SUR LE FRONT OCCIDENTAL SE FERA LE DENOUEMENT
(26 Février.)
Les bolcheviks ont signé la capitulation à la fois la plus complète et la plus honteuse que connaisse l'histoire. Ils ont tout livré, d'un coup, les peuples qu'ils prétendaient défendre et l'honneur dont ils font bon marché. Tel est le dénouement malheureusement inévitable d'un règne dont' on ne peut dire s'il fut une explosion de démence ou un acte prémédité de trahison.
Ayant tout détruit par leur action criminelle ou imbécile, les Lénine et les Trotzky, successeurs de cet autre incapable qui s'appelle Kerensky, n'avaient plus, pour s'appuyer, que des phrases. Ils en reconnaissent aujourd'hui la décevante futilité. C'est, pour eux, un désastre, pour nous une lourde aggravation des difficultés à prévoir. Si mesurées que puissent être, en effet, les ressources que les empires centraux vont tirer de la Russie subjuguée, il n'en est pas moins évident qu'une large fissure s'est produite dans l'encerclement économique qui faisait une partie de notre supériorité.
Je dis une partie, parce que cette supériorité, entamée sur un point, peut encore et doit s'affirmer sur d'autres. D'abord, l'Allemagne n'en a peut-être pas encore complètement fini avec les" complications d'ordres divers qui surgiront de ces conventions imparfaites. Un traité ne vaut que par
son exécution, et celle-ci, dans un pays aussi désorienté que la Russie, risque de ne pas s'effectuer sans incidents. Que von Eichhorn aille ou non à Petrograd et Linsingen à Kief, il faudra tout de même ramener de fort loin des denrées ou des matières premières dont le récolement semble devoir être assez malaisé. Nous allons voir maintenant comment on s'en tirera, et si la rigueur implacable qui caractérise la manière prussienne tient réellement le triomphe qu'elle a cherché par des moyens dont, il faut bien le dire, nous avons trop complètement méconnu l'emploi.
Au surplus, ce triomphe serait tout à fait éphémère, s'il n'était complété et consacré par une victoire sur le front occidental. C'est là seulement que se produira le dénouement de la grande querelle qui divise le monde en deux camps, celui de la justice et celui de l'iniquité. Or, ici, les forces tudesques vont avoir affaire à tout autre chose qu'à des gardes rouges ou à des soldats débandés. Elles se heurteront à des défenses qu'ime assez longue période d'accalmie a permis de solidifier, de compléter et d'étendre, à un matériel puissant, scientifiquement exploité, à des hommes qui sont tous résolus à secouer la brutale étreinte d'une nation de proie, enfin à un commandement maître de lui, affermi par
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Carte partielle de Palestine : Kébron, Jérusalem, Jéricho.
U-COLONEL ROUSSET
l'expérience, et dont les décisions, lentement mûries, seront indivisibles, en doctrine et en fait.
Dans ces conditions, qui pourrait perdre
confiance en l'issue fatale? Et qui oserait considérer comme définitives les emprises que le peuple russe, en désertant devant l'ennemi, a laissé faire dans sa chair?