‹ La Guerre au jour le jourChapitre 303 sur 360 · LEUR OBJECTIF APPARAIT · texte numérisé non relu

LEUR OBJECTIF APPARAIT

C'est décidément Amiens et le chemin de fer de Calais à Paris qui sont, jusqu'à plus ample informé, visés par les Boches. La poussée formidable effectuée contre l'aile gauche française, dans la région de Montdidier, ne laisse aucun doute à cet égard. Assurément, le kronprinz aurait désiré s'ouvrir la route de Paris par la vallée de l'Oise. Mais le barrage que nous avons établi là lui a montré qu'à vouloir trop mordre, il se casserait les dents. Et alors, il a fait une conversion à droite, pour coopérer, faute de mieux, au mouvement concentrique qui est dessiné contre le chef -lieu de la Picardie.

Le résultat est médiocre. Au prix de sacrifices fort durs et en prodiguant les hommes, le groupe d'aile gauche allemand est parvenu à nous débusquer des hauteurs qui bordent la rive droite du Don, petit affluent de l'Avre. Et encore le mot débusquer est-il trop fort, puisque, après une

défense acharnée qui n'a fléchi nulle part et une retraite échelonnée sur la rive gauche, nos troupes, trouvant l'ennemi trop entreprenant, se sont aussitôt donné de l'air et l'ont, sur un front de lo kilomètres et sur plus de 2 kilomètres de profondeur, vigoureusement ramené en arrière. Combien l'ennemi devra-t-il faire de ces coûteux pas de tortue avant d'atteindre son objectif, si tant est qu'il l'atteigne jamais?

Plus au nord, sur les deux rives de la Somme, la bataille contre les Anglais a continué, toujours aussi féroce. Elle a connu, naturellement, quelques fluctuations plus ou moins sensibles. Mais, en somme, l'ennemi a finalement subi un échec à peu près complet, malgré l'énormité des effectifs qu'il a engagés et qui ont en partie fondu. Il a ensuite dessiné hier, en face d'Arras, une forte attaque qui ne lui a pas donné le succès qu'il s'en promettait. Son système est toujours

U-COLONEL ROUSSET

Dégâts causés par un obus aux alentours de la

cathédrale d'Amiens.

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qui reste de la malheureuse ville d^Arras et de sa cathédrale.

Li-COLONEL ROUSSET

I ES FAITS

L'offensive allemande — Le général Von Hutier a entamé hier soir contre la ligne française, de Moreuil au sud de Lassigny, un effort qu'il espère devoir être décisif. La bataille se prolonge pendant toute la journée d'aujourd'hui: nos troupes héroïques s'y jettent à corps perdu, dit le communiqué, et parviennent par leurs contre-attaques incessantes à arrêter partout la furieuse ruée de l'ennemi. Le village d'Orvillers, à 10 kilomètres à l'ouest de Lassigny; le hameau du Piémont, à 2 kilomètres au sud-est ; le village de Plessis-de-Roye et son parc, disputés avec acharnement^ passent plusieurs fois de mains en mains. Deux divisions allemande , qui ont réussi à prendre pied au Piémont et au parc de Plessis-de-Roye, sont balayéesdans un magnifique retour offensif de nos fantassins.

Dans la soirée, à l'autre extrémité de notre ligne, le village de Moreuil plusieurs fcis pr.s et repris finit par nous rester.

pareil. N'ayant pu enfoncer le centre, comme il espérait y réussir par un formidable coup de bélier, il revient à la manœuvre enveloppante, qu'il a décidément dans le sang.

Sincèrement, je dirai que cela n'est point pour nous déplaire. Plus l'adversaire s'étale, et moins il est redoutable. Une masse qui roule devant soi sous la poussée d'éléments propulseurs peut à la rigueur faire office du bélier antique, et s'ouvrir un passage que d'autres viendront élargir. Mais les débordements d'aile exigent — surtout lorsque, comme ici, ils se dessinent de deux côtés à la fois — • une supériorité considérable d'effectifs et de moyens matériels. Or, depuis sept jours que dure cette bataille gigantesque, effectifs et moyens ont dû diminuer chez l'ennemi dans une mesure appréciable. Possède-t-il encore

L'offensive allemande. — Au cours de la journée d hier, tandis que le général von Hutier lançait divisions sur divisions contre les lignes françaises, le général Von Marwitz s efforçait de s'ouvrir un chemin vers Amiens et des combats acharnés se livraient sur le front britannique, notamment dans la vallée de la Luce, petit affluent de l'Avre, aux villages de Hangard et de Demain. La lutte continue aujourd' hui dans ce secteur avec des alternatives diverses.

Sur l'Avre, le général von Hutier reprend haleine et ne tente plus que des actions locales. Un vif combat se livre cependant à Grivesnes, entre Moreuil et Montdidier: nos soldais multiplient les actes d héroïsme et nous reprenons le village perdu hier. Notre ligne, à partir de Moreuil, longe la rive occidentale de la rivière, passe à Malpart, à l'ouest de Cantigny et s'infléchit vers l'Oise par Assainvillers Orvillers, Roye-sur-Matz, Plessis-de-Roye. \

assez des uns et des autres pour risquer une opération déjà quelque peu hasardeuse par elle-même et que la valeur de la résistance alliée l'a obligé à reléguer pour ainsi dire in extremis?

L'avenir seul pourra nous l'apprendre.

Mais, du moins, nous pouvons affirmer deux choses : d'abord que tous les soldats, français et anglais, montrent un merveilleux courage — certains régiments britanniques ont préféré se laisser hacher plutôt que de reculer ; ■ — ensuite qu'un pas décisif a été fait dans la voie de l'unité de direction, que la presse anglaise, après nous-mêmes, considère comme indispensable. Ce sera la garantie de la contre-offensive qui, soyons-en certains, se produira tôt ou tard, et sera faite, à l'heure convenable, par les réserves alliées encore intactes, contre un ennemi certainement très fatigué.

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