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LE DOUBLE BUT DE L'OFFENSIVE

(11 Avril.)

L'ennemi vient d'élargir son front d'action, dans l'espoir d'obtenir, par une pression sur les ailes, le résultat que lui refuse l'attaque directe. Il ne renonce pas cependant tout à fait à celle-ci, témoin l'effort puissant qu'il a fait hier à la fois contre Hangard-en-Saîtt^rre, le bois de Castel et nos positions de Suzoy, à l'est de Noyon. Mais il y apporte moins de fougue — je veux dire qu'il y consacre

moins de monde — et ne tire aucun:

profit de ces assauts quelque peu épars. J'ai eu l'occasion de dire déjà qu'en se diluant, il devenait moins redoutable que lorsqu'il cherchait à former bélier. Les événements de mardi, après beaucoup d'autres, apportent à cette thèse une persuasive contribution.

Les Allemands, en effet, n'ont pu prendreni Hangard, ni le bois de Castel, ni Suzoy,

(Cl. Branger.)

Canon lourd anglais enrayant l'avance ennemie.

Li-COLONEL ROUSSET

LES FAITS

11 AVFIL

L'offensive allemande. — L'armée Sixt von Arnim, prolongeant le front d'attaque de l'armée von Quast, se porte à son tour en avant, entre Armentières et le canal d'Ypres à Comines. Elle enlève Hollehecke, livre des combats acharnés sur les hauteurs à l'est de Messines et atteint les bois de Ploegsteert.

Sur la Lys, la droite de l'armée von Quast franchit la rivière en aval d'Estaires, tandis quesa gauche attaque les forces britanniques établies derrière laLaxce, petit affluent de la Lys, de Locon à Lestrem.

Armentières, débordé par le nord et par le iud et rendu d'ailleurs'inter.able par les gaz toxiques, est évacué par nos alliés.

La journée est relativement calme sur le reste du front britannique et devant nos lignes de la Somme, mais une lutte très violente s'était déroulée pendant la nuit au village de Hangard, plusieurs fois pris et repris et resté finalement entre nos mains.

L'offensive allemande. — Maîtresse des passades de laLawe et de la Lys, à Locon, à Lestrem, à Estaires et en aval, l'armée Von Quast oriente franchement sa marche vers la ligne Bailleul-Hazebrouck.. A son centre, où la progression est le plus rapide, elle atteint Steenwerck, au sud de la voie ferrée de Bailleul à Armentières.

Le plan allemand d'une prise à revers des forces britanniques du secteur d'Ypres, suivie de celle du front de l'Yser, se précise ainsi nettement.

En Mésopotamie. — Les troupes britanniques aprèsla victoire de Bcgdcdieh, ont remonté l'Euphrai, et sont arrivées le 28 mars à Anah, à 138 ^(7. de Hit, c'est-à-dire à p'ès de 300 ^j7. au nord-ouest de Bagdad. Elles ont trouvé à Anah et à Hadita de très grands dépôts ie munitions et un matériel considérable que les Turcs n'ont pas eu le temps de détruire.

bien que leurs pertes aient été grandes. •0n me dira que plus au nord, ils ont fait reculer de quelques kilomètres les Anglo- Portugais. Le fait n'est malheureusement pas niable. Mais, pour le juger, il faut tenir compte de l'effet écrasant que produit toujours le premier choc, survenant après une furieuse préparation d'artillerie. Il n'y a presque pas d'exemple, ni d'un côté ni de l'autre, qu'une attaque aussi fortement montée n'ait pas eu des débuts prometteurs. Seulement, la suite ne répond pas toujours aux prémices et, quand le ■défenseur s'est ressaisi, il arrive fréquemment que l'assaillant est arrêté, ou même refoulé sur son point de départ.

Les Allemands poursuivent toujours, encore que par des moyens divers, le -double but qu'ils se sont assignés dans cette offensive, à savoir de pratiquer une coupure entre les forces françaises et anglaises, puis de gagner la mer, afin de prendre les ports de la Manche à revers. Ils avaient d'abord jeté leur dévolu sur Amiens qui leur échappe. A défaut de -cette proie, ils pensaient, en nous refoulant dans la direction de Paris, ouvrir entre nos alliés et nous une large baie, dans laquelle ils se seraient engouffrés. Egalement rebutés de ce côté, ils se sont mis à nous tâter vers Coucy, où nous étions

pas mal en pointe, mais ils s'aperçoiv«nt déjà que là, comme ailleurs, le fait ne récompense pas toujours l'intention. Alors, après avoir transporté littéralement une partie de leurs réserves dans la direction du nord, — ce qui leur est assurément moins malaisé que d'opérer un changement de front radical, — ils se sont rués en force sur les Anglo- Portugais.

La bataille, qui est extrêmement sévère, s'est poursuivie toute la nuit de mardi à mercredi. Elle n'est point apaisée encore. Nos braves alliés anglais défendent avec acharnement le passage de la Lys. Leur aile droite, à Givenchy, est inviolée, et dans le village, repris après une vigoureuse contre-attaque, 750 prisonniers ont été cueillis. Il n'y a donc guère que le centre qui ait réellement fléchi. Si les Allemands ne parviennent pas à avoir raison des ailes, ils auront peine à pousser là leur succès.

Ils l'ont d'ailleurs si bien compris qu'ils se sont étendus plus au nord, jusque vers le canal d'Ypres-Comines. La hantise du nombre les entraine dans des déploiements aux dimensions excessives, et qui pourraient bien finir par être disproportionnés avec la densité nécessaire de ce front immense. Nous devons nous borner, pour le moment, à cette constatation, dont l'intérêt se comprend.

Li-COLONEL ROUSSET

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