‹ La Guerre au jour le jourChapitre 302 sur 360 · AVEC LES SOLDATS BRITANNIQUES · texte numérisé non relu

AVEC LES SOLDATS BRITANNIQUES

1. Soldats anglais éteignant un incendie provoqué par des obus. — 2. Blessés quittant la bataille. — 3. Secours aux habitants d'une maison bombardée.

Vue générale de la cathédrale d'Amiens, prise du beffroi. AU SEPTIÈME JOUR DE LA BATAILLE

(Cl. N.-D.)

(28 Mars.)

La ruée allemande, après sept jours d'un déchaînement furibond, semble avoir, au moins pour un temps, atteint un palier difficile à dépasser. Tel le flux, quand il est arrivé à bout de course, s'étale entre les rochers qu'il battait naguère et cesse de pousser devant lui les lames de fond.

Il y a, à cette accalmie relative, deux raisons. La première est que les pertes subies ont été énormes, en sorte que la cohésion des troupes assaillantes s'en trouve forcément diminuée. La seconde apparaît dans ce fait que l'ennemi s'est avancé de plusieurs kilomètres à travers un pays entièrement ravagé — on sait comment il l'a systématiquement ruiné lui-même — et qu'il ne peut vivre là que sur ses convois. Or, il suffit de lire les communiqués de l'aviation britannique pour voir comment ceux-ci sont traités, et savoir quel ouragan de projectiles se déverse quotidiennement sur les routes, les gares de ravitaillement, et même les troupes de renfort. Des soldats qu'on lance à l'assaut ne doivent pas avoir le ventre vide. J'imagine qu'en ce moment, l'administration germanique éprouve quelque peine à le remplir.

Aux dernières nouvelles, la situation était la suivante : les troupes françaises tiennent solidement et défendent avec une opi-

niâtreté superbe une ligne qui suit à peu de chose près l'ancien front depuis l'ouest de Roye jusqu'au sud-est de Noyon, où elle s'appuie sur les hauteurs de la rive gauche de l'Oise. Contre elle, les attaques de l'ennemi ont été presque toutes infructueuses. Un solide barrage protège la voie pénétrante par laquelle le kronprinz espérait, après la retraite de la 5" armée anglaise, pouvoir aisément s'engager. A notre gauche, les troupes britanniques tiennent bon. Contre elles aussi, la frénésie tudesque accuse, en général, un certain affaissement.

Cependant, de nouveaux renforts sont en route, car il apparaît que l'État-major allemand dégarnit plus ou moins la partie orientale du front, afin de consolider l'autre. La lutte reprendra donc inévitablement, et avec une égale rudesse. On s'est si profondément engagé que reculer maintenant, ou simplement se stabiliser sur le terrain acquis, équivaudrait à un désastre. Coûte que coûte, il faut gagner soit Amiens, pour couper les communications les plus directes que nous ayons avec l'Angleterre, soit la route de Paris. Telle est l'impasse dans laquelle Hindenburg, dit-on, hésitait à s'engager, et où Ludendorff est entré tête baissée. Le dénouement seul dira qui des deux avait raison.

Mais, pour le moment, la grandeur de la

U-COLONEL ROUSSET

LES FAITS

L'offensive allemande. — Le front de bataille s'étend vers le nord: les Allemands lancent sur les deux rives de la Scarpe des attaques à gros effectifs qui se heurtent à une résistance obstinée.

Au sud de la Somme, nos alliés britanniques sont menacés d'être pris à revers sur leur gauche par l'ennemi qui a franchi le fleuve à Chipilly ; d'un autre côté la liaison de leur flanc droit avec l'armée française est devenue moins solide par suite du repli de nos troupes à l'ouest de Montdidier. Ils se décident donc à reporter leur ligne à quelques kilomètres vers l'ouest en l'appuyant aux villages de Neuville-Sire-Bernard, de Mézières, de Marcelcave et du Hamel.

Au débouché de Montdidier nos troupes non seulement contiennent l'ennemi, mais lui enlèvent les villages de Courtemanche, Mesnil-Saint-Georges, Assainvillers, Le Monchel.

La lutte revêt un caractère d'extrême acharnement.

tâche à accomplir et les prémices insuffisamment prometteuses de cette effroyable bataille donnent matière, dans la presse allemande, à des réflexions qui, visiblement, manquent d'enthousiasme. On y parie des « temps difficiles » qui vont venir. Et, en effet, je crois qu'ils s'annoncent surtout pour l'assaillant, qui a grandement

L offensive allemande . — Dans la bâtai lie engagée hier sur les deux rives de la Scarpe l'ennemi avait pour objectif, l'enlèvement de la crête de Vimy et la prise d Arras. Or, ses attaques, menées par au moins 40 divisions en première ligne et 4 en soutien, ont à peine mordu sur les positions de combat britanniques. Il se ressent aujourd'hui de ce grave échec et ne pousse pas à fond ses assauts.

Au nord de la Somme, la situation reste également à peu près stationnaire.

Au sud de la Somme, la ligne anglaise accuse un léger replia l'ouest de Hamel, Marcelcave et Demain ; elle se relie à Moreuil avec la ligne française .

L unité de commandement. — Le gouvernement annonceque legénéralFochacté chargeai decoordofiner l action des troupes alliées sur le front occidental.»

Paris. — Un obus lancé par le canon àlongue portée tombe sur l'église St-GerVais : nombreuses victimes.

souffert, qui est visiblement fatigué et peut se heurter d'un jour à l'autre à des réserves intactes. Et puis, l'enjeu de la lutte engagée depuis sept jours n'est rien moins que la liberté du monde. Il est, pour le défendre, des forces métaphysiques qui s'ajoutent à la force de nos bras.

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