RÉPERCUSSIONS ATTENDUES
J.e kronprinz allemand comprendra-t-il, après la leçon magistrale qui vient de lui être infligée, que toutes ses tentatives de récupération sont vaines, et que, pas plus devant Verdun que sur le Chemin des Dames, il ne parviendra à nous ébranler?
Sa dernière attaque était montée suivant tous les rites. Elle embrassait un front de 17 kilomètres. Elle était exécutée par des bataillons éprouvés, qu'émaillaient des troupes spéciales tout récemment créées et dressées pour l'assaut. Les liquides enflammés jetaient leurs cascades infernales, au moins devant nos tranchées de la cote 304. C'était de quoi, cette fois, donner aux fâcheux événements de Galicie un contre-poids décisif. Du moins on y comptait. Et l'on n'a rien obtenu, ni un prisonnier, ni un pouce de terrain 1 Les Allemands ont même perdu — en dehors de leur programme — im petit saillant très fort qui pointait dans l'est de Cerny.
Le kronprinz doit regretter d'avoir ainsi sacrifié autant de pauvres diables à la poursuite d'un objectif qui se dérobe perpétuellement. Je sais bien que, depuis Verdun, il est habitué aux coups du sort. Mais celui-ci doit lui être particulièrement pénible, parce qu'il le frappe en un mauvais
moment. Bientôt, sans doute, Hindenburg aura besoin de lui reprendre quelques-uns de ces régiments de choix qu'il lui avait prêtés avec l'espoir d'en voir faire un meilleur usage. Et comme il en a le pressentiment, il se montre fort pressé de les utiliser. Mais en quel état les rendra-t-il, quand le dégarnissement commencera?
Celui-ci, je crois, ne saurait beaucoup tarder. Les Russes ont ouvert, dans la direction de Lemberg, deux brèches larges chacune de cinq kilomètres et profondes de trois. Les journaux allemands déclarent qu? les troupes de la coalition sont en présence de forces cinq ou six fois supérieures. Mettons qu'ils exagèrent, pour excuser leurs revers. Mais voyons-y la preuve d'une vive inquiétude et d'un désarroi si évident, qu'Hindenburg a cru devoir accourir en hâte pour donner un peu de réconfort au prince de Bavière et au comte Bothmer. « Les luttes engagées, nous dit-on, peuvent être considérées comme les plus graves de toutes celles qui se sont livrées non seulement en Galicie, mais sur tout le front oriental. »
Or, elles ne font que commencer. Attendons-nous donc, quand elles battront leur plein, à ce qu'elles aient ici une soudaine et profonde répercussion.
LlCOLONEL rousset
LES FAITS
Sur le front. — Les communiqués ne signalent que des actions de détail et des duels d'artillerie.
Les troupes américaines en France. — De nouveaux débarquements ont eu lieu à plusieurs reprises depuis le 25 juin. « Dans un but de commodité, dit M. Daniels, secrétaire d'Etat delà marine américaine, les expéditions se font par groupes de transports, chaque groupe étant protégé par une escorte : il y a eu plusieurs attaques de sous-marins et la première s est produite le 22 juin à ]0 h. 30 du soir, dans une partie de l'Atlantique où on ne devait pas s'attendre à rencontrer l'ennemi; le combat fut long et dur et nous avons la certitude d'avoir coulé au moins undes sousmarins; une autre attaque a eu lieu quelques jours plus tard,scmsplus de succès pourl'ermemi.Toute la nation se réjouit de ce que lavant-garde des armées qui vont combattre en France eût échappé è ce grand péril. »
En Champagne. — Opérations de détail au mont Haut et à l'est du mont Cornillet où nos troupes améliorent leurs positions.
En Russie. — Après une accalmie dedeux jours, la bataille reprend avec violence en'^Galicie entre la Zlota-Lipa et la Strypa, en même temps que dans la région au sud de Staniilau. La lutte est très meurtrière et les positions disputées passent^ de main en main.
Sur mer. — Le département d'Etat de la marine américaine annonce que le vapeur Orléans a été coulé : le navire dont l'arrivée à Bordeaux, le 26 février avait été fêtée avec enthousiasme, a été certainement viséd'une façon particulièrepar l'ennemi ; aprèsladiiparition du bâtiment, le sous-marin fait le tour des ccnots où l'équipage s'est réfugié pour tâcher de découvrir le capitaine ; il n'y parvient heureusement pas.