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LES INQUIETUDES DU KAISER

(31 Juillet.)

Dans un télégramme adressé au maréchal Hindenburg, le kaiser parle des lauriers dont se couvrent les troupes de Galicie. Il oublie que si ce sont elles qui en font la récolte, c'est à Lénine et à ses complices que revient le triste honneur de les avoir coupés. A ces derniers devrait aller d'abord sa reconnaissance. Ils ont ouvert assez largement les voies sur lesquelles sont

engagés les soldats de Boehm-ErmoUi.

Ceux-ci profitent de l'aubaine autant qu'ils le peuvent. Ils approchent de la frontière podolienne, avec, il est vrai, un peu plus de lenteur et de difficulté qu'au début, étant contenus tant bien que mal par les arrière-gardes russes. A côté d'eux, l'aile gauche de l'archiduc Joseph a occupé Kuty et avance le long du Pruth vers

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(Cl. Forbin.)

Batterie roumaine occupant une position conquise.

U-COLONEL ROUSSET

Sur le front des Flandre

Le secteur occupé par les troupes du général Anthoine longe le canal de l'Yser. On voit ici nos soldats bivouaquant au moment d'accomplir un raid prodigieux. C'est

iJLe repos avant l'attaque

LA GUERRE AU JOUffLE JOUR

res avoir traversé à la nage ce canal, dans la nuit du 27 au 28 juillet, que nos illants ont bondi sur les positions ennemies, conquises par eux d'un seul élan.

U-COLONEL ROUSSET

Czemowitz. Comme, à l'ouest de Kimpolung, le centre est également en progression, on voit que le péril qui menace la Bukovine va s'accentuant rapidement.

Heureusement, les choses se présentent, en Moldavie, sous un aspect très différent. Là, la gauche de ce même archiduc Joseph, complètement bousculée par les armées d'Averesco et de Tcherbatchef, a reculé, entre le Casinu et la Putna, de plus de 15 kilomètres sur ce front double, ayant perdu, dans une seu'e journée, i 245 prisonniers et 21 canons.

Sans doute, en félicitant les soldats d'Orient, Guillaume II a mis à part ceux de son acolyte autrichien.

On dirait aussi qu'il n'est pas complètement rassuré sur la situation de l'autre front.

Je veux bien qu'il qualifie assez gratuitement de mémorables les actes accomplis par les troupes du kronprinz, dont les échecs à peu près quotidiens ne méritent guère un tel excès d'honneur.

Mais il a sur le sort de celles du prince Ruprecht des mots mélancoliques. Il les montre soutenant depuis des semaines déjà un bombardement terrible, dont les communiqués allemands disent eux-mêmes qu'on n'a jamais vu le pareil. Il semble également les adjurer de ne point faiblir

« devant les assauts qui vont se produire ». Et il leur confie, avec une assurance peutêtre trop affectée pour être sincère, la défense des frontières de l'empire, « assaillies par un monde d'ennemis ».

Ce n'est pas là son style habituel, surtout après une série de succès comme ceux de Galicie.

C'est encore moins le ton d'un homme qui se croit sûr d'en obtenir de plus décisifs. Il sait très bien que des victoires remportées sur une armée démoralisée, détraquée, abreuvée de sophismes et dissociée par la propagande anarchiste n'ajoutent rien à sa gloire et peu de chose à ses profits.

Quand bien même il réussirait à pénétrer en territoire russe et à s'enfoncer dans les steppes où d'autres, qui étaient plus grands que lui, ont vu s'enlizer leur puissance, il n'en aurait pas moins à compter encore avec les armées françaises et anglaises, toujours compactes et solides celles-là, puis avec l'inconnu que l'intervention américaine projette sur l'avenir.

Aussi jette-t-il vers le front occidental un regard chargé d'anxiété, tandis que l'écho, en quelque manière télépathique, de la canonnade des Flandres, terrifiante comme le début d'un monstrueux cataclysme, arrive jusqu'à lui et le fait tressaillir.

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