L'ENNEMI ATTAQUE SANS RELACHE DEVANT LE CHEMIN DES DAMES
(24 Juillet.)
Sur notre front, devant le Chemin des Dames, la lutte a pris depuis quelques jours une allure de violence extrême, qui rappelle par la puissance des moyens mis en œuvre, celle des grandes attaques de Verdun. Elle s'est déroulée sur le front relativement large qui s'étend depuis l'est de Cerny jusqu'à Craonne, et embrasse les deux plateaux dits des Casemates et de CaHfornie. Sur le premier, l'ennemi, qui s'était d'abord emparé de notre ligne avancée, n'a pu finalement en garder que quelques morceaux. Sur le second, il a pénétré jusqu'à nos tranchées de soutien, qui résistent, malgré un bombardement furibond.
Il est probable que le kronprinz a rapporté de son récent voyage à Berlin quel-
ques conseils pratiques, à lui donnés par Hindenburg, avec des renforts en quantité suffisante et un contingent respectable de troupes spéciales d'assaut. Cependant, la résistance admirable de nos troupes rend sa tâche malaisée, puisqu'il est encore fort loin d'avoir accompli celle-ci dans la mesure qu'il espérait. Malgré tout, je crois qu'une diversion qui l'obligerait à disséminer quelque peu ses forces sur d'autres points du front serait la bienvenue. Car en pareille occurrence, rien n'est plus efficace que les dérivatifs.
Je rappellerai à cette occasion qu'il y a un an à peu près, le même kronprinz était, devant Verdun, en posture très menaçante, à ce point qu'il croyait presque
U^OLONEL ROUSSET
LES FAITS
Au nord de l'Aisne. — La lutte se poursuit avec un redoublement de violence sur tout le front du Chemin des Dames. Les Allemands continuent leurs furieux assauts sur les plateaux de Californie et des Casemates qu'ils attaquent avec de gros effectifs. Après des alternatives d'avance et de recul l'ennemi parvient à prendre pied dans notre première ligne sur le plateau de Californie.
Arras. — Le général anglais S... remet à la ville les canons allemands pris par l'armée britannique, le 9 avril, près de la chapelle de Feuchy, et qui avaient longtemps servi au bombardement de la cité.
En Extrême-Orient. — Le Siam déclare la guerre à l'Allemagne et à l' Autriche-Hongrie : l'événement n'est pas sans importance, car le pays était devenu un foyer d'intrigues allemandes contre la domination anglaise dans les Indes. Un grand nond>re d'Allemands partis de la Chine et du Japon étaient venus au Siam.
En Champagne. — Echec d'un coup de main allemand tenté, pendant la nuit sur nos tranchées du mont Cornillet.
Front britannique. — La lutte d'artillerie a pris dans les Flandres une violence extraordinaire qui préoccupe le haut commandement allemand et que la presse ennemie commente avec anxiété. En même temps, les troupes anglaises multiplient leurs raids dans les lignes allemandes et tiennent l'ennemi sur un perpétuel qui-vive.
Front russe. — La contre-offensive allemande au sud du Sereth devient, avec le succès, une opération de grande envergure : les armées russes commencent une retraite qui s'étend de proche en proche de Tarnopol aux Carpathu, sur un front de 250 kilomètres.
Les Bulgares en Serbie. — Le bureau de la presse serbe communique Une nouvelle note sur le régime d'extermination auquel est soumise la race Oaincux .
pouvoir déjà chanter victoire. Brusquement, s'ouvrit sur sa droite l'offensive de la Somme, et, en quelques jours, Verdun fut sauvé. Sans vouloir faii-e aucun rap-
prochement entre deux situations encore fort dissemblables, il n'est peut-être pas mauvais de rappeler ce fier et consolant souvenir.