FORMIDABLES ATTAQUES ALLEMANDES EN DIRECTION D'AMIENS
(25 Avril.)
La nouvelle poussée allemande, ramenant les troupes d'attaque au lancer, a commencé par une action en direction d'Arhiens, mais va-t-elle- s'exercer seulement dans la direction d'Amiens, diversions accessoires mises à part? Ce n'est point du tout improbable, pour des raisons diverses qui toutes ont leur valeur, et dont la principale est que, partout ailleurs, les obstacles à renverser se présentent maintenant sous un aspect singulièrement rébarbatif.
Vouloir à toute force gagner la mer, par Ypres et Poperinghe, avant d'avoir abattu ou tout au moins fortement ébranlé le front solide que les Britanniques tiennent entre le nord de Bailleul et Arras, — il comprend,' ne l'oublions pas, non seulement les positions inviolées du mont des Cats, mais aussi celles de Vimy- Arras, contre lesquelles tant de sanglants assauts se sont brisés, — serait une grave imprudence. On risquerait de s'engager ainsi dans un goulot qui pourrait se refermer à l'arrière, et ce ne serait pas la première fois qu'un mouvement tournant deviendrait ainsi un mouvement tourné.
Attaquer de front les positions que je viens de dire, c'est évidemment une so-
lution pour des gens qui ne ménagent point leur monde. Mais chat échaudé craint l'eau froide, et il se peut fort bien que LudendorfE hésite, ayant connu des précédents peu encourageants. Se rabattre contre nos lignes de l'Oise, de l'Ailette ou du Chemin des Dames, serait ten" tant parce qu'il s'agit là de la direction de Paris, si l'on ne savait que Foch et Pétain ont établi partout une muraille absolument réfractaire. Reste donc la direction d'Amiens, où le terrain, peu mouvementé, se prête mieux à des assauts massifs. Je dis le terrain, et pas autre chose, car la défense active y est d'autant mieux organisée qu'il est plus acc<sible à l'ennemi.
L'attaque, quoi qu'il en soit, annon cée par un bombardement qui, depuis la nuit de mardi à mercredi, avait pris, dans cette région, une intensité presque significative, est en cours d'exécution. L'ennemi est à Villers-Bretonneux, mais il y est contenu ; partout ailleurs, il a c repoussé.
Les renseignements sont encore trep sommaires pour qu'on puisse juger l'action ; ceux que l'on a sont, d'ailleurs, réconfortants.
Lt-CO LONEL ROUSSET
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A VILLERS-BRETONNEUX.— 1. Une rue après le combat. — 2. Ruines sur la route qui va du château à la gare. — 3. Ce qui reste de l'église.
U COLONEL ROUSSET
LA aUERRE AU JOUR LE JOUR
VILLERS-BRETONNEUX REPRIS
(26 Avril.)
L'offensive allemande s'est, après plusieurs jours d'un apaisement obligatoire, dessinée à nouveau, mercredi, dans la direction d'Amiens. J'avais indiqué hier celle-ci comme particulièrement menacée et l'événement m'a donné raison. Car, bien que les attaques dirigées sur un certain nombre d'autres points, tels qu'Albert, Dranoutre, au nord de Bailleul, le Kemmel, puis la violente canonnade qui retentit entre Givenchy et Robecq, puissent passer pour les prodromes d'une action plus générale, elles ne se présentent encore que sous l'aspect de simples démonstrations.
Ludendorfî, effrayé de l'énormité de ses pertes, a dit- on, modifié ses procédés. Aux assauts massifs, dont le coût est toujours si élevé, il voudrait maintenant substituer l'action écrasante d'un matériel puissamment renforcé, et dans lequel les tanks tiennent une grande place. A voir les résultats des deux premières journées de bataille, il ne semble pas que ce procédé soit de beaucoup supérieur à l'ancien, car, si nous avons à regretter la perte de Hangard-en-Santerre, elle ne procure à l'ennemi aucun résultat décisif.
Il voulait s'ouvrir du même coup les trois routes qui conduisent de Saint-Quentin, Roye et Montdidier à Amiens. Or, il est contenu sur l'une par les troupes britanniques, qui ont
réussi à le chasser de Villers-Bretonneux., Sur la seconde, il essaye vainement de franchir la Luce à Hangard. Enfin, sur la troisième, il se heurte aux positions de Hailles, de la côte 82 et du bois Sénécat. Telle était la situation dans la soirée d'hier. Nous avons la ferme confiance que les troupes alliées sauront la maintenir, sinon l'améliorer, étaut donnée l'importance que présente la conservation intégrale des points d'appui formant la ceinture orientale d'Amiens.
Je reconnais qu'entre ceux qui nous ont été enlevés et la cité picarde, il n'en, reste plus beaucoup. Mais, pour atteindre cette dernière, l'ennemi, à supposer qu'il pût rentrer à Villers et pousser en avant, serait obligé de s'engager dans des terrains peu propices à sa marche, et tout parsemés d'anciennes tourbières transformées actuellement en marais enchevêtrés. Les digues qui séparent ceux-ci, si elles sont accessibles, à l'infanterie, ne se prêtent guère aux mouvements de l'artillerie et surtout des tanks. Aussi est-il permis de croire que, par sa violente attaque de mercredi, l'ennemi espérait rejeter d'un coup les alliés au delà de cette région pleine d'écueils. Il n'y a pas réussi. Tout ce qui, pour lui, n'est point triomphe immédiat, peut être, dans les circonstances présentes, considéré comme un échec.
Derrière cette plaine bouleversée, on aperçoit le mont Kemmel.
(Cl. Beauirère.)
U-COLONEL ROLSSET