‹ La Guerre au jour le jourChapitre 317 sur 360 · LA POUSSEE ALLEMANDE VERS L'AILETTE · texte numérisé non relu

LA POUSSEE ALLEMANDE VERS L'AILETTE

(10 Avril.)

Notre recul dans la basse forêt de Coucy s'est encore accentué hier, mais de façon toujours méthodique et réfléchie. Il n'y a rien là qui ressemble à l'abandon, sous la ruée ennemie , de positions formellement inaliénables. Nous formions, entre l'Oise et son confluent vers l'Ailette, une sorte de flanc-garde offensive, dont le rôle était de menacer latéralement les Allemands, s'ils devenaient trop agressifs entre Montdidier et Noyon. Maintenant que cette dernière partie du front a été consolidée, le maintien de la flanc-garde n'est plus

nécessaire ; il pourrait même, en certains cas, devenir dangereux. Ne voulant rien lui sacrifier, on se replie en bon ordre sur des terrains moins exposés, plutôt que de s'obstiner dans une opposition coûteuse qui serait tout au plus une satisfaction d'amourpropre. A la guerre, comme aillettrs, il faut, suivant le mot de Gambetta, sérier les questions, et donner seulement à chacune d'elles la valeur relative qui lui revient dans les combinaisons d'ensemble embrassant toute l'étendue du champ d'opérations.

(Cl. Branger.)

Division britannique attendant le signal du départ.

U.COLONEL ROUSSET

il n'en est malheureusement pas de même du recul effectué sous une pression formidable de l'ennemi au nord de la Bassée, dans la région comprise entre cette ville et Estaires, point où l'aile gauche des forces attaquées a dû se replier. Mais la lutte continue et nos alliés n'ont pas dit leur dernier mot. On peut se demander si c'est bien à cet endroit que Guillaume II , dont les instincts de boucher s'exaspèrent à mesure que les charniers s'entassent sous ses pas, veut tenter la nouvelle et formidable poussée qu'il rumine, afin de briser le mur d'airain qui lui est opposé.

Nous sommes, à l'heure actuelle, assez empêché de répondre. Le kaiser, à tout prendre, ne doit pas l'être moins. Il sait que, grâce à un véritable tour de force accompli par les alliés, les Anglais, comme dit la Gazette de Francfort, tiennent ferme

devant Amiens, tandis que nous-mêmessommes solidement établis derrière Montdidier et Noyon. Attaquer de front l'une ou l'autre de ces barrières lui paraît tellement aléatoire qu'il hésite depuis plusieurs jours et semble chercher des solutions en dehors du triangle fatal. Mais tout renversement de l'ordre de bataille est difficile après qu'on a engouffré plus de la moitié de ses forces dans un cul-de-sac dont l'étroitesse gêne grandement l'ampleur nécessaire des mouvements "^elle est la raison des atermoiements ac tuels et des diversions plus ou moins sérieuses, comme celle d'hier, qui les ponctuent. Il suffit de les connaître pour se convaincre que la guerre de mouvement, dont on se vantait d'avoir rétabli le cours, n'est point encore sortie de la période des temps, d'arrêt et des tâtonnements.

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