BRILLANT SUCCÈS AU NORD DE VERDUN
(27 Août.)
Le général en chef a félicité ses troupes, qui le méritaient. Il a félicité ses lieutenants qui ne le méritaient pas moins. Enfin il a adressé aux états-majors, dont le rude
labeur reste parfois incompris, des paroles de confiance et de justice, qui les consoleront de certaines attaques inconsidérées dont ils ont été l'objet.Quels discours att-:
U-COLONEL ROUSSET
Poste d'écoute avancé, sur les pentes du Mort-Homme réconquis.
(Cl. Loys.)
taraient mieux l'importance de nos récentes conquêtes, et les bénéfices que nous sommes maintenant maîtres d'en tirer?
Ceux peut-être que tenaient les Allemands, avant la catastrophe toutefois.
« La cote 304 est la clef de tout le front oriental», disait un général à ses soldats. « Si les Français prennent jamais la cote 304, affirmait un autre, nous sommes plus qu'à moitié perdus. » Faisons, si vous voulez, la part d'une exagération de circon-
stance, qui s'e-^plique par l'obligation de mettre du cœur au ventre des soldats. Il n'en reste pas moins que l'ordre a été donné de défendre cette position fameuse jusqu'à ce que mort s'ensuive, et qu'il faut de bonnes raisons pour en venir là. Aujourd'hui, il est vrai, on nous parle de repli volontaire. La formule vraiment est usée, à force d'avoir servi. Elle est en tout cas inapplicable à la brillante opération que viennent d'effectuer nos troupes, sur la
U-COLONEL ROUSSET
rive droite de la Meuse cette fois, opération qui les a amenées aux lisières de Beaumont. Les nombreux prisonniers dont parle le communiqué témoigne suffisamment de la résistance, d'ailleurs vaine, que l'ennemi nous a opposée.
Les Autrichiens l'emploieront peut-être par imitation, et en guise d'excuse de leur dernier échec sur le plateau de Bainsizza. Mais ils ne tromperont personne, parce que la perte du Monte Santo est trop grave pour qu'on l'ait laissé faire si on pouvait l'empêcher. Voici, en effet, que toutes les crêtes qui dominent l'Isonzo, le San Gabriele, le San Daniele, le San Marco, sont menacées d'enfilade, sinon de revers.
C'est le dégagement complet de Gorizia qui se prépare, avec la libération du Sabatino qui, sur la rive droite, était bombardé sans répit. Aussi l'ennemi se défend-il en réalité, comme un beau diable, et s'accroche-t-il désespérément à toutes les aspérités du terrain.
Le général Cadorna est fort peu loquace et, à l'inverse d'Hindenburg, il réalise les projets qu'il a formés dans le silence, au lieu d'en faire annoncer à son de trompe certains qui n'aboutissent jamais. Nous ne connaissons donc pas ses intentions, qui ne se dessineront nettement qu'après le succès définitif des engagements actuels.
Mais nous voyons très clair dans sa méthode, laquelle ressemble comme une sœur jumelle à celle que nous employons nousmêmes avec le succès que l'on sait. Cette succession de coups massifs, portés à intervalles plus ou moins longs, mais avec une vigueur croissante et d'un bras toujours assuré, met les Autrichiens, dont le renfoncement devient difficile, à une terrible épreuve. Et tout porte à croire — surtout après le communiqué d'hier — qu'ils n'y ré» sisteront pas.
Chez eux, la matière humaine devient rare, plus encore que chez les Allemands,, qui cependant sont obligés parfois de prévenir leurs divisions de première ligne qu'elles ne seront pas secourues. Rien qu'en prisonniers, la coalition germanique a perdu sur l'ensemble des fronts, entre le g avril et le 22 août 1917, le nombre énorme de 167^30 prisonniers, qui représente l'effectif de onze divisions et demie. Voilà donc une forte armée entièrement évanouie, sans compter ce qui a péri par le feu. Or, nous sommes arrivés à un moment de la guerre où on ne fait point sortir les armées de terre, même en frappant celle-ci du pied.
Poursuivons donc notre œuvre de destruction lente, en attendant les réserves fraîches, qui s'annoncent. Et alors, il nous deviendra facile de taper dans le tas.
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