LES BRITANNIQUES ONT PROGRESSÉ AU SUD D'ALBERT
(7 Mai.)
Que Ludendorfï ait l'intention bien arrêtée de reprendre la bataille aussitôt qu'il le pourra, c'est l'évidence même. Il est en train d'organiser ses forces pour cela. Déjà même il avait fait mine de renouveler son attaque, manquée lundi de la semaine dernière, sur le front Meteren- Voormezeele, et l'on sait que s'il y a renoncé, n'est pas tout à fait de son plein gré.
La conquête d'Ypres le tente, qui ne Iih donnera qu'une cité en ruines, mais pourrait être exploitée avec un grossissement de commande, devant des populations dont l'impatience a besoin d'un soulagement.
Cependant, une masse ennemie très compacte est toujours rassemblée entre la Scarpe et l'Oise, et l'on en peut con-
(Cl. Meurisse.)
Abri bétonné allemand reconquis par nos soldats en Belgique.
Li-COLONEL ROUSSET
dure que les AllemJands n'ont pas" renoncé à se frayer un chemin par Arras ou par Amiens. Il est même présumable qu'ils élargiront toujours leurs opérations en les combinant, et qu'ils déploieront toutes leurs forces d'un coup, espérant ainsi obtenir d'un côté les résultats qui, de l'autre, se refuseraient à eux. Le calcul est peut-être théoriquement juste. Seulement, il apparaît comme un peu tardif, en lin moment où nulle part nous ne devons plus être pris au dépourvu.
Ludendorff, assure-t-on, aurait manifesté la résolution de poursuivre la bataille jusqu'à l'automne, si c'est nécessaire. Je veux bien admettre qu'il en ait les moyens, encore que des événements puissent surgir qui l'obligeraient à arrêter les frais, comme naguère le konprinz à Verdun.
Mais, d'ici là, nous aurons des Américains et une aviation grandement développée.
Au surplus, on peut lui demander comment, étant si sûr de son affaire, il laisse faire, en même temps que l'offensive de guerre, cette offensive de paix dont la
manifestation, encore obscure et insidieuse, fait actuellement l'objet de toutes les conversations?
S'il se sentait vraiment en état de nous écraser, comme tout récemment encore il s'imaginait pouvoir le faire, son action militaire s'exercerait moins à bâtons rompus et se passerait du concours d'une diplomatie souterraine dont les malices grossières ne sauraient nous détourner de notre but.
Nous n'obtiendrons jamais de l'AUe-magne des conditions de paix sortables que lorsque le militarisme prussien, dont Hindenburg et lui sont les deux vedettes, aura été réduit à l'impuissance. Tenonsnous donc prêts pour de nouvelle batailles. Mais soyons assurés que nos ennemis ne les entameront point dans les conditions favorables qu'ils avaient espérées, et que, même en élargissant au maximum leurs fronts d'attaque, ils rencontreront partout une résistance égale à celle dont, devant les hauteurs des Cats, ils ont éprouvé les redoutables effets.