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LA PROBABLE OFFENSIVE

(25 Février.)

Bien que Trotzky eût fait mine un moment de demander secours à la mission française, — geste qui aurait gagné en sincérité à être fait avant qu'apparût la désorganisation totale à laquelle le ministre bolchevik a si largement coopéré, — ■ il était évident que les commissaires des soviets feraient fléchir leur rigidité d'attitude plus ou moins affectée quand les Allemands les inviteraient à négocier. Ces personnages protéiformes ne nous inspiraient plus aucune confiance. Ils étaient comme des pantins entre les mains des négociateurs tudesques, qui veulent tout simplement tirer de la Russie.et le plus tôt possible, ce qui leur est devenu indispensable.

L'ennemi a maintenant les mains libres pour réaliser les intentions agressives qu'il nourrit contre nous. Sans doute, l'Allemagne se trouvera encore aux prises avec des difficultés qui peuvent durer assez longtemps. Mais elle n'attendra pas que ces difficultés soient vaincues pour nous attaquer. Du moins, les concentrations de troupes et de matériel qu'elle a effectuées devant le front occidental doivent nous mettre en garde contre l'erreur d'un répit trop prolongé.

J'ai eu déjà l'occasion de dire que, cette fois, Hindenburg ne recommencerait pas la faute si chèrement payée de Verdun.

Sans avoir précisément le génie qu'on lui prête, il est tout de même un autre homme que le kronprinz, et ne dédaigne point les leçons de l'expérience. Il attaquera donc, non plus dans un entonnoir corime son jeune futur maître, mais sur un large front, et en visant plusieurs objectifs à la fois. Ce qui ne veut pas dire que l'effort soit égal partout. Je crois au contraire que la ruée se fera plus opiniâtre et plus violente dans la direction supposée la plus favorable à la réalisation de certains espoirs stratégiques qui ne sont pas complètement abandonnés, tels par exemple que la route de Calais. Les organisations préalables paraissent même arrangées pour cela. Mais, comme a dit Bossuet, « le plus grand dérèglement del'esprit est de croire que les choses seront, parce qu'on veut qu'elles soient ». Et il faudra compter avec des précautions beaucoup plus complètes que celles, si manifestement insuffisantes, qui, le courage des soldats et l'énergie des chefs aidant, ont autrefois dispersé l'ouragan de l'Yser.

Je ne me lasserai jamais de répéter que les véritables facteurs de la victoire sont, non point le nombre ni la puissance des engins de meurtre, si redoutables qu'ils soient, mais la surprise et la force morale. Or, la surprise n'existe pas pour nous, et la force morale nous l'avons. Alors, attendons.

IJ-COLONEL ROUSSET

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