SEMEURS DE PANIQUE
Je crois, et beaucoup pensent comme moi, qu'il serait bon, en ces temps d'accalmie relative, de couper les ailes aux canards- éplorateurs qui prennent ici leur
vol pour aller ensuite s'abattre dans les provinces, assourdies par le vacarme qu ils y font. Quand l'agence Wolff raconte que Paris a croulé sous les bombes
Lt-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
L'offensive allemande. — Après cinq journées d'accalmie, la tempête se déchaîne à nouveau sur le front de la Somme et dans les Flandres.
Dans le secteur de la Somme, les masses allemandes, jetées par les routes de Péronne et de Roye en direction d'Amiens, attaquent les positions des alliés de Villers- Bretonneux à Hangard et jusque sur la rive gauche de l'Avre, à Castel et à Mailles. Des combats furieux se déroulent à Villers-Breionneux, que les Angla's finissent par être obligés d'évacuer et à Hangard où Français et Allemands rentrent tout à tour.
Dans les Flandres, on se bat sur le front Dranoutre, mont Kemmel, Vierstraat, en arrière duquel Poptringhe apparaît comme l'objectif convoité par les divisions du général Sixt von Arnim et dont la perte obliger. ùt les alliés à abandonner Y près et le front de l'Yser.
Guerre aérienne. — Chute d'un avion ennemi à Nogent-l' Artaud : l'équipage est fait prisonnier.
Secteur de la Somme. — La lutte s'est poursuivie toute la nuit avec âpreté: l ennemi qui a concentré tous ses efforts contre le village de Hangard finit par l'occuper au début J : la matinée, mais sans pouvoir réussir à en déboucher. A Villers-Bretonneux les " troupes britanniques, reprenant l'offensive, rétablissent leurs lignes du 24 au matin et rentrent dans le village. La situation de Villers-Bretonneux sur le plateau de Sancerre est importante par les vues qu'elle procure sur la plaine jusqu'à Amiens.
Dans les Flandres. — Les combats sur le front Dranoutre, mont Kemmel, Vierstraat se prolongent toute la journée : les troupes alliées sont contraintes de se replier : Dranoutre est perdu ; le mont Kemmel encerclé, écrasé d'obus et attaqué par des troupes d'élite et par l'Alpen Corps est finalement arraché au régiment Jrançais chargé de la défense et qui a tenu jusqu'au dernier homme.
ou que la barrière des Flandres sera forcée en quelques jours, elle fait un métier pour lequel on la paye. Mais que dire des colporteurs de nouvelles absurdes et mensongères qui s'en vont raconter à la cantonade que la grosse Bertha a fait des petits, ou que les raids d'avions ne nous laissent plus le temps de dormir?
Ils se prétendent naturellement informés de première main. Par qui et comment? C'est ce qu'ils ne sauraient dire. Il existe toutefois, dans la capitale, quelques officines privilégiées où se pratique l'élevage des oiseaux de mauvaise augure, et qui ne sont pas toujours, comme on pourrait le croire, des loges de concierge. Quant aux propagateurs de défaillance, ils ne se cachent pas assezpour qu'on nepuisse, si on le veut bien, les empêcher de nuire, en les coffrant après un bon coup de filet.
Nous autres savons à quoi nous en tenir sur la valeur de leurs jérémiades. Mais à cent kilomètres d'ici on nous croit, sur des commérages que la difficulté des communications rend difficiles à vérifier, écrasés par la pluie des obus. Et l'on écoute, plutôt que. nos protestations, les semeurs de panique, que l'on peut ranger en deux catégories : ceux qui travaillent pour le compte de l'ennemi — ils sont en petit nombre — • et les timorés qui, ayant
pris la poudre d'escampette, s'efforcent de justifier leur frayeur intempestive en traçant de l'état de choses un tableau terrifiant. Les uns et les autres sont coupables, bien qu'à des degrés divers, et il faut avec eux tous user de rigueur.
Notez que l'écho de leurs déplorables bavardages se réperciite jusqu'au front, où il inquiète nos poilus, qui ont cependant, en ce moment, bien besoin de tout leur sang-froid et de tout leur courage. C'est la conséquence la plus fâcheuse d'un trop grand laisser -aller. Car enfin, quels qu'aient été les méfaits du canon monstre et des gothas, — méfaits que l'on atténuerait certainement en internant officiellement, sous bonne garde s'entend, quelques hobereaux prussiens dans certains points particulièrement exposés de la zone de tir, ■ — ils ne sont pas tels que la vie de Paris en soit suspendue, comme d'aucuns veulent bien le dire. C'est donc faire le jeu des reptiles allemands que de leur fournir de tels sujets de conversation.
Il importe assurément de prendre contre la barbarie de nos ennemis toutes les précautions possibles, et je puis affirmer qu'on a fait dans ce sens tout le possible. Mais, par grâce, que l'on musèle les bavards, les peureux et les agents sournois de M. de Kuhlmann.
Lt-COLONEL ROUSSET
K^l, Kjnistry ol .nlormation.)
1. Mise en position d'un canon de campagne dans un village en raines. 1 roupes canadiennes traversant une ville bombardée dans le nord de la France.
Lt-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
Sur la Somme. — Les troupes françaises contre' attaquent depuis Villers-Bretonneux jusqu'au sud de la Luce : elles enlèvent le monument commenwratif de 1 870, pénètrent dans le bois de Hangarden-Santerre et réoccupent la partie ouest du village.
L'ennemi reperd ainsi une notable partie du terrain gagné dans la journée d'hier, il s'épuise dans des retours offensifs, qu'il multiplie jusqu'à sept fois, et va être obligé de renoncer, jusqu'à nouvel ordre, à sa marche sur Amiens.
Dans les Flandres. — Après la perte du mont Kemmel et l'insuccès des tentatives faites pour le reprendre, au point du jour, les troupes franco-britanniques se replient sur la ligne Locre-mont Scherpenberg - La Clytte-Voormezeele : l'ennemi les y attaque avec une extrême violence. Locre et Voormezeele sont plusieurs fois pris et repris, maiscesdeux points d'appui finissent par nous rester.
Dans les Flandres. — Au cours de l'après-midi, les Allemands développent de nouvelles attaques dans le voisinage de Voormezeele; ils réussissent à occuper le village pendant quelques heures mais sont obligés de l'évacuer au début de la nuit. La lutte se prolonge très tard dans ce secteur.
En Mésopotamie. — Après ses opérations sur l'Euphrate et son avance jusqu'à Anah, à 138 kilomètres au delà de Hit, sur la route d'Alep, le général Marshall a entamé une nouvelle offensive qui doit porter ses troupes, de la vallée de la Djala sur Kifri et Kerkouk, en direction de Mossoul : Kifri est enlevé aujourd' hui et les forces montées anglo-indiennes arrivent sur l'Ak-Sou dont elles forcent les passages en aval de Touzkpurmati.
Cette localité, située à 250 kilomètres de Bagdad et à moitié route à peu près entre Bagdad et Mossoul, sera occupée le 29.