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EN GALICIE, LES RUSSES ELARGISSENT LEUR TROUÉE

(5 Juillet.)

On dirait que l'ennemi se dépêche de chercher ici quelque avantage dont il pourrait se targuer avant d'être obligé de se retourner contre les Russes. C'est ainsi que, mardi soir, il a lancé contre l'ensemble du Chemin des Dames une série de larges attaques, continuées pendant toute la nuit et menées à grand orchestre. Naturellement, les nouvelles troupes spéciales d'assaut, dont j'ai indiqué précédemment la composition et le rôle, y ont pris part. Mais il ne semble pas •qu'elles fassent beaucoup mieux que les autres, ni qu'elles réussissent là où les dernières échouaient. Les complications plus ou moins subtiles que les Allemands apportent à leur organisation militaire ne changent pas pour eux la face des choses. Ils ne nous enfoncent pas, ils ne nous ébrèchent pas : ils ne passent pas. Mais leurs cadavres jonchent les collines témoins de leurs infructueux efforts.

Quant à la bataille russe, elle se développe et donne à nos alliés des profits assezimportants, surtout au centre. Si, du côté de Kovel, il ne s'est produit encore que des combats d'avant-garde, et si, du côté de Brzezany, Allemands et Turcs, qui se trouvent là en plus grande force, ont pu contenir les masses moscovites, il n'en va pas de même à l'ouest de la ligne Zloczow-

Zborow, où " les Autrichiens du prince Léopold de Bavière se sont fait battre à plate couture et ont dû rétrograder derrière la Haute-Strypà.

Les bulletins de Ludendorfï, tout à fait dénués de lyrisme, sont obligés de reconnaître que, le 2 juillet, les Russes « ont élargi la brèche » qu'ils avaient ouverte la veille. Naturellement, ils affirment que la résistance de leurs troupes est opiniâtre. Mais ils négligent de mentionner que celles-ci se sont vu enlever plus de 13000 prisonniers.

Faisons attention que la direction où nos alliés sont en progression marquée est précisément celle qui mène le plus directement à Lemberg. Je ne serais nullement surpris si Broussilofï, qui a fait preuve jusqu'ici de beaucoup plus de psychologie militaire que ses adversaires, voulait tenter une pointe vigoureuse sur la capitale galicienne. Il sait quelle répercussion sa chute aurait tant en Allemagne qu'en Russie, encore qu'elle ne doive pas être précisément de même nature. D'un côté, ce serait de l'enthousiasme, et de l'autre une véritable consternation.

Or l'un n'est pas plus à dédaigner que l'autre, dans la recherche du but que la Russie se propose en jetant à nouveau dans la balance le poids de ses nombreux bataillons.

Li-COLONEL ROUSSET

(Cl. Roi.)

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