‹ La Guerre au jour le jourChapitre 335 sur 360 · SANGLANT ÉCHEC · texte numérisé non relu

SANGLANT ÉCHEC

(30 Avril.)

L'ennemi n'ayant pu, après son succès indéniable, mais partiel, du montKemmel, faire tomber d'un coup la muraille qui couvre Poperinghe, a essayé de la marteler. C'était encore une fois la substitution, par force, des actions locales, de rendement médiocre et toujours épuisantes, aux conceptions larges qui embrassent la conquête d'un territoire entier. Hier, il s'est déployé en forces depuis Meteren jusqu'à Voormezeele et, une fois de plus, il a eu recours aux grands moyens. La bataille a donc recommencé avec un acharnement qui a été aussi malheureux pour lui que furieux.

Sixt von Arnim se contenterait peutêtre maintenant de faire tomber ce qui reste du saillant d'Ypres, pour s'attribuer certaines voies de communication supplémentaires dont la hantise le poursuit. Mais il lui faut, au préalable, s'emparer de toute Ja ligne des Cats. C'est contre elle qu'il a

chargé frénétiquement hier. Il a été battu, n'ayant pu arriver à vaincre.

Ludendorff, d'autre part, a fait ta ter Hangard après avoir esquissé quelques coups d'essai sur les abords de Reims, de Saint-Mihiel, de Lunéville et du bois Le Prêtre. Son artillerie gronde à la fois sur l'Avre, entre Lassigny et Noyon, ainsi que devant Verdun. Faut-il en conclure qu'il médite quelque changement de front inopiné et prépare une saute brusque de sa manœuvre? Peut-être. J'ai dit hier et je persiste à croire qu'un pareil avatar n'aurait rien d'invraisemblable. Mais le seul fait d'en être réduit à porter de ces coups alternés est un signe manifeste que la conception première, celle du bloc pénétrant, a manqué au moins en partie. Car c'est seulement quand on se sent en équilibre instable sur la corde raide qu'on a besoin de balancier.

Li-COLONEL ROUSSET

LES FAITS

Dans les Flandres. — Le général Sixt Von Arnim tente un nouvel et puissant effort contre l'ensemble des positions franco-britanniques, sur la ligne Meteren, Locre, mont Noir, mont Rouge, mont Scherpenberg, Voormezeele, sud de l'étang de Dickfibusch et sudouest de l'étang de Zillebecke.

Un bombardement d'une extrême violence, commencé dès hier soir, a jeté sur nos lignes une masse d'obus toxiques telle qu'on n'en avait pas Vu de plus forte aux jours de Verdun et de la Somme, et l'infanterie allemande s est mise en marche dès 7 heures du matin.

La bataille se déroule au milieu d'alternatives diverses et d'épisodes marqués par l'acharnement extrême des adversaires : Locre nous est enlevé, mais nous le reprenons dans une dernière contre-attaque, après avoir empêché l'ennemi d'en déboucher.

La journée se termine enfin pour les Allemands par un échec complet et les plus lourdes pertes.

Dans les Flandres. — Les huit divisions du général Sixt von Arnim lancées hier à l'attaque des positions franco-britanniques sur le front Locre, étang de Zillebehe, ont subiun grave échec et sont aujourd'hui incapables d un nouvel effort. La journée se passe dans un calme relatif et la situation va d'ailleurs se stabiliser ici, comme sur la Somme, pendant une assez longue période de temps.

Sur l'Oise. — Une attaque allemande dans le secteur de Noyon donne lieu à un vif comhat : l'ennemi prend pied dans quelques éléments de notre ligne mais ne réussit pas à s'y maintenir.

New- York. — Un détachement de chasseurs alpins français débarque dans la matinée et reçoit un accueil enthousiaste de la part des Américains.

Sur mer. — Le sous-marin Prairial est coulé à la suite d'une collision avec un navire de corkmerce. Il y a 19 victimes dont le commandant et l'officier en second.

Au surplus, il ne doit pas se flatter de nous surprendre, ayant devant lui un adversaire qui le surveille et ne cède point à ses invites. Qu'il persiste dans ses velléités de trouée en Flandre ou qu'il se retourne d'un autre côté, il aura les mêmes difficultés à vaincre, en sorte qu'un moment très probablement viendra où, malgré le bénéfice

incontestable de la ligne intérieure, il aura peine à alimenter sa bataille un peu trop cahotée dans des compartimentages changeants. Je n'affirmerais pas que cette évolution est commencée. Mais si la résistance des alliés ne fléchit pas, comme nous avons tout lieu de le croire, elle ne tardera pas à se manifester par des signes certains.

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