être, avec ses derniers soubresauts, et c'est là surtout ce qui nous intéresse. Le Berliner Tageblatt n'a pas tort quand il écrit : « Nous devons renoncer complètement à l'espoir de tirer de la Russie, dès la réouverture de la frontière, les grandes quantités de comestibles et de matières premières, dont nous avons besoin. » Or, tout le monde sait parfaitement que les empires centraux ne cherchaient que « la paix de la faim » quand ils payaient si grassement les bolcheviks.
U-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
En Belgique. — Echec de nouvelles tentatives faites par l'ennemi vers le bois du Trapèze, dans la région de Merkhem: les troupes belges les accueillent par des feux si nourris que l attaque est aussitôt brisée.
Venise. — Une escadrille d'avions austro-allemands survole la ville et jette ses grosses bombes tout le long du grand canal où il n'y a pas d'établissements militaires mais où se dressent de magnifiques palais
En Russie. — Les colonnes allemandes poursuivent leurmarche : ^ŒnEsthonie.ditlecommuniquéallemand, nos troupes avancent vers l'est; en Livonie, nous avons occupé Walk; en Ukraine, nos troupes qui s'avancent au sud de Loutsk, ont atteint Dubno. »
Sur mer. — Le ministre de la Marine fait connaître que le sous-marin français Bernouilli, parti en croisière il y a quelques jours, n'est pas revenu à sa base. Le Bernouilli était un frère du Curie, pris dans les filets de Pola, et du Monge coulé dans l'Adriatique.
Chemin des Dames. — Un détachement américain accompagné d'une patrouille française, et placé sous commandement français, pénètre dans les lignes allemandes sur plusieurs centaines de mètres et rame le des prisonniers dont 2 officiers, avec une mitrailleuse.
Allemagne et Russie. — Le courrier du gouvernement maximaliste, envoyée Dvinsk le ]9 février avec le texte du télégramme de capitulation de Lénine et de Trotzky, a été dirigé sur Berlin. Il en revient avec l'indication des conditions de paix imposées par l'Allemagne et que la Russie doit accepter intégralement dans 'un délai de quarante-huit heures après leur réception. Le document, signé de M. von Kiihlmann, est daté du 21 février.
La marche des colonnes allemandes en Russie n'est d'ailleurs pas arrêtée et le communiqué allemand signale leur arrivée aux portes de Reval, à Ostrof, Borissof et sur la Voie ferrée Kovel-Kief.