MOYENS DE DEFENSE
(13 Mars.)
Cette fois, les pirates allemands n'auront point accompli leur hideuse besogne sans laisser quelques plumes de leurs ailes. Quatre appareils ont été abattus ou contraints d'atterrir. Cela, évidemment, ne compense point le sang inutilement versé, mais doit montrer à nos sauvages adversaires que la prof ession d'assassins nocturnes n'est pas absolument de tout repos. Quant au moral de la population, il n'est pas et ne sera pas ébranlé par la répétition de ces incursions meurtrières. Paris est fier de prendre sa part des périls et des douleurs de ceux qui le défendent avec tant d'abnégation et de tranquille héroïsme, comme a fort bien dit le président du conseil municipal. Il n'en faut pas moins redoubler de précautions et accumuler les moyens de défense. Les tirs de barrage intensifs ont démontré leur efficacité, en empêchant les avions ennemis de suivre la route qu'ils voulaient. Il faut encore quelque chose de plus, et je persiste à croire, dans cet ordre d'idées, que des réseaux de fil de fer, soutenus et tendus par des ballons captifs, constitueraient un expédient profitable. Il en a été suffisamment parlé pour que je n'y revienne pas. Je rappellerai seulement
que le procédé a été employé avec succès à Venise et que si, à la vérité, la périphérie de Paris est beaucoup plus considérable que celle de la ville italienne, il suffirait de barrer, de la façon que je viens de dire, les secteurs sur lesquels doivent nécessairement apparaître les vautours. On comprendra de reste, je pense, que ce sujet ne peut être traité qu'avec beaucoup de discrétion, et c'est pourquoi je laisse à ceux que la question regarde directement le soin de l'examiner à fond.
Un autre moyen existe encore, devant lequel les Allemands n'ont point reculé et qu'ils nous donnent ainsi le droit d'employer nous-mêmes, encore qu'il répugne à nos sentiments de générosité. C'est d'enfermer quelques milliers de prisonniers boches, y compris les plus reluisants, dans des camps installés aux abords septentrionaux de la capitale. J'entends d'ici les personnes sensibles se récrier ; mais tout en rendant hommage à leur humanitarisme un peu falot, je me permets de leur rappeler que charité bien ordonnée commence par soi-même et que la peau du moindre de nos compatriotes vaut tout de même mieux, pour nous, que celle du plus huppé des
Dans une cave-abri, pendant un raid nocturne.
(Cl. Meurisse.)
LiCOLONEL ROUSSET
junkers. La barbarie allemande ne connaissant ni frein ni. limite, nous n'avons plus aucun scrupule à sauvegarder. Quelqu'un me disait l'autre jour qu'il serait fâcheux de voir s'effondrer sous nos coups la cathédrale de Cologne. Eh bien ! mais, et celle de Iveims?
Attendons-nous à ce que, se sentant exposés à la culbute lînale, les fils des Teutons mordent et frappent avec la fureur du fauve traqué. En ce moment, notre impassibilité les déconcerte. Ils cherchent visiblement à nous impres-
sionner, pour nous déterminer à des actes offensifs dont ils savent bien que l'issue sera fort aléatoire. Nous entendons au contraire leur en laisser l'initiative et, pour des raisons de haute philosophie militaire, les obliger à tirer les premiers. C'est une tactique parfaitement justifiable, et qui a, dans l'Histoire, d'heureux précédents. Seulement, pour qu'elle soit entièrement profitable, il faut qu'elle ait comme corollaires d'abord une préparation bien complète, puis une attitude qui accuse autant de décision que de fermeté.