TOUJOURS LES FORCES NAVALES
(18 Juin.)
Je n'ai point la prétention de rasséréner les âmes troublées et fuligineuses de ceux qui, par principe ou par tempérament, s'obstinent à mettre les choses au pire et alimentent leurs humeurs inquiètes en broyant perpétuellement du noir. Ce serait là un travail à lasser Hercule luimême. Mais je voudrais répondre en bloc à quelques correspondants qui, sans accuser une dépression aussi injustifiable, semblent encore éprouver des craintes qu'ils me demandent de calmer. Je reviens donc sur
des questions que j'ai déjà traitées ici même. Elles ont assez d'importance pour justifier ce retour d'attention.
On se plaint d'abord que, malgré les ordres formels donnés par le général en chef, la régularité dans l'octroi des permissions ne soit point encore complètement réalisée. Il est possible que ceux qui s'en étonnent se montrent un peu trop pressés, l'équilibre ne pouvant pas se rétablir en quelques jours. Mais si cette inégalité persistante est due à d'autres
Lt-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
Front britannique. — Les Anglais consolident leurs nouvelles positions dans le secteur d'Ypres: la presse allemande affecte den considérer la perte comme négligeable et le général von Ludendorff prétend n'avoir engagé que des troupes de couverture.
Etats-Uni?. — Le président Wilson a prononcé hier, à l'occasion du '< Jour du drapeau^ un grand discours dans lequel, après avoir montré le plan de domination universelle de l'Allemagne, rappelé les insultes et les agressions qui ont décidé les Etats-Unis à la guerre, et dévoilé les intrigues nouées par le gouvernement allemand pour une fausse paix, il ajoute ;« malheur à celui ou à ceux qui cherchent à se mettre en travers de notre route '■.
En Grpce. — L'amiral Gauchet, commandant en chef les forces ^navales des alliés dans la Méditerranée, déclare levé, à partir d'aujourd'hui, le blocus notifié par la proclamation du 7 décembre 1916.
En France — La lutte d'artillerie est très violente sur tout le front du Chemin des Dames ; une attaque allemande au nord d Heurtebise nous oblige un moment à abandonner un saillant de notre ligne, mais l'ennemi est bient't re'oulé et ne conserve que quelques éléments de tranchées. Les communiqués britanniques mentionnent des échecs infligés à plusieurs reprises depuis un mois, par les troupes portugaises, à des tentatives d'attaques allemandes.
En An;îieterre. — Raid de deux Zeppelins sur les côtes du comté de Kent. Un des dirigeables est incendié et abattu par un avion britannique: tout l'équipage périt carlonisé.
En Gièce. — Nos troupes ont continué leur avance en Thessalie; elles atteignent et occupent le col dq Furka sur les monts Othrijs. Les populations leur remettent une grande <;uantilè d'armes et de munitions.
causes, il faut absolument la faire cesser, et tout de suite. Nous comptons,' pour cela, suo la vigueur du haut commandement.
D'autre part, certaines unités paraissent avoir à souffrir, non point de l'insuffisance de la nourriture, mais de sa mauvaise préparation. De là des critiques adressées, fort à tort, à l'intendance. La faute, si faute il y a, incombe tout entière aux chefs immédiats qui, par une surveillance jilus stricte, peuvent faire cesser immédiatement cet état de choses, et le doivent ; s'ils l'oublient, c'est à leurs supérieurs immédiats à le leur rappeler.
Et puis il faut qu'à tout prix une détente vienne soulager des nerfs soumis à d'aus.si 1 udes épreuves que celles *de la tranchée. II Iciut surtout qu'elle soit complète, et que l'esprit tatillon de certains chefs n'empoisonne point les périodes de repos par d'inutiles tracasseries. Quelques exercices, c'est bien. Des manœuvres ou des revues de détail comme en garnison, c'est trop.
Je ne reviendrai pas sur ce qui touche à l'avancement et aux récompeiises, ([uoiqu'il y ait encore à ce sujet beaucoup à redire. Mais cette affaire ne peut trouver sa solution que dans le cœur des chefs eux-mêmes et dans l'affection qu'ils portent à leurs subordonnés. Je supplie seulement qu'on prête plus d'attention à réparer les fâcheux errements qui ont mis à l'avant
beaucoup d'hommes âgés, tandis que tant de gaillards vigoureux se prélassent dans les services de l'arrière. Et je demande aussi avec une nouvelle insistance qu'on prenne garde à la propagande infâme qui installe dans les gares parisiennes, laissées sans surveillance, de véritables agences de dépression morale et de pacifisme criminel.
Ces redites me seront pardonnées, j'espère. Mais tant que le fer rouge n'aura pas été porté dans la plaie, je me ferai un devoir de les répéter, parce que rien n'intéresse plus directement le salut national. Le commandement militaire, pour que sa sollicitude sur l'armée soit efficace, doit s'inspirer autant de la justice que de la fermeté. S'il se montre impitoyable dans le redressement des fautes, de toutes les fautes, imputables à la mauvaise volonté ou à la négligence, il est tenu à une équité sereine dans l'accomplissement de sa difficile mission. Napoléon exigeait énormément de ses troupes. Mais il savait émouvoir leurs fibres secrètes, et elles le suivaient, même en grognant quelquefois.
Nos soldats connaissent leur chef suprême, qui ne les a pas quittés depuis bientôt trois ans, et savent qu'il cache, sous des dehors parfois un peu rudes, le cœur le plus loyal et le plus généreux. Qu'ils continuent donc à lui faire pleine confiance. Ils n'auront point à s'en repentir.
Ll.COLONEL ROUSSET
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(Cl. Hol.)
1. L'accueil français aux troupes canadiennes. 2. Capture d'une coupole allemande.
LrCOLONEL ROUSSET
Une tranchée française, dans îe secteur de V Aisne.
(Cl. K.)